LIVRE événement, critique. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots (Hermann)

livre critique classiquenews beatrice didier la sirene boutes musique et mots harmattan critique enserrer-la-musique-dans-le-filet-des-mots.jpgLIVRE événement, critique. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots (Hermann). L’auteure qui pose avec polémique la question centrale à l’opéra, entre texte et musique est coutumière des sujets qui cultivent le dialogue des arts. Elle est en particulier très inspirée par les rapports de la musique et de la littérature au XVIIIe et au XIXe siècles. La musique est-elle cette sirène, difficile à saisir, à sentir, à éprouver par le truchement des mots ou d’une nacelle textuelle et poétique ? Concrètement : comment le flux musical fonctionne-t-il avec la trame d’un texte ? « Saisir l’insaisissable : enserrer la sirène » : telle est la question centrale de cet essai de Béatrice Didier. Si Ulysse sait se protéger du chant des sirènes musicales, le mythe de Boutès également légué par l’Antiquité, a moins de retentissement, mais il est certainement révélateur et plus riche de questions : plus dramatique donc inquiétant. Boutès lui, suit la sirène, plonge et se laisse envoûté par elle, au risque d’en mourir, ou de s’y perdre. Désir d’entendre, « de se précipiter »… (comme Tosca). Boutès est celui qui se meut, il danse : contrairement à Ulysse qui s’attache immobile au mat du navire. Musique, chorégraphie expriment en définitive le pouvoir irrésistible de la musique. Mais alors pouvoir dire la musique, ne serait-ce pas l’attacher, l’enserrer au sens de piloter, contraindre, assujettir, réduire, appauvrir ?

 

 

Écrire la musique…
A la suite de Boutès, expliquer le pouvoir de la musique

 

 

Ainsi débute le texte d’un essai captivant qui interroge à travers 3 parties (« Définir et délimiter » ; « S’associer » ; « Capter la sirène dans le texte »), les noces heureuses, tendues entre texte / livret et musique. Comment dire la musique ? Et quand il a été possible de l’exprimer, le mot l’a-t-il traduit fidèlement sans la dénaturer ? Du dictionnaire encyclopédique destiné à expliquer le langage musical (Brossard, Rousseau, Berlioz), aux écrits sur la musique (la figure de la musique et surtout du musicien depuis Le Neveu de Rameau de Diderot ; premières critiques… Berlioz encore), au genres musicaux qui supposent la fusion parole / musique (« la chanson, l’hymne, l’opéra-comique, la tragédie en musique, l’opéra moderne… »), le texte interroge la pertinence des mots quand ils sont mis en musique, comme la capacité des mots à exprimer le mystère de la musique…

ulysse ulisse opera monteverdi classiquenewsD’ailleurs, la parole est-elle nécessaire quand il faut préserver le sens ? L’exemple du ballet et de la pantomime nous indiquent des options sérieuses qui se passent de paroles et de chant. Mais au final, l’auteure (en suivant l’exemple de Boutès qui suit la sirène) pose la question féconde en créativité et imaginaires, est-il possible d’exprimer la musique ? Et quand les écrivains (compositeurs ou non : de Berlioz et Hugo à Zola – même Balzac est cité…) quand ils nous parlent de musique (et des musiciens), de quoi parlent-ils exactement ? A défaut de mesurer la qualité du verbe à exprimer le musique, les tentatives littéraires ont été de fabuleuses ressources littéraires autant que musicales. Passionnante électrisation des disciplines artistiques entre elles.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE événement, annonce. Béatrice Didier : Enserrer la musique dans le filet des mots – Éditions Hermann : 15 x 21 cm, 362 pages – Parution : décembre 2018 – ISBN 9782705695309 : http://www.editions-hermann.fr/5403-enserrer-la-musique-dans-le-filet-des-mots.html

 

 

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur (Hermann) :

Musique et littérature sont-elles des soeurs ennemies, ou sont-elles susceptibles de s’entendre ? Rousseau rêve d’un langage originel qui aurait été à la fois musique et parole, mais cette union de deux arts qui sont proches parents et dont pourtant les langages diffèrent profondément a toujours été périlleuse. Certains écrivains tentent de capter l’essence même de la musique à travers leurs romans, leurs poésies, tandis que d’autres s’essaient à la critique musicale, ou encore tentent de mêler musiques et mots dans les genres mixtes que sont l’opéra et la chanson. Quant aux lexicographes, ils proposent des définitions de la musique – nécessairement imparfaites – dans des dictionnaires. Ces tentatives sans cesse renouvelées de capter la musique au travers des mots, jamais totalement satisfaisantes, sont-elles de ce fait perpétuellement vouées à l’échec ? Béatrice Didier montre ici qu’elles sont au contraire une source constante d’inspiration, grâce auxquelles musique et littérature gagnent de nouvelles formes d’expression.

 

 

 

 

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