jeudi, décembre 8, 2022

Paris. Salle Pleyel, le 11 novembre 2012. Piotr Ilitch Tchaïkovski: Iolanta. Anna Netrebko, Sergey Skorokhodov, … Emmanuel Villaume, direction musicale.

A ne pas rater
Au cours de sa tournée européenne avec cette rare Iolanta de Tchaïkovski, il était bien normal qu’Anna Netrebko s’arrête à Paris pour présenter au public français cette œuvre méconnue du compositeur russe.
Cette pièce, brève mais d’une belle intensité, paraît comme un opéra de chambre, avec une écriture orchestrale riche, jamais brutale, complexe et pourtant souvent transparente dans sa couleur, donnant une grande place aux bois, et un traitement des voix qui semble les intégrer à l’orchestre comme des instruments parmi les autres.
Dernier opéra du compositeur d’Eugène Onéguine et la Dame de Pique, ce petit bijou illustre l’histoire de la fille du roi René, Iolanta, aveugle depuis sa naissance, à qui sa famille a toujours caché son handicap. Cependant, la seule condition de sa guérison réside dans l’envie qu’elle devrait avoir de connaître la vue. Et c’est sa rencontre avec le jeune comte Vaudémont qui va la décider, la force de son amour lui permettant de rendre ses yeux à la lumière.


Un petit chef-d’œuvre oublié

Ce conte lyrique se voit servi avec les honneurs, jusqu’aux plus petits rôles.
Le trio des suivantes de Iolanta est parfaitement distribué, notamment la Marta de Monika Bohinec, nourrice tendre à la pâte vocale chaleureuse.
Le Bertrand de Luka Debevec Mayer, malgré une émission un peu tassée et comme élargie, impressionne par son autorité et sa puissance.
Belle découverte en la personne du jeune ténor coréen Jun Ho You dans le rôle court mais exigeant d’Almeric. Ses phrases lui permettent de mettre en valeur sa qualité d’émission, haute et limpide, son sens de la ligne et le rayonnement solaire de ses aigus, des qualités qui lui auraient permis de prétendre au premier rôle. Un nom à suivre de près.
Vassily Savenko, au timbre grisâtre et un peu éteint, et pourtant sonore, compose un Ibn-Hakia touchant, le seul peut-être légèrement en retrait.
En roi René, Vitalij Kowaljow force le respect par son incarnation à la fois paternelle et décidée. Son arioso sonne facile et enveloppant, grâce à une belle homogénéité de la voix et une superbe diction.
Robert fanfaron et enthousiaste, Lucas Meachem semble se promener dans son rôle avec une aisance confondante, notamment dans son air, à l’aigu brillant, jamais grossi, et une prononciation du russe d’une précision impressionnante, associés à une voix plutôt large et un timbre superbe, ce qui lui vaut une ovation de la part du public.

Reste le couple central de l’histoire. Sergey Skorokhodov surprend, belle voix slave très accrochée et cependant un rien barytonale. Toute l’élégance requise par le personnage est présente, et ses nuances savent charmer l’auditoire. Seul le haut de la tessiture étonne, sonnant riche et sans effort, alors que, passé le passage, le visage du chanteur devient vite écarlate, signe d’un surcroît d’effort inutile.
Et la reine de la soirée, celle pour qui le public s’est déplacé, n’a pas failli à sa réputation dans ce répertoire. A l’aise dans cette musique comme dans sa langue, Anna Netrebko déploie sa grande et belle voix, solide du grave à l’aigu, et parant parfois son chant de belles couleurs diaphanes. Seule une homogénéité excessive des voyelles rend la diction par instants pâteuse, mais son incarnation reste superbe.
Son statut de superstar lui vaut un accueil presque démesuré de la part de la salle, car il convient de rappeler, chose devenue rare, que tous ses partenaires se sont révélés d’un niveau exceptionnel.
L’Orchestre de la Philharmonie slovène
enchante par sa précision et la rondeur de ses couleurs, dans une touche presque sucrée qui correspond parfaitement à cette musique, les instrumentistes semblant donner ce soir leur meilleur, emmenés par un Emmanuel Villaume attentif aux chanteurs et semblant couver de sa direction chacun des musiciens.
Une magnifique soirée, de très haut niveau, et la redécouverte d’une petite perle trop négligée de Tchaïkovski.

Paris. Salle Pleyel, 11 novembre 2012. Piotr Ilitch Tchaïkovski: Iolanta. Livret de Modest Tchaïkovski d’après La Fille du Roi René d’Henrik Hertz. Avec Iolanta : Anna Netrebko ; Le Comte Vaudemont : Sergey Skorokhodov ; Robert, comte de Bourgogne : Lucas Meachem ; Le Roi René : Vitalij Kowaljow ; Ibn-Hakia : Vassily Savenko ; Almeric : JunHo You ; Bertrand : Luka Debevec Mayer ; Marta : Monika Bohinec ; Brigitta : Theresa Plut ; Laura : Nuška Rojko. Chœur de chambre slovène. Orchestre de la Philharmonie slovène. Emmanuel Villaume, direction musicale.

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