Poitiers. Cinéma le Castille, en direct du Royal Opera House de Londres le 28 mars 2013. Talbot. Alice au pays des merveilles. Sarah Lamb, Alice… Royal Ballet, Orchestre du Royal Opera House. David Briskin, direction

Depuis deux saisons, nous avons pu saluer la rigueur et le talent du Royal Ballet de Londres; ballet qui n’a rien à envier aux ballets russes ou parisiens… dont la réputation n’est plus à faire. En ce début de printemps 2013, les responsables du Royal Opera House reprennent le ballet du jeune compositeur anglais Joby Talbot (né en 1971) : Les aventures d’Alice au pays des merveilles. Le jeune homme et le scénariste Nicholas Wright n’ont pas hésité à revisiter le célèbre conte de Lewis Carroll sans pour autant trahir l’oeuvre et son auteur. Et le résultat est d’autant plus remarquable que la danseuse étoile Sarah Lamb qui incarne Alice fait des merveilles alliant avec aisance ses dons de comédienne et son talent de ballerine.


Merveilleuse Alice au Royal Opera House

Le chorégraphe et metteur en scène Christopher Wheeldon utilise avec brio chaque parcelle du conte, chaque facette du personnage d’Alice pour monter une version virevoltante qui ne laisse aucun répit ni aux danseurs ni au public. Alice entraîne dans un périple qui, même si nous le connaissons par coeur, surprend et se révèle inattendu : une suite de péripétie qui vaut initiation et dont nous ressortons avec plus de maturité et plus de sagesse. Le travail de Wheeldon et de son équipe ne se borne pas seulement à régler les pas de danse de chacun des personnages ; les concepteurs peaufinent aussi chaque pièce de décor, chaque costume, chaque lumière, chaque effet spécial avec une minutie d’autant plus nécessaire que le hasard ne saurait avoir une quelconque place. Ainsi, voyez comment le terrier du lapin blanc est remplacé par le sac à malices du magicien ; ou ailleurs comment Alice plonge, avec le public dans un tunnel semblable aux tunnels en 3D.

La danseuse étoile Sarah Lamb est une Alice gracieuse et solide se pliant aux exigences d’un rôle difficile et éprouvant car la jeune fille est constamment sur scène. Mademoiselle Lamb ne se contente pas de danser, elle joue aussi la comédie. Ainsi Alice passe pas divers sentiments : amour, peur panique, curiosité … Face à la ballerine britanique, l’italien Federico Bonelli est un valet de coeur aérien qui accompagne Alice avec bonheur. C’est cependant le couple Zenaïda Yanowski (reine de coeur) et Christopher Saunders (roi de coeur) qui séduit le plus tant ils sont hilarants. Constamment dans l’exagération et la dérision, les deux danseurs propulsent le public dans un monde totalement fantasque qui contraste avec celui d’Alice, pourtant lui aussi déjà complètement déjanté. Et le lapin blanc d’Edward Watson, qui est l’exemple même du personnage loufoque du pays des merveilles, complète avec talent un cast dont le niveau est exceptionnel. Saluons l’incroyable performance du corps de ballet qui intègre sans difficulté une chorégraphie exigeante ; chacun y est invité à donner le meilleur de soi tant en danse qu’au niveau de la comédie. Dans la fosse, le chef canadien David Briskin dirige la musique de Joby Talbot avec une énergie et une rigueur qui lui font honneur. Talbot a composé une musique qui est un savant mélange de musique classique, moderne, contemporaine et jazzy qui “colle” parfaitement au conte sans en trahir l’esprit. L’orchestre et son chef jouent l’oeuvre du compositeur anglais avec entrain et accompagnent les danseurs sans faire le moindre faux pas.

Programmer un ballet contemporain peut apparaitre un défi impossible. Le Royal Ballet, brillamment accompagné par l’excellent orchestre du Royal Opera House, démontre avec éclat que le pari, pour osé qu’il soit, peut être relevé avec un brio incomparable. L’immense succès des Aventures d’Alice au pays des merveilles ne tient pas seulement à l’engagement total des danseurs et de l’orchestre, il vient aussi de la très belle lecture de Joby Talbot et de son scénariste Nicholas Wright sur un conte dont on pensait tout connaître.

Poitiers. Cinéma le Castille, en direct du Royal Opera House de Londres le 28 mars 2013. Joby Talbot (né en 1971) : Alice au pays des merveilles, ballet en trois actes tiré du livre éponyme de Lewis Carroll. Sarah Lamb, Alice; Fédérico Bonelli, Jack/Le valet de coeur; Edward Watson, Lewis Carroll/le lapin blanc; Zenaïda Yanowsky, la mère/la reine de coeur; Christopher Saunders, le père/le roi de coeur; Philipp Mosley, la duchesse; Steven McRae, le magicien/le chapelier fou. Christopher Wheeldon, chorégraphie et mise en scène; Bob Crowley, décors; Nicholas Wright, scénario. Royal Ballet, Orchestre du Royal Opera House. David Briskin, direction.

Illustrations: trois danseurs, le duo : Sarah Lamb, Alice et Fédérico Bonelli, Jack/Le valet de coeur (DR)

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