Les Illustres Lyonnais (XVIIe-XVIIIe).Concert de l’Hostel Dieu Lyon, Temple Lanterne. Les 7, 9 et 10 mars 2010

« Les Illustres Lyonnais »
du XVIIe et XVIIIe.

Lyon, Temple Lanterne
Les 7, 9 et 10 mars 2010

Le Concert de l’Hostel Dieu consacre une partie de sa saison aux compositeurs et ouvrages baroques dont il assure la recherche d’édition et les critères d’interprétation dans les bibliothèques et les publications d’époque. La triade de mars 2010 est consacrée à des pièces sacrées et profanes de Lyonnais comme Estienne, Leclair ou Gouffet, y joignant des Méridionaux qui ont écrit pour les institutions ou académies d’entre Rhône et Saône, Campra et Mondonville, sans oublier le plus illustre des Bourguignons, Rameau.

L’assassiné musicien à Paris et les bourgades

Il y a les Lyonnais(es) célèbres une fois passé les ponts de Rhône et Saône, et au rayon poésie du XVIe, c’est, plutôt que l’ésotérique Maurice Scève, l’enchanteresse Louise Labé. Au XVIIIe, et pour la musique, il s’agira surtout de Jean-Marie Leclair, « l’assassiné musicien » en 1764 (le coupable, probablement mais sans certitude son neveu…), « monté à Paris » où il était devenu violoniste de légende et plus discrètement très grand compositeur. Et les un peu moins célèbres, que les efforts des musiciens d’aujourd’hui – baroqueux de toutes obédiences, unissez-vous ! – tendent à redécouvrir. Non point par chauvinisme rétrospectif, mais parce que l’Histoire est souvent injuste, porteuse de modes qui un temps portent à la lumière et le temps suivant peuvent mettre sous le boisseau… Et aussi parce qu’au XVIIe, au XVIIIe….voire plus tard (suivez nos regards vers la carte de France monarchique, impériale ou républicaine), il vaut mieux ne pas être – et en tout cas – rester au fond de sa province, fût-ce une grande ville et non point l’une de ces « bourgades » où, comme raillait l’adorable La Fontaine, « Jupiter envoie quand il veut qu’on enrage ». Au fait, il est bien d’un peu plus grandes « bourgades » dans le rayonnement du Phare Français, cette capitale des arts dont on ne se moque un brin que pour mieux l’admirer, n’est-ce pas chers Parisiens ? Lyon, donc, en matière musicale, n’a pas eu à rougir de ses compositeurs –même si certains ont dû « s’exiler » au nord pour réussir -, ni d’ailleurs de ses institutions. Dans le prolongement du XVIe où il fut vraiment carrefour d’un humanisme à dimension européenne et avait su se faire capitale d’une Imprimerie sans laquelle il ne pouvait désormais y avoir de liberté intellectuelle.

La fresque sonore

Donc sans esprit de clocher mais avec détermination et opiniâtreté, des groupes comme le Concert de l’Hostel Dieu continuent ici leurs recherches à travers manuscrits et copies que conservent les bibliothèques et les archives de toutes sortes. Ainsi que nous l’avions souligné ici même dans notre tour d’horizon du baroque lyonnais, le groupe fondé et dirigé par Franck-Emmanuel Comte est praticien de cette attitude active, qu’on encourage d’ailleurs dans les institutions pédagogiques et notamment le Conservatoire Supérieur des quais de Saône (CNSMD). Cela se traduit évidemment par des concerts qui se tournent vers « le bel avant-hier », et offrent à un plus large public que celui des mélomanes spécialisés le résultat des recherches. La 4e séquence est ainsi consacrée à ceux que le C.H.D. nomme « les illustres Lyonnais », en descendant l’échelle chronologique lyonnaise jusqu’au XVIIIe, « à l’aube du Siècle des Lumières en ce qui n’est pas encore la Ville-lumières ». En ce temps d’ «ouverture » sur un futur qui s’annonce plus gai en Régence puis en jeunesse de Louis XV qu’en tristes années de l’interminable fin de règne louis-quatorzien, la Cité rhodanienne s’est dotée d’institutions sur le modèle parisien et qui décentralisent la fonction musicale lyrique de l’Opéra (ouvert à Lyon en 1688 avec Phaetoin de Lully) , ou celle, plus austère et liée au sacré, des œuvres religieuses. Sur le modèle du Concert Spirituel de la capitale, voici deux Académies en situation d’émulation : les Beaux Arts (active de 1713 à 1774), les Jacobins (à partir de 1727). Ces sociétés rassemblent – ah , la belle époque ! – professionnels et amateurs, dont la « mélomanie » de pratique et d’écoute permet de constituer un fond très important de manuscrits italiens et de partitions commandées aux Locaux ou Nationaux, « non sans susciter quelques débats internes » sur la rivalité franco-italienne…. Les formes intimistes de cet art sacré sont laissées aux cercles et salons, et les Académies prennent « les grandes formes, comme le grand motet à la française ou l’oratorio italien, porteuses de valeurs morales élevées et d’un narratif qui associe chœurs, symphonies, airs et récitatifs au sein d’une même fresque sonore. »

