Hector Berlioz
La mort de Cléopâtre, 1829
France musique, le 31 janvier 2007 à 20h
Concert donné le 16 janvier 2007
au Grand Théâtre de Bordeaux
Hector Berlioz: La Mort de Cléopâtre
Cantate pour soprano et orchestre
Francis Poulenc: La Voix humaine
Tragédie lyrique en un acte
sur un texte de Jean Cocteau
Mireille Delunsch, soprano.
Orchestre National Bordeaux Aquitaine.
Kwamé Ryan, direction
Passion berliozienne
Quand Berlioz travaille à l’illustration musicale de Cléopâtre, il vit l’une des périodes les plus misérables de sa carrière. Le manque d’argent se fait sentir et en décidant d’écrire sa cantate académique pour le Prix de Rome de 1829, sa motivation est surtout d’ordre pécuniaire. Mais le génie se souciant peu de la comptabilité, et comme bravant les difficultés, suscite une oeuvre intense et profonde qui dévoile avant les grands opéras à venir, la veine dramatique d’un exceptionnel créateur. Un jeune tempérament d’autant plus opiniâtre qu’il se présente déjà pour la troisième fois au Concours du Prix de Rome.
Construction harmonique audacieuse, scène impressionnante de la Méditation (qui frappa Boieldieu), instabilité tonale en liaison avec la panique intérieure de la Reine d’Egypte, nous paraissent aujourd’hui d’une modernité visionnaire; mais le jury du Concours ne l’entendit pas de cette oreille et refusa d’accorder son Prix à l’insolent candidat.
Outre le dramaturge, l’orchestrateur se révèle déjà : clarinette, basson, cuivres et cordes graves imposent dès le début, cette sonorité tragique et lugubre qui façonne immédiatement le climat de l’Egypte antique. Le sang empoisonné qui coule dans les veines de la Souveraine défaite, le dernier spasme royal, l’expiration fatale et dernière : tout cela s’entend par la voix d’un orchestre convulsif et sanguin.
Auber réclama plus de retenue, de mesure, de clarté et de sérénité. Ce que Berlioz fit l’année suivante, avec sa nouvelle cantate, « la Mort de Sardanapale » laquelle lui permit, enfin, de remporter le Concours et de rejoindre à Rome, les pensionnaires de la Villa Medicis.
Illustration
Alessandro Turchi, La mort de Cléopâtre (Paris, musée du Louvre)