Elisabeth Schwarzkopf, la “Marlène Dietrich du lyrique”

arte_logo_2013Arte. Dimanche 12 avril 2015,00h30. Portrait d’Elizabeth Schwarzkopf, soprano de légende. Etonnante comparaison qu’utilise Arte pour présenter la soprano la plus perfectionniste du XXè avec Callas : elle aurait été ainsi « la Marlène Dietrich de l’art lyrique » ! Quoiqu’il en soit, voici le portrait d’une cantatrice d’exception, inaccessible et « énigmatique » (on se demande bien en quoi !).

 

 

Portrait d’Elisabeth Schwarzkopf

l’énigmatique Marlène Dietrich du lyrique…

 

 

Olga Maria Elisabeth Frederike Schwarzkopf est née de parents prussiens le 9 décembre 1915 à Jarocin, en Pologne. Elle chante Euridice de Gluck à Magdeburg, puis rejoint l’Ecole de musique de Berlin où son professeur lui enseigne le chant comme … mezzo ! Heureusement devient ensuite l’élève de Maria Ivogun et elle rejoint en 1938 la troupe du Deutsch Oper comme soprano coloratoura.

schwarzkopf elisabeth soprano mozart strauss lieder classiquenews portraitDécédée en 2006 à 90 ans, la soprano Elisabeth Schwarzkopf marque le milieu lyrique par sa nature exigeante, son sens de la discipline, une laborieuse qui devint de fait, la sirène germanique, diseuse experte, au legato et au timbre uniques, parfaite mozartienne (elle reste une saisissante Elvira de Don Giovanni, Comtesse des Noces de Figaro, Fiodiligi dans Cosi fan gutte, mais aussi Pamina dans La Flûte enchantée…), impeccable straussienne : ses incarnations d’Ariadne auf Naxos et surtout de la Maréchale dans le Chevalier à la rose comme de Madeleine dans Capriccio demeurent mémorables. A partir de 1940 et jusqu’en 1970, sa carrière est irrésistible et tous les chefs, le plus grands la réclament à commencer par Karajan. Ses relations ambiguës avec les nazis sont l’ombre au tableau, comme c’est le cas de Karajan : Goebbels souhaitait en faire l’une des voix d’or du IIIè Reich. Les deux artistes eurent leur carte du parti. Au sein de la firme Columbia / EMI, le producteur Walter Legge, la remarque enfin  en 1946 et sauve sa carrière entachée de collusion avec Hitler : il en fait une star à l’époque de Maria Callas, et l’épouse en 1953. Schwarzkopf reprend ses rôles emblématiques, en particulier mozartiens dont Elvira, chantée dès 1947 à Covent Garden. Le cas Schwarzkopf, c’est aussi une diseuse hors pair dans le domaine du lied (Schumann, Brahms, Wolf surtout, accompagnée ou plutôt en dialogue avec le piano de Gerald Moore) : l’égale au féminin du baryton Dietrich Fischer Dieskau. Son timbre porcelainé, son articulation et ses couleurs composent une sonorité sophistiquée et intellectuelle qui sculpte comme personne le verbe poétique. Ses incarnations sont cérébrales, en rien sensuelles. La cantatrice exprime comme personne à son époque la dignité blessée, la mélancolique langueur des héroïnes amoureuses et tragiques (Pamina, la Comtesse Almaviva, la Maréchale…), c’est la voix de l’humaine souffrance face au temps qui passe. Chant racé, stylé, hyperfroid mais d’une intensité si intériorisée qu’il exprime tout ce qui affleure dans la partition et qui n’y est pas inscrit. Outre ses rôles déjà identifiés, Elisabeth Schwarzkopf laisse plusieurs enregistrements devenus légendaires : son Elvira avec Giulini, sa Maréchale avec Karajan (1956), les Quatre derniers lieder de Richard Strauss avec Georg Szell pour la Radio de Berlin… Après la mort de Karajan en 1989, la soprano ose parler de l’homme despotique et souvent coléreux que fut le maestro.

Schwarzkopf_1441260cAprès avoir cesser de chanter sur la scène lyrique ou en récital (en 1979 à 64 ans), Elisabeth Schwarzkopf veille à transmettre sa passion du beau chant aux nouvelles générations de chanteurs, ainsi Thomas Hampson, Matthias Goerne, Christiane Oelze, Renée Fleming seront ses élèves parmi les plus doués… Et René Fleming empruntera les mêmes rôles que son professeur : Ariadne, La Maréchale, Madeleine…  Dans ce reportage biographique, l’équipe de tournage a eu accès aux archives personnelles d’Elisabeth Schwarzkopf et de Walter Legge (mort avant elle en 1979): lettres, photos et documents personnels soigneusement choisis éclairent un nouveau portrait de La Schwarzkopf dont le profil artistique et humain est aussi évoqué par de nombreux témoignages de ceux qui l’ont connue. Au moment de sa mort en 2006, la soprano s’était retirée seule (elle n’eut aucun enfant) à Zurich.

Arte. Dimanche 12 avril 2015, 00h30. Elizabeth Schwarzkopf, soprano de légende. Documentaire de Thomas Voigt et Wolfgang Wunderlich (Allemagne/Autriche, 2011, 52mn)

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