Philippe Olivier: Wagner, manuel pratique (Hermann éditions)Entretien exclusif à propos de Richard Wagner

Wagner 2013

Livres. Entretien avec Philippe Olivier à propos de “Wagner, manuel pratique à l’usage des mélomanes ” (Hermann, Musique)

Wagner, Manuel pratique à l’usage des mélomanes est récemment édité chez Hermann Musique. Le guide publié en 2007 vient de reparaître en une nouvelle édition actualisée. La question de Wagner taraude toujours les esprits mélomanes, comme elle suscite de vifs débats s’agissant des déclarations et agissements de l’homme Richard Wagner. Mais le livre de Philippe Olivier large dans son approche et accessible dans sa conception souhaite sensibiliser le grand public et notamment les plus jeunes au théâtre wagnérien. Comme œuvre artistique, l’opéra selon Wagner n’a pas fini de captiver, à juste titre… Entretien exclusif pour classiquenews.com








Quels sont les ajouts et modifications qui diffèrent ou apparaissent au sommaire de cette nouvelle édition ?



Le premier de ces ajouts est une préface du Professeur Maurice-Ruben Hayoun, éminent spécialiste de l’histoire d’un judaïsme avec lequel Richard Wagner a eu des démêlés n’étant pas à son honneur. Même s’il se distinguait par un antisémitisme – hélas – répandu dans l’Allemagne de son temps. Le second ajout est une postface dans laquelle je fais état des avancées de la recherche wagnérienne entre 2007 – année de parution de la première version de mon livre – et 2013. La même postface permet aussi de formuler diverses remarques consacrées au wagnérisme d’aujourd’hui, tout comme à la Querelle des Anciens et des Modernes agitant les amateurs d’art lyrique, donc les wagnériens entre autres, au sujet des mises en scène. En ce qui me concerne, je suis très favorable aux Modernes. Je me démarque, à cet égard, de nombre de nos compatriotes. Pour ces derniers, la mise en scène doit avoir une dimension décorative, ne pas remettre en question des choix préétablis très conservateurs. Ceux-ci reflètent l’anachronisme de la société française dans nombre de domaines. Comme je séjourne régulièrement en Allemagne, je constate la différence existant entre le public lyrique des deux pays. Ainsi, la grande bourgeoisie allemande s’est montrée très réceptive devant le Parsifal mis en scène par Christoph Schlingensief à Bayreuth. Une telle attitude n’aurait pas pu être dans l’hexagone. On est généralement, en France, opposé par principe à la modernité. Les récents débats parlementaires au sujet du mariage pour tous l’ont prouvé.





Sur quels aspects de l’Œuvre wagnérienne mettez-vous surtout l’accent à travers les divers chapitres?



Richard Wagner étant un phénomène unique en son genre, dépassant les seuls sujets de la musique pure, du théâtre musical et de la culture allemande, les entrées de mon livre sont nombreuses. Elles recoupent les domaines de la sociologie, des sciences politiques, de l’art de vivre, de l’histoire des idées ou de la spiritualité. Elles intègrent aussi Bayreuth et ses habitants, témoins d’une saga hors du commun depuis le début des années 1870, et les descendants du compositeur. Si cet ensemble semble apparemment multicolore, il a ses lignes de force, ses grandes articulations. Elles m’occupent maintenant depuis plus de quarante ans. Elles sont l’occasion d’innombrables échanges avec des collègues germaniques et anglo-saxons. Nous devons nous retrouver, pour des colloques, des tables rondes et des conférences, ces prochains mois à Bonn, à Leipzig, à Bayreuth ou encore à la Deutsche Oper Berlin. Nous aurons la chance, le 3 avril prochain, d’y débattre avec Hans-Jürgen Syberberg. De pareilles discussions amènent à concevoir Richard Wagner comme un sujet en permanente évolution.





De votre point de vue, dans quelle direction et sur quelles pistes la recherche sur Wagner devrait-elle s’orienter ?

Il y en a, de mon point de vue, trois. Il convient, d’abord, de disposer de jeunes chercheurs français maîtrisant l’allemand d’antan et d’aujourd’hui à un niveau élevé. Sinon, il est impossible de lire ce qui paraît sans cesse sur Wagner dans cette langue. D’où un matériau d’information malheureusement insuffisant. Surtout si l’on ne peut pas décrypter des textes en caractères d’imprimerie ou en cursive gothiques. Il importe, ensuite, de ne pas se masquer la face quand il est question de la collusion ayant existé entre les descendants du compositeur et le nazisme. À cet égard, les Allemands ont effectué un travail exceptionnel d’explication et de résilience. Notre pays, encore traumatisé par le phénomène du gouvernement dit « de Vichy », est à la traîne de cette approche saine au point de vue psychique. Enfin, une étude de Wagner n’est pas compatible avec le dilettantisme. Je suis frappé par la soif d’apprendre que manifestent les membres des Cercles Richard Wagner de villes comme Nantes, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Nice ou Annecy. Pour ne citer que quelques cités où l’on prend réellement la question au sérieux. Ils sont autant motivés que leurs homologues des Cercles Richard Wagner de Berlin, de Munich ou de Zürich : je constate avec plaisir ce dénominateur commun quand je suis invité à prendre la parole dans ces groupes.

Un souhait particulier pour l’année Wagner 2013, s’agissant de l’homme et de son oeuvre ?



Trois souhaits : que l’on comprenne enfin que l’admiration à l’égard du compositeur Richard Wagner est compatible avec une indispensable distance critique devant l’homme faillible et « l’idéologue » douteux qu’il fut ; que naissent et se développent des Cercles Richard Wagner Étudiants. Cette merveilleuse initiative, impulsée par le Professeur Eva Märtson – la Présidente de l’Union mondiale des Cercles Richard Wagner (1) dont j’ai l’honneur d’être le Secrétaire Général depuis 2012 – a déjà pris tournure dans des Universités comme celles d’Oxford ou de Nuremberg. En avril prochain, l’Université de Strasbourg ouvrira son Cercle Richard Wagner Étudiants. Il sera le premier de ce genre en France.
Un dernier souhait, à présent. Qui dit théâtre musical wagnérien dit expérimentation. Si la Tétralogie bayreuthienne à venir de Frank Castorf sera un grand moment de modernité, il appartient aux jeunes metteurs en scène et aux jeunes scénographes les plus radicaux – comme les plus éloignés de lui – de s’emparer de Richard Wagner.






Philippe Olivier vient d’éditer pour l’année Wagner 2013 une nouvelle édition de Wagner, Manuel pratique à l’usage des mélomanes chez Hermann Musique. Lire la critique de Wagner, Manuel pratique à l’usage des mélomanes (Hermann Musique), dans le mag des livres de classiquenews.com


(1) www.richard-wagner-verband.de

Propos recueillis par Adrien De Vries

Tout au long de l’année du centenaire Wagner 2013, Classiquenews dresse un bilan de l’oeuvre wagnérienne (opéras
majeurs, dates biographiques décisives, évolution et accomplissements,
contradictions de l’oeuvre, fils spirituels et détracteurs…), tout en
récapitulant les grands événements lyriques à ne pas manquer en 2013…
C’est aussi plusieurs offres de voyages et évasions musicales qui vous permettront de vivre cette année Wagner d’une manière inédite.

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