dimanche 3 mars 2024

COLOGNE / OPER KÖLN. B. A. ZIMMERMANN : Die Soldaten. Calixto Bieito / François-Xavier Roth (le 18 janvier 2024 à la Philharmonie de Cologne et le 28 janvier à la Philharmonie de Paris).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

L’Opéra de Cologne accueille un ouvrage choc qui a été créé in loco en 1965 (sous la direction de Michael Gielen) : Die Soldaten / Les Soldats. Le livret est du compositeur Bernd Alois Zimmermann, inspiré du drame de Jakob Michael Reinhold Lenz. Rarement donné, il est aujourd’hui dirigé par François-Xavier Roth à la tête du Gürzenich-Orchester Köln.

 

 

Premier témoin des horreurs de la guerre, le jeune Zimmermann est, en 1940, mobilisé au sein de l’armée hitlérienne, dans la Wehrmacht. Celui qui a été éduqué au collège des Salvatoriens (monastère de Steinfeld), découvre l’agonie et la terreur sur le front de guerre (ce qu’exprime les déflagrations dès l’ouverture de Die Soldaten : cris, hurlements, tension ultime des instruments…).

 

L’absurdité de la guerre
La lâcheté des hommes

Zimmermann participe aux campagnes de France, de Pologne et de Russie. Jusqu’en Oural où il doit combattre les russes dans une zone morte, blessée, exsangue, marécageuse… Fortement atteint, il est démobilisé en 1942. Diagnostiqué maniaco-dépressif, Zimmermann garde dans sa chair, les traumatismes multiples d’une âme foudroyée. Ce temps de la guerre est celui où chacun risquait de devenir un « porc » (schwein).
Dès 1957, le compositeur se passionne pour la comédie Les Soldats de Lenz et entreprend aussitôt l’écriture d’un opéra lequel sera créé en… 1965 à Cologne.
De l’écriture laide, absurde, « déchiquetée et calcinée » de Lenz, Zimmermann déduit son propre chant lyrique et instrumental à la fois magique, halluciné, tendu, crépusculaire… Les 5 actes de la pièce de Lenz, deviennent 4 dans l’opéra ; la critique sociale originelle est gommée à la faveur d’une surréalité qui superpose les actions, au point de produire des vertiges spacio-temporels ; l’opéra est moins réaliste qu’errance et obsession cauchemardesque. Le cynisme permanent, la tension amorale conduisent chaque être au viol, au meurtre ou au suicide. A l’anéantissement général.

Le drame de Zimmermann produit une métaphore de la folie humaine, universelle, dénonçant l’absurdité terrifiante de la guerre et l’agonie totale à laquelle chaque conflit mène inexorablement. Si l’action se déroule dans les Flandres, Zimmermann prend soin de préciser, comme indication générale : « Temps : hier, aujourd’hui et demain. »
Ici tous les protagonistes sont broyés par la machine guerrière collective. Marie est violée, trahie. Son premier fiancé Stolzius, meutrier et se suicide… L’humanité est réduite à une galerie de fantômes démunis, impuissants, mais qui partagent tous une lâcheté parfaitement immorale.

 

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Bernd Alois Zimmermann : Die Soldaten / Les Soldats
Jeudi 18 janvier 2024, à 20h
Kölner Philharmonie / Philharmonie de Cologne
Réservez vos places directement sur le site de la Philarmoni de Cologne : https://www.koelner-philharmonie.de/en/programm/soldaten-sonderkonzert/2893

 

 

