vendredi, décembre 9, 2022

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 15 avril 2007. Berlioz, Messe Solennelle. Orchestre National de France, Riccardo Muti.

A ne pas rater

En cette après-midi du dimanche 15 avril, le soleil surplombe Paris, rayonnant ; la température est inhabituellement élevée sur le mercure, l’atmosphère lourde. Le public est un peu abattu par la chaleur ambiante et le concert de Riccardo Muti à la tête de l’Orchestre National de France est idéal en ce moment estival, il nous apporte cet instant de fraîcheur tant recherché.
Le programme, qui allie le Concerto pour clarinette en la majeur de Mozart à la Messe Solennelle de Berlioz, de 1824, retrouvée en 1991, peut sembler a priori étrange mais le résultat est tout simplement prodigieux. Le clarinettiste Patrick Messina accomplit un miracle : outre une technique absolument sans failles, une maîtrise des registres éblouissants, il y a ici un sens de la ligne et des phrasés, une variété dans les nuances absolument incomparables. L’adagio est une merveille de concentration, de naturel, de liberté expressive. Le clarinettiste atteint des pianissimos à la limite du silence – moments inoubliables, soutenus merveilleusement par Riccardo Muti qui tisse une toile d’une finesse, d’une élégance presque aériennes. L’Orchestre National a atteint un raffinement sonore rare. Véritablement, un moment de musique entre grands musiciens !
Changement de climat avec la Messe Solennelle de Berlioz, certes pas la meilleure œuvre du compositeur français, mais essentielle pour entrevoir et comprendre que Berlioz même dans sa jeunesse n’était déjà pas sain d’esprit ! Riccardo Muti dirige cet opus inégal avec une puissance théâtrale presque cataclysmique, une tension jamais relâchée, une vigueur enthousiasmante. Le Chœur de Radio France, qu’avait préparé pour l’occasion Bruno Casoni, chef de chœur du Théâtre de la Scala de Milan, est très engagé, faisant preuve d’un souffle admirable. Les solistes étaient peut-être moins convaincants, malgré le soprano pur, somptueux de Genia Kühmeier et la basse profonde mais un peu terne d’Ildar Abdrazakov. C’est surtout l’orchestre qui est extraordinaire. Il est d’une lisibilité stupéfiante, tout ce qui doit être entendu l’est effectivement : basses (violoncelles, contrebasses, bassons,…) d’une présence impressionnante et extrêmement ductiles (surtout dans le Gloria et le Credo), petite harmonie précise et incisive, cuivres sinon solennels bien majestueux ; bref, le National est dans un grand jour, à la fois concentré, rigoureux et libéré de toute contrainte extérieure, et ceci par la volonté d’un chef pour qui ces musiciens vouent une immense admiration, jamais ternie depuis plus de vingt-cinq ans. Muti le sent bien, il ne peut s’empêcher de revenir, il revient deux fois l’année prochaine. Merci encore pour tout, Maestro !

Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 15 avril, 16h. Wolfgang Amadeus
Mozart
(1756-1791): Concerto pour clarinette et orchestre en la majeur KV 622.
Hector Berlioz (1803-1869) : Messe solennelle pour soprano, ténor, basse, chœur et
orchestre. Patrick Messina, clarinette. Chœur de Radio France, chef de
chœur invité : Bruno Casoni. Genia Kühmeier, soprano. Pavol Breslik,
ténor. Ildar Abdrazakov, basse. Orchestre National de France,
direction : Riccardo Muti.

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