L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo poursuit sa nouvelle saison 2025-2026 sous la direction de son directeur musical Kazuki Yamada. Après un spectaculaire et bouleversant concert d’ouverture qui comprenait Saint-Saëns et Richard Strauss (lire notre critique du 21 septembre dernier), le concert de ce 7 déc, célèbre la passion et la ferveur de 3 compositeurs russes. De l’imagination sans limites du très romantique Rachmaninov (dont le piano sait exprimer la démesure de son clavier rhapsodique), aux vertiges faussement badins, subtilement doublés d’ironie à peine masquée, de la Symphonie n°9 de Chostakovitch, les instrumentistes doivent relever de multiples défis. Le programme présenté met en lumière toutes les ressources de l’Orchestre, à l’écoute du pianiste coréen Seong-Jin CHO (lauréat du Concours Chopin 2015), grand invité de cette nouvelle session, dans la Rhapsodie inclassable de Rachmaninov.
Photo : Kazuki Yamada © Sascha Gusov
SYMPHONIE n°9 de CHOSTAKOVITCH
Chostakovitch couvre tout le XXème, siècle d’horreur et de tensions fratricides, dans le pays, hors des frontières; siècle d’effroi et d’inquiétude panique dont il a ressenti très profondément les morsures dans sa chair et son esprit, lui qui fut interdit puis réhabilité d’une certaine façon (toujours ambivalente et trouble) par le régime stalinien. A 36 ans après le scandale de sa Lady Macbeth (si détesté par Staline, 1936), Chostakovitch est sacré génie symphoniste en Russie grâce à sa Symphonie n°7 « Stalingrad » qui célèbre avec un souffle sidérant et une humanité saisissante, la résistance du peuple contre l’armée nazie (1942). Acte musical, acte patriotique et… chef-d’oeuvre artistique indiscutable. Compositeur officiel, Chostakovitch essuie encore des revers quand Khrennikov en 1948 orchestre vis à vis des artistes une nouvelle purge « anti-formaliste ».
Le compositeur doit encore et toujours se dissimuler sous un masque de respectabilité soviétique et stalinienne… 15 Quatuors, 15 Symphonies (un défi lancé aux compositeurs classiques et romantiques, tous abonnés aux 9 opus, excepté peut-être Mahler qui laissa… une 10è Symphonie, certes inachevée), Chostakovitch développe un double langage, entre intériorité et déclaration directe, propice à séduire le régime tout en gardant un esprit clairvoyant et une conscience sans tâche.
UNE AUBADE QUI ÉNERVA STALINE…
LA SYMPHONIE N°9 de Chostakovitch marque l’évolution de la maturité, créée à Léningrad en 1945 (le 3 novembre), sous la baguette d’Evgueni Mravinski. Composée en août 1945, époque de résolution des guerres en Europe, la partition est la plus courte, la plus légère et curieusement la moins populaire du cycle des 15 Symphonies. 5 mouvements comme la 8è (allegro, moderato, presto, largo, allegretto): son efficacité, sa simplicité auraient là encore suscité la colère de Staline qui voulait une arche solennelle et triomphante. A la place de quoi, la tyran n’eut qu’une… aubade dont les temps forts demeurent surtout l’orientalisme (à la clarinette) du Moderato; les sonneries graves des trombones et le chant solistique du basson du Largo. La réduire à une oeuvre serait évidemment une erreur… tant Chostakovitch, maître des illusions sonores, s’ingénie à perdre l’auditeur dans des champs jamais clairement explicités.
RACHMANINOV
Rhapsodie sur un thème de Paganini opus 43. De la Révolution bolchévique de 1917 à sa mort en 1943, Rachmaninov ne crée que six partitions dont la Rhapsodie sur un thème de Paganini, créée le 7 novembre 1934 à Baltimore, avec le chef Leopold Stokowski pilotant le Philadelphia Orchestra.
Libre et inventive dans son écoulement formel, la partition affiche une tranquille modernité surtout un geste fluide et sans contrainte qui repousse les limites de l’exercice rhapsodique trouvant un équilibre idéal entre plan architectural qui préserve le déroulement dramaturgique, et la souple expression d’un flux musical quasi abstrait ou brillent qualités de timbre, couleurs, espace d’un clavier dont l’ampleur imaginative est … symphonique. Pour noyau et prétexte de ce délire poétique, le dernier des 24 Caprices pour violon seul de Paganini (1782-1840). Rachmaninov en déduit une éblouissante confession nostalgique. Le jeu sinueux très sensuel et brillant du clavier danse avec l’orchestre dans le l’énoncé superposé au motif de Paganini, du thème du Dies irae (fa-mi fa-ré-mi-do ré-ré) dans la 6ème variation puis la 10ème. C’est à la manière d’un De Falla (et son Amour Sorcier), une manière de cycle du feu, où l’écriture du piano crépite, s’enflamme, …Finesse et lyrisme, détail et puissance, le génie mélodique de Rachmaninov, affirme un panache étourdissant ; telle approche emporte toute la rhapsodie dans un bain organiquement continu, chaque séquence / variation se succédant à l’autre avec une évidente souplesse là encore.
Le scintillement debussyste et ravélien de la 11ème redouble d’éclats millimétrés, comme la frivolité ancien régime de la 12ème (menuet), avant le trait virtuose et percutant du piano répondant aux saillies sarcastiques de l’orchestre dans la 13ème, … façonne un jeu contrasté et tout en souplesse ; de même la parodie du Concerto de Tchaikovski (2ème mouvement) dans la 15ème y est subtilement énoncée elle aussi. Autre filiation qui enrichit encore ce jeu des styles qui se répondent de siècle en siècle. Mais rien n’égale la séduction dansante de la 18ème (faite par Rachmaninov pour plaire à son impresario et lui donner le moyen de mieux « vendre » le style du compositeur pianiste qu’il défendait alors…). Le génie du pianiste compositeur intègre aussi l’humeur fantasque, l’idée du caprice, de la libre fantaisie liés au genre rhapsodique… ainsi cette conclusion imprévisible qui s’efface, fugitivement, dans une ultime mesure jouée piano. La liberté et la force évocatoire du jeu pianistique doivent trouver une démesure expressive, libre et suggestive. Un défi pour le soliste comme l’orchestre, inféodé aux fabuleuses couleurs de l’instrument mis en avant.
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Dimanche 7 décembre 2025, 18h
MONACO, Auditorium Rainier III
Concert symphonique
Kazuki Yamada, direction
Seong-Jin Cho, piano
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : https://opmc.mc/concert/k-yamada-s-j-cho/
Durée : 2h avec entracte
En prélude au concert, présentation des œuvres à 17h par André Peyrègne
Serge PROKOFIEV
Symphonie n°1 en ré majeur, op. 25 « Symphonie Classique »
Serge RACHMANINOFF
Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43
Seong-Jin CHO, piano
Dmitri CHOSTAKOVITCH
Symphonie n°9
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LIRE aussi notre critique du cocnert d’ouverture de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, cocnert d’ouverture [Saint-Saëns / Richard Strauss…] le 21 sept 2025 :





