Mitango, récital Bruno Maurice, accordéon. Paris, salle Cortot

Maurice_bruno_accordeon_mitango-575Paris, salle Cortot. Mitango, récital Bruno Maurice, accordéon, jeudi 13 février 2014, 20h30. Musicien libre et indépendant, compositeur, improvisateur, Bruno Maurice trace son chemin au gré de ses rencontres et de ses voyages. En solo ou dans ses diverses formations, avec son bayan Appassionata, un accordéon de facture russe aux sonorités inouïes, Bruno Maurice livre un son unique, un jeu personnel et profond. Aujourd’hui en récital, il présente « Mitango », le programme de son nouvel album solo regroupant ses plus récentes compositions et improvisations. Un voyage musical, où l’imaginaire de l’artiste recompose émotions, rencontres, thèmes qui inspire le compositeur voyageur.

C’est un métissage personnel fait de musique contemporaine poétique, inspirée de la nature, des voyages lointains, du tango argentin, du free jazz, de la chanson française, dans un jeu virtuose aux modes de jeu contemporains, que le bayan Appassionata transcende tel un petit orgue.

Programme de Mitango : Petit orgue, Saumur pétillant, Nuage, Monsignore, Omaggio, Soleil levant, Sur les quais, Un matin Hanoï, Mitango

 

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Mitango, récital Bruno Maurice, accordéon
Compositions et improvisations
Paris, salle Cortot
jeudi 13 février, 20h30
78 rue Cardinet 75017 Paris – Métro : Malesherbes
Réservations : www.brunomaurice.com

L’accordéon laboratoire

Entretien avec Bruno Maurice, accordéoniste atypique …

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Quelles sont vos sources d’inspiration concernant les pièces enregistrées dans votre dernier disque ?

Ces dernières années ont été riches et intenses en musiques, en voyages, en rencontres : dans la création en musique contemporaine (œuvres de Bosseur, Cavanna, Strasnoy, Rolin, Rossé), le tango symphonique de Piazzolla, la musique latine avec l’ensemble Pasarela, la musique du monde avec le Trio Miyazaki, la chanson française (spectacle autour des chansons de Barbara), la musique improvisée avec Jacques Di Donato et André Minvielle, sans oublier l’écriture et la création de mes deux concertos avec accordéon : « Cri de Lame » et « Turbulences ».

J’ai toujours donné la priorité au récital, véritable performance sans filet, cherchant à présenter une musique originale et personnelle. Ainsi, j’ai constitué et expérimenté peu à peu tout un répertoire de compositions et improvisations, de musiques qui m’appartiennent complètement, alimentées par les différents chemins musicaux que j’ai empruntés. J’aime jouer ce répertoire très personnel, que je peux modeler et faire évoluer à volonté, au plus près de mes convictions musicales, dans le son et l’émotion du moment.

Malgré son titre, «Mitango» n’est pas un disque de tango, mais bien un album de mes compositions et improvisations, où, parmi les différentes inspirations plane par moments l’esprit du tango, notamment dans l’avant-dernier titre. En fait, Mi…tango désigne une sorte de tango qui prend naissance sur la note Mi jouée dans les profondeurs graves de mon accordéon. Travaillée comme une couleur, cette pâte sonore, très sombre au départ, s’anime peu à peu en éclats free jazz sur un rythme accentué caractéristique du tango, laissant place plus tard à un thème plaintif, particulièrement nostalgique.

Y a-t-il un sujet particulier, souvenirs ou atmosphères qui ont « structuré » chacun des morceaux ?

