Mort du compositeur Pierre Henry (1927-2017), l’inventeur de la musique concrète

Mort du compositeur Pierre Henry (1927-2017) – Né en 1927, le compositeur parisien Pierre Henry s’est éteint peu avant son 90ème anniversaire (décembre 2017), ce jeudi 6 juillet 2017. Il cultivait l’audace et la liberté à l’écoute des sons de notre temps. Comme les cubistes à l’heure de Picasso et de Braque, l’artiste créateur avait pris coutume de travailler les sons bruts, concrets, captés dans son environnement sonore direct, puis de les recycler dans ses propres compositions, comme libéré du dictat des présupposés du solfège. Il fut cet orfèvre capable de transformer le bruit en gemme sonore.

HENRY PIERREÂgé de 21 ans en 1946, le jeune musicien rejoint Pierre Schaeffer (il est alors réputé bon batteur), au sein des studios de la radiodiffusion publique (RTF) : il y conçoit une langue nouvelle à partir des techniques inédites offertes par la radio (comme le magnétophone à bandes…), utilisée comme « une lutherie expérimentale ». Pierre Schaeffer et Pierre Henry inaugurent une nouvelle odyssée avec leur première partition créée devant le public en mars 1950, Symphonie pour un homme seul.
Ainsi naît la musique électroacoustique, également ou « musique concrète » (terme utilisé dès 1948). Au sein de la RTF, Pierre Henry est ensuite nommé chef du GRMC (Groupe de recherche sur les musiques concrètes), qui devient en 1958 le GRM (Groupe de recherches musicales) dont l’aventure se poursuit encore, fidèle à ses fondamentaux initiaux : produire une langue musicale « faite de sons et non pas de notes ». En 1958, le parisien cesse de travailler avec son mentor Pierre Schaeffer. Sans rien connaître du travail de John Cage, il prépare ses propres pianos qu’il reconstruit selon les bruits/sons envisagés. En cinéphiles avisé, il interroge les rapports du son et des images. Il repense les fondamentaux de la musique qui ne peuvent se définir qu’en fonction des nouveaux paradigmes modernes : « cris, rire, sexe et mort ». Son idéal, exprimer « l’organique pur ». Féru de technologie, et expérimentateur affûté, Pierre Henry réalise la fusion entre musique électronique et musique concrète. Il offre au monde sonore ainsi revisité, un souffle cosmique dont témoigne entre autres, la fresque onirique : « Voyage » (1962), inspiré du Livre des morts tibétain. Et trouve un résonance particulièrement connectée avec l’esprit du temps quand il compose « Messe pour le temps présent » (1967) flirtant avec le rock électronique. Ce tube sera chorégraphié par Maurice Béjart (qui en était le commanditaire pour son nouveau ballet destiné à Avignon), utilisé ensuite pour les défilés de mode (surtout Psyché Rock, par Paco Rabanne entre autres). Toute une époque avait alors trouver sa sonorité, soulignant de façon inédite, les noces d’un réacteur original et puissant et de son époque. Mais le penseur et le compositeur élève encore le niveau de sa quête esthétique, sollicitant le visuel et le spirituel, qui font peu à peu basculer ses créations dans des rituels ou cérémonials, spécifiquement préparés (Paradis perdu, 1983), Hugo Symphonie (1985). A travers l’infini du son, Pierre Henry amorce une quête inédite qui cible l’au-delà de la vie et de la mort… Avec lui, la liberté de l’expérience en passant par l’incarnation d’un parcours unique rejoint l’oeuvre d’art.

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L’hommage de Radio France. Radio France avait prévu de fêter les 90 ans de Pierre Henry les 8, 9 et 10 décembre prochains. Ces rendez-vous prendront la forme d’un hommage rendu par Radio France au musicien disparu. Trois nouvelles œuvres du compositeur seront créées à cette occasion avec la complicité de son propre studio Son/Ré, de la Compagnie Inouïe de Thierry Balasse et du GRM. De son côté, la major Universal annonce un coffret anniversaire d’ici la fin de l’année 2017 (de nombreuses oeuvres phares ont été éditées par Philips).
Une célébration se tiendra mardi 11 juillet 2017, en l’église du Saint-Esprit, 186 avenue Daumesnil 75012 PARIS.

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