dimanche, janvier 29, 2023

PARIS, TCE. Nouveau Tristan und Isolde par Pierre Audi

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WAGNER EN SUISSEPARIS, TCE. Wagner : Tristan und Isolde. 12-24 mai 2016. Nouvelle production du Tristan de Wagner signée Pierre Audi. Après l’abandon (pour raisons personnelles) d’Emily Magee, initialement programmée, c’est la soprano Rachel Nicholls, habituée du rôle d’Isolde qui reprend le flambeau de cette nouvelle production parisienne. En 1857, Wagner suspend la composition du Ring (Siegfried) : il ne se remet de sa passion brûlante (consommée ou non) pour l’épouse de son protecteur Otto, Mathilde Wesendock qui l’obsède au delà de tout (il est pourtant marié à Minna): le couple de mécènes a installé le musicien dans une petite maison situé sur leur vaste propriété à Zurich. Structurant finalement le matériau de cette tragédie domestique, Mathilde n’est pas compatible avec lui et son statut de musicien errant, Wagner rejoint Venise, et s’installe avec son cher compagnon, son piano Erard, au dernier étage du Palazzo Giustiniani en s’emmurant lui-même, capitonnant l’ensemble des pièces d’un épais velours pourpre qui l’isole totalement des bruits de la Cité : Mathilde a préféré renouer avec son époux. Le compositeur éprouve tous les tourments de l’âme à Venise, songe au suicide, relit Shopenhauer… Pour conjurer sa solitude et sa souffrance, Richard conçoit un opéra de l’amour absolu, entier, exclusif, radical lui-aussi tout en démontrant bien que dans la réalité il est lui voué à l’échec : amants maudits sur cette terre, Tristan et Yseult n’ont aucun chance de s’unir ici bas : la nuit est le suel cadre de leur épanouissement et de leur possible fusion (d’où l’enchantement crépusculaire de l’acte II). Ainsi Tristan est un opéra lagunaire et vénitien, flottant, suspendu sur des eaux létales, jamais précises, aux miroitements inachevés mais constants; la porte vers le rêve et la surréalité. Plongeant au cœur d’une mélancolie absorbante et infinie. Wagner ne peut jouir et aimer sans passion et extase ultimale. On comprend que son rêve d’amour n’ait aucune chance dans la réalité. Pourtant bientôt après le traumatisme de son union / implosion avec Mathilde, se profile une autre amoureuse, la femme dont il a toujours rêvé : Cosima (née Liszt).

Amours contrariés, opéra transcendé

Interceptant une lettre enflammée de Richard à Mathilde, Minna menace de tout révéler à Otto ; ce qui du reste à bien peu d’importance, vu qu’Otto et Mathilde… sont en réalité, séparés. Au mment où Flaubert publie Madame Bovary, portrait acide et clinique d’un romantisme lui aussi avorté, Wagner s’enferme dans une passion enflammée que la surenchère et la radicalité passionnelle (il est comme cela toujours dans l’excès), mène au drame de la frustration.
Tristan, héros impuissant, condamné à une langueur extatique, reflète comme un miroir intime, les forces souterraines irrésistibles qui le mettent à l’agonie. Saisi par l’impossibilité de cet amour qui l’a éreinté et détruit, Richard conçoit un nouvel opéra amoureux d’une puissance musicale inédite. Tout l’ouvrage, par l’irrésolution de l’harmonie tend à la révélation / libération finale, quand Isolde rejoint dans la mort, Tristan qui a succombé.

La mort inextinguible, l’amour inépuisable, la nuit consolatrice… inspirent ici une musique des sentiments qui au moment de la création en 1865, confirme le génie inclassable et réformateur de Wagner à l’opéra. « Mystique de l’union », rêve et songe fusionnés, étirements illimités et vagues d’une torpeur sensuelle et coupable, Tristan und Isolde est pour tout metteur en scène, un Everest qui dévoile les vraies visions dramaturgiques et visuelles… celle défendue par Olivier Py à Genève et pour Angers Nantes Opéra fut une expérience inoubliable, choix esthétique et accomplissement dramatique et lyrique de premier plan. Qu’en sera-t-il à Paris sous la direction de Pierre Audi qui a déjà réalisé à Amsterdam, un Ring sans beaucoup de souffle? Réponse du 12 au 24 mai 2016.

 

 

 

 

PARIS, TCE. Wagner : Tristan und Isolde
Nouvelle production
5 représentations, les 12, 15, 18, 21 et 24 mai 2016 – 15h, 18h

Daniele Gatti,  direction

Pierre Audi,  mise en scène

Willem Bruls,  dramaturgie

 

Torsten Kerl, Tristan

Rachel Nicholls, Isolde

Michelle Breedt,  Brangaine

Steven Humes, Le Roi Marke

Brett Polegato, Kurwenal

Andrew Rees, Melot

Marc Larcher Un berger, un jeune marin

Francis Dudziak, Un timonier

Orchestre National de France

Chœur de Radio France
(Stéphane Petitjean, direction)

INFOS & RESERVATIONS : visiter le site du TCE, Théâtre des Champs-Elysées, PARIS

 

 

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