Paris. Salle Pleyel, le 11 décembre 2012. Nina Stemme, soprano. Swedish Chamber Orchestra. Thomas Dausgaard, direction musicale

Venus en grande partie pour Nina Stemme, cette soirée aura surtout été pour nous la découverte éblouie d’un orchestre remarquable, le Swedish Chamber Orchestra.
Au milieu d’un programme vocal chambriste, sinon austère, cet ensemble instrumental, au son lumineux, capables de facettes multiples, avec des piani à la limite de l’inaudible et un sens des couleurs rares, provoque l’admiration.
Il se révèle d’autant plus que la prestation de Nina Stemme déconcerte. Malgré ses efforts, la soprano suédoise sonne souvent trop lourde, comme surcouverte, manquant de brillance et de hauteur de place, surtout dans un répertoire réclamant, selon nous, transparence du son, éclat solaire de la voix.


Révélation d’un orchestre

Symptomatique de cette lourdeur vocale, un Spectre de la rose audiblement pris dans la version pour mezzo, sonnant trop sépulcral, souvent bas d’intonation, à la diction française confuse, une ligne comme trop chantée, pas assez dite, jusqu’à une ultime phrase enfin prononcée simplement, pour un furtif moment de clarté. Morgen de Strauss fait le même effet, détonnant de poids vocal malgré des efforts d’allègement, après une introduction orchestrale … toute en apesanteur.
Au chapitre des réussites, Der Tod und das Mädchen se distingue : elle y incarne une Mort aux graves somptueux, paradoxalement plus clairs que le reste de la tessiture. Et une Jenny faisant irrésistiblement penser à Lisa Minelli, proche du cabaret, moins opératique, renouant à nouveau avec un naturel presque parlé cette fois convaincant.
Une performance vocale en demi-teinte, donc, qui nous fait penser que la chanteuse gagnerait à se rapprocher du schéma sonore de Birgit Nilsson, plus en hauteur et en clarté.

Reste donc l’orchestre, qui nous laisse un magnifique souvenir avec un Nimrod d’Edgar triomphant, au lyrisme prenant, et une cinquième de Beethoven aux plans sonores d’une définition rare, rendant lisible la partition, portés par des atmosphères habilement contrastées, aux crescendi étourdissants, partant d’un quasi-silence pour s’achever dans un éclat vainqueur. Seul léger regret : l’abus de sons droits pour servir Beethoven, rendant parfois le son un rien trop tranchant. Mais le public fait une ovation à cet orchestre, dont tous les musiciens se montrent unis comme un seul homme derrière leur chef, Thomas Dausgaard, plein de fougue et de passion.

Paris. Salle Pleyel, 11 décembre 2012. Ludwig van Beethoven : Ouverture de Coriolan op. 62. Edvard Grieg : Jeg elsker deg op. 5 n° 3. Jean Sibelius : Flickan kom ifran sin älsklings möte op. 37 n° 5 ; Valse triste op. 44 n° 1. Richard Wagner : Stehe still ! – extrait des Wesendonck-Lieder. Maurice Ravel : Pavane pour une infante défunte. Kurt Weill : Lady in the Dark, The Saga of Jenny. Johannes Brahms : Nein, es ist nicht auszukommen op. 52 n° 11 – extrait des Liebesliederwalzer. Hector Berlioz : Le spectre de la rose – extrait des Nuits d’été. Franz Schubert : Der Tod und das Mädchen. Edward Elgar : Nimrod – extrait des Variations Enigma op. 36. Richard Strauss : Morgen, op. 27 n° 4. Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 5. Nina Stemme, soprano. Swedish National Orchestra. Thomas Dausgaard, direction

Illustration: Thomas Dausgaard (DR)

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