Opéra en 4 actes
Livret du compositeur – créé à l’Opéra de Cologne en 1965

distribution / production

MUSIKALISCHE LEITUNG : FRANÇOIS-XAVIER ROTH
INSZENIERUNG : CALIXTO BIEITO
KLANGREGIE : PAUL JEUKENDRUP

WESENER, EIN GALANTIERHÄNDLER IN LILLE : TÓMAS TÓMASSON
MARIE, SEINE TOCHTER : EMILY HINDRICHS
CHARLOTTE, SEINE TOCHTER : JUDITH THIELSEN
WESENERS ALTE MUTTER : KISMARA PEZZATI
STOLZIUS, TUCHHÄNDLER IN ARMENTIÈRES : NIKOLAY BORCHEV
STOLZIUS’ MUTTER : ALEXANDRA IONIS
OBRIST, GRAF VON SPANNHEIM : LUCAS SINGER
DESPORTES, EIN EDELMANN : MARTIN KOCH
PIRZEL, EIN HAUPTMANN : JOHN HEUZENROEDER
EISENHARDT, EIN FELDPREDIGER : OLIVER ZWARG
HAUDY : MILJENKO TURK
MARY : WOLFGANG STEFAN SCHWAIGER

DREI JUNGE OFFIZIERE :
YOUNG WOO KIM
ARTJOM KOROTKOV
YONGSEUNG SONG

DIE GRÄFIN DE LA ROCHE : LAURA AIKIN
DER JUNGE GRAF, IHR SOHN : ALEXANDER KAIMBACHER
DER BEDIENTE DER GRÄFIN DE LA ROCHE : ALEXANDER FEDIN
DER JUNGE FÄHNRICH : JÁN RUSKO
DER BETRUNKENE OFFIZIER : FREDERIK SCHAUHOFF

DREI HAUPTLEUTE :
HEIKO KÖPKE
CARSTEN MAINZ
ANTHONY SANDLE

ORCHESTER
GÜRZENICH-ORCHESTER KÖLN

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Production reprise à Paris, Philharmonie le 28 janvier 2024, 19h :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/opera-en-concert/26150-bernd-alois-zimmermann-les-soldats
Grande Salle Pierre Boulez – durée 2h

 

DISTRIBUTION
Musique et livret de Bernd Alois Zimmermann d’après le drame de Jakob Michael Reinhold Lenz

Gürzenich-Orchester Köln
François-Xavier Roth , direction
Calixto Bieito , mise en espace
Tómas Tómasson , Wesener, commerçant de Lille
Emily Hindrichs , Marie
Kismara Pezzati , La mère de Wesener
Nikolay Borchev , Stolzius
Alexandra Ionis , La mère de Stolzius
Lucas Singer , Obrist, Comte von Spannheim
Martin Koch , Desportes
John Heuzenroeder , Pirzel
Oliver Zwarg , Eisenhardt
Milienko Turk , Haudy
Wolfgang Stefan Schwaiger , Mary
Laura Aikin , La comtesse de la roche

 

VIDÉO : l’opéra Die Soldaten de Zimmermann sur youtube (intégrale audio) – Michael Gielen / Gürzenich Orchestra Cologne

 

 

 

SYNOPSIS

Acte I (5 scènes) : La fille du marchand Wesener, Marie, pourtant éprise de Stolzius, drapier à Armentières, est courtisée puis séduite par Desportes, officier français. Après des réticences, Wesener accepte Desportes comme prétendant.
Acte II (2 scènes) : Stolzius découvre la trahison de Marie. La mère de Stolzius le moque et regrette son attachement pour une « putain à soldats ».
Acte III (5 scènes) : Stolzius s’engage dans l’armée et devient l’ordonnance du lieutenant de Mary, un ami de Desportes qui a pris la fuite. Mary et le jeune comte de la Roche courtisent la « putain » fascinante.
Acte IV (3 scènes) : Marie, violée par l’ordonnance de Desportes, s’enfuit. Dans un dîner, Stolzius empoisonne Desportes et se suicide. Sur des hurlements répétitifs (dont l’éloquent Laufschritt, qui cite les camps de concentration, où tout devait se faire « au pas de course »), l’aumônier Eisenhardt récite le Pater noster. Marie éreintée, en haillons, croise son père qui ne la reconnaît pas, et lui donne l’aumône. Marie s’effondre, au moment où un nuage atomique envahit l’espace.

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