Louis XV guéri et les Leçons de ténèbres

Le travail de restitution opéré par l’Hostel Dieu (comme par des groupes voisins) cherche donc non seulement dans les manuscrits mais aussi dans les descriptions de l’époque, les articles de presse, les livres de compte, de quoi nourrir ce goût de l’authenticité qui a toujours animé les baroqueux. Une heureuse centralisation a d’ailleurs permis que les manuscrits, transitant par le Fonds du Concert aboutissent il y a un siècle à la Bibliothèque Municipale, où leur conservation et leur classement se sont depuis lors opérés en bonnes conditions. Si on ajoute que les échevins lyonnais avaient décidé de commander chaque année après la guérison du jeune Louis XV des partitions exécutées au Collège des Jésuites (l’actuelle Chapelle de la Trinité), on a une idée de cette intense vie musicale « spirituelle » de Lyon tout au long du XVIIIe. Et maintenant au spectateur de jouer entre les auteurs, mais pourrait-on reconnaître qui est Lyonnais, ou Provençal, ou Parisien ? Et parmi les Lyonnais, brille le nom de Jean-Marie Leclair dont l’œuvre est surtout instrumentale, mais cela lui avait permis de briller en tant que violoniste au Concert Spirituel parisien et certains se rappellent qu’au temps de la splendeur baroque de l’Opéra Nouveau (avant Nouvel), Lyon avait pu faire recréer son seul et grand ouvrage lyrique, Scylla et Glaucus. Ici, on entendra donc des extraits de la 2nde Récréation Musicale. Un François Estienne – d’une dynastie de musiciens, comme les Couperin du Marais parisien – est encore moins connu (un extrait de son motet Confitebor), et si Jean-Baptiste Gouffet a été remis … en lumière, c’est grâce au travail de l’Hostel Dieu (concerts, disque Pierre Vérany) sur les Leçons de Ténèbres écrites par ce musicien-Père-Cordelier, tout voué en son couvent au Service Divin. Et cette œuvre très émouvante illustre une conception du sacré austère, voire pessimiste, comme chez les plus illustres Charpentier et Couperin.

Il y aura les « Méridionaux », Mondonville le Narbonnais (ici, motet Jubilate), et Campra l’Aixois (cette fois ce sera plutôt le rayon airs d’opéra pour inviter les Chasseurs à leurs Sport s et Divertissements, ou les galanteries de l’Amour s’envole…), qui écrivirent pour la Cérémonie lyonnaise des Vœux du Roy. Et le Dijonnais Jean-Philippe Rameau (sans risque de neveu meurtrier, « simplement » le sublime interlocuteur imaginé par Diderot !), dans son grandiose motet In Convertendo, histoire de nous rappeler que l’auteur des Indes Galantes fut aussi organiste en 1713-15 au couvent des Jacobins de Lyon. Quant à Bernard de Bury dont on nous annonce des airs extraits des Caractères de la Folie, il était Versaillais, claveciniste dans la mouvance de François Couperin, et on répondra par la négative à l’un de ses discours chantés : « Devez-vous craindre ma présence ? »…. Et on ira demander au Concert d’Hostel Dieu pour une prochaine séquence de Lyonnais que nous soient présentées des œuvres d’autres nés- natifs- d’ici et dont le programme fait état : Nicolas Bergiron, Jean-Baptiste Prin, Paul de Villessavoye…

Lyon, Temple Lanterne, dimanche 7 mars 2010, 17h ; Amphithéâtre de Lyon II, mardi 9 et mercredi 10 mars, 20h. Concert de l’Hostel Dieu, clavecin et direction F.E.Comte, Marina Venant, soprano, Benoît Arnould, baryton. Œuvres de F.Estienne (1671-1755), Jean.B.Gouffet (1669-1729), Mondonville (1711-1772), J.P.Rameau (1683-1764), B.de Bury (1720-1785), J.M.Leclair (1697-1764), A.Campra ( 1660-1744). Information et réservation : T. 04 78 42 27 76 ; www.concert-hosteldieu.com

Illustration: Jean-Marie Leclair (DR)

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