Chacun des morceaux porte une histoire, une structure et une thématique particulière. Par exemple, je commence toujours mes récitals par « Petit orgue ». C’est une invitation à découvrir mon univers musical ainsi que les sonorités rares de mon instrument (un bayan Appassionata), tout d’abord par une douce mélodie a capella au timbre chaud et boisé, aux sons soufflés et silencieux. Ce moment est d’une extrême importance, c’est ma rencontre avec le public, avec le lieu et l’acoustique générale. J’ai écrit pour cette introduction un choral dans l’esprit « Renaissance », ce thème servant de support à une improvisation et à des variations. L’amplitude sonore grandit dans les timbres et les registres menant à une puissance spectaculaire, rappelant celle d’un grand orgue. « Saumur pétillant » est une reprise de mon premier album solo « Eclats de Nacre », mais avec cette fois une plus grande liberté dans l’improvisation et un développement des effets techniques de bellow shake. C’est un morceau vif et rythmique, festif, sur le thème de l’effervescence et de la légèreté. « Nuage » représente pour moi le son en voyage, le souffle en liberté, insaisissable et immatériel, énigmatique et imprévisible, qui prend naissance au creux de mon accordéon. Il ira se placer dans le ciel de chacun, les yeux fermés, portés dans le flottement d’un bain sonore tout d’abord doux et confortable. Bientôt, les couleurs évanescentes se renforcent et s’éclipsent dans le fracas d’un jeu de graves extrêmes d’une ampleur catastrophique. L’orage gronde bien, dans une activité harmonique tumultueuse et complexe mêlée de clusters et de glissandi, avant de se résorber dans la douceur nébuleuse. « Un matin à Hanoï » fait référence au tcheng, cet orgue à bouche chinois, lointain ancêtre de nos accordéons. Sur un texte de la chanteuse vietnamienne Huong Thanh, j’ai composé ce thème, aux harmonies et aux rythmes changeants. « Monsignore » est dédié à Monseigneur Agostinho Da Costa Borges, qui m’invite régulièrement à jouer dans l’église San Antonio à Rome, lieu même de l’enregistrement de ce disque :  je tente ici de dépeindre le personnage, dans sa bonté, sa rigueur, sa liberté aussi. Astor Piazzolla, compositeur et interprète de génie, m’a beaucoup marqué, par sa musique mais aussi par sa relation fusionnelle avec son instrument. Son instrument était vraiment «  Sa » voix. Cette voix intérieure emprunte de douleur, dans le vibré de chaque son, dans le contrôle de chaque ornement et dans des accents de voix affutés à l’extrême. Omaggio est un hommage à ce grand maître. Profondément touché par la sensibilité de Barbara, j’ai inventé « Chanson pour toi », un air simple, tendre et enveloppant, avec des clins d’œil musicaux, qui rappellent Georges Delerue et Sarah Vaucaire, une manière de dire « ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ». Ce programme musical, c’est mon imaginaire, c’est un jeu de composition et d’invention de chaque instant, guidé par les sons de mon accordéon, comme un pinceau sur la toile.

Comment envisagez-vous aujourd’hui le rôle et la place de l’accordéon au concert ?

Après avoir eu pendant de nombreuses années l’exclusivité des salles de danse, l’accordéon fréquente de plus en plus les salles de concerts, en solo et dans la musique de chambre, grâce au développement du répertoire contemporain et aux performances remarquables de la jeune génération d’accordéonistes issue des conservatoires. L’instrument a beaucoup évolué dans sa facture, et attire de plus en plus de compositeurs contemporains intéressés par la richesse de sa dynamique, de son timbre, de ses registres. Présent dans toutes les musiques, et dans tous les pays, l’accordéon est un véritable vecteur de cultures.

Recherchez-vous de nouvelles formes, lesquelles ? Travaillez-vous avec des partenaires instrumentistes ou compositeurs, et dans quelles directions ?

Avec la création de mon nouveau label inSpir’, ma démarche va se porter maintenant sur l’enregistrement et la diffusion de mes différentes formations, notamment celles qui sont dans une démarche de création, par exemple avec mes partenaires Jacques Di Donato et André Minvielle. J’envisage d’enregistrer aussi mes deux concertos et quelques pièces de musique de chambre.

Du 7 au 17 avril prochain, je serai en résidence de création au théâtre Molière de Bordeaux, avec les compositeurs François Rossé, Etienne Rolin, Philippe Laval, Didier-Marc Garin, Thierry Alla, qui se pencheront notamment sur l’écriture pour l’accordéon.

Il faut sans cesse continuer à travailler la technique instrumentale, jouer et découvrir le maximum de répertoire. J’ai maintenant une grande connaissance de mon instrument. C’est vraiment un instrument extraordinaire et je mesure chaque jour le génie de son artisan, Vassili Koelchin, qui en a fait un instrument d’une sensibilité extrême. Je prends alors conscience à quel point l’instrument est le prolongement du corps du musicien. Je passe maintenant beaucoup de temps à étudier et à régler la mécanique, la pression des soupapes et la justesse et la précision d’attaque des anches. Cela me permet d’aller avec plus de justesse dans l’expression. Transmettre ce que je connais est aussi ma passion, que je distribue au Conservatoire de Bordeaux et au « Festival des Arcs » chaque été.

Approfondir

https://soundcloud.com/bm33/sets/mitango-extraits-bruno-maurice
http://youtu.be/4KQ79f2yfoc
http://youtu.be/LBWpBBr2IYE

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