Le Tannhauser de Castellucci en direct sur ARTE

ARTE, Dimanche 9 juillet, Ă  22h25. TANNHĂ„USER de WAGNER. On connaĂ®t le Parsifal de Romeo Castellucci; succession de tableaux visuels au rare souffle poĂ©tique… Qu’en sera-t-il depuis Munich ?
Wagner richard portrait classiquenewsWAGNER : Tannhäuser et le tournoi des chanteurs À la Wartburg - Après avoir succombé pendant des mois à la passion auprès de Vénus, le chanteur Tannhäuser souhaite retrouver sa liberté et expier ses péchés. Songeant à se rendre à Rome, il apprend que le landgrave organise un concours de chant et offre la main de sa nièce Elisabeth au vainqueur. Amoureux de la jeune femme, le héros accepte donc d’y participer. Comment un simple mortel peut-il préférer à l’immortalité aux côtés de Vénus, l’amour d’une jeune femme à conquérir par la magie et la maîtrise de son chant ?
Derrière l’intrigue romantique et médiévale, se cache un véritable manifeste esthétique et artistique dans lequel Richard Wagner, au moment où Robert Schumann (Genoveva contemporaine) redéfinit l’opéra romantique allemand, précise la place et la mission de l’artiste à la fois démiurge et guide dans la société. Evidemment Tannhäuser est Wagner ; le chantre conquérant audacieux prêt à rompre les vieilles coutumes conservatrices incarne le sang neuf d’un futur à bâtir. Wagner en mettant en scène un concours de chant (ce qu’il fera ensuite avec sa comédie, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg), définit aussi ce que doit être les qualités de la musique moderne, celle qu’il défend lui-même. Eternelle querelle des anciens et des modernes, et qui apporte à la réalisation de l’opéra, un souffle dramatique intense et haletant; car il s’agit aussi de la quête personnelle du poète héros pour son salut. Sera-t-il pardonné ?

Cet opĂ©ra de Richard Wagner, qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  des mĂ©nestrels du Moyen-Ă‚ge tels que Wolfram von Eschenbach ou Walther von der Vogelweide, aborde Ă  travers l’histoire de Tannhäuser le tiraillement entre amour sacrĂ© et amour profane. C’est aussi une tentative pour dĂ©finir la place de l’artiste visionnaire dans la sociĂ©tĂ©.

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arte_logo_2013Dans une mise en scène de Romeo Castellucci, connu pour ses univers suggestifs, la soprano Anja Harteros incarne Elisabeth aux côtés du ténor Klaus Florian Vogt dans le rôle-titre. Wolfram est interprété par le baryton Christian Gerhaher, Vénus par la soprano Elena Pankratova et le landgrave par Georg Zeppenfeld. À la tête de l’orchestre, Kirill Petrenko, directeur musical de l’Opéra d’État de Bavière et futur chef principal de l’Orchestre philharmonique de Berlin.


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NOTRE AVIS SUR CE TANNHĂ„USER MUNICHOIS… 


tannhauser wagner romeo castellucciDU SPIRITUEL DANS L’ART…
Présentée à Munich en mai 2017, la production conçue par Romeo Castellucci poursuit l’exploration du théâtre wagnérien par le metteur en scène, et bénéficie de la très solide tenue artistique du chef Kirill Petrenko, chef lyrique de premier plan. Castellucci, esthète spirituel et défenseur du symbole plutôt que de la littéralité narrative, opte ici pour une vision très plastique, qui d’ailleurs rappelle combien Wagner place au premier plan de Tannhäuser sa propre réflexion sur la place et la mission de l’artiste dans la société. Sans énigme, la chair s’use d’elle même par répétition du néant. C’est pourquoi le poète et chanteur s’écarte du vide de Venus pour concourir et obtenir la main de celle qu’il désire car inaccessible, Elisabeth. Au fond ici, Tannhäuser est un grand mystique qui cherche à rendre tangible le secret désir de sa quête de Dieu. L’artiste est porteur d’un idéal dont il est auprès des hommes, le passeur et le traducteur. Voilà dit en quelques mots, la conception artistique et esthétique de Wagner pour sa propre expérience terrestre.

L’intĂ©rĂŞt du travail de Castellucci est de prendre prĂ©texte de l’action wagnĂ©rienne, non pas pour la reprĂ©senter mais puiser en elle, les fondements de sa rĂ©flexion sur le sens  de la seule matĂ©rialitĂ© humaine, Ă  laquelle serait refusĂ©e toute idĂ©e de transcendance spirituelle. Il faut donc passer par la putrĂ©faction des corps, antithèse de la voluptueuse VĂ©nus du dĂ©but en sa Bacchanale royale : rĂ©duit Ă  la poussière, l’âme des deux amants, Tannhäuser et Elisabeth posent clairement une autre alternative morale Ă  la condition terrestre. Le sang qui s’écoule, – Patrice ChĂ©reau reprendra cette idĂ©e sur la tempe d’Isolde Ă  la fin de Tristan, indique le temps humain qui doit s’accomplir pour se rĂ©soudre. Les images et les tableaux souvent très beaux, se succèdent toujours, en une mĂ©tamorphose fascinante qui ouvrant plus de portes chez Wagner, ne fait qu’en souligner la puissance suggestive. Un modèle qui va Ă  l’encontre de biens des visions contemporaines Ă  l’opĂ©ra, gadgets, Ă©troites car il faut ici et lĂ  appliquer une grille de lecture pour faire original.

 

Petrenko kirillIci perce le mĂ©tal intĂ©rieur, joyau de l’ombre et riche en rĂ©sonances inquiètes, si justement humaines du baryton Christian Gerhaher : le parcours de son Wolfram change de bien des platitudes mĂ©diĂ©vales habituelles. Plus Lohengrin, – d’une naĂŻvetĂ© statique, celle de l’élu qui n’a rien Ă  dĂ©montrer ni Ă  Ă©prouver, – un rĂ´le qu’il a prĂ©cĂ©demment servi, que vraiment Tannhäuser tourmentĂ©, tiraillĂ©, le tĂ©nor allemand, vĂ©ritable antithèse de Jonas Kaufmann, : Klaus Florian Vogt gagne en cours de soirĂ©e une Ă©paisseur rĂ©elle qui souligne le combat intĂ©rieur et spirituel de l’homme qui traverse la crise de la foi existentielle. Son angĂ©lisme clair, parfois lisse du dĂ©but s’oblitère  peu Ă  peu, s’inscrit dans une chair ardente de plus en plus en souffrance : et l’on comprend enfin combien il lui est essentiel de traverser les apparences pour toucher le sujet de sa quĂŞte… DĂ©poussiĂ©rĂ©e, Ă©claircie, aĂ©rĂ©e, transparente, la direction de Kirill Petrenko (portrait ci dessus) fait jaillir un Wagner, inĂ©dit, proprement inouĂŻ, qui paraĂ®t lui aussi, Ă  l’image de son hĂ©ros, de plus en plus transfigurĂ© par la transformation permanente qu’il vit pendant le spectacle. Superbe rĂ©alisation. Et si cette diffusion Ă©tait en rĂ©alitĂ© la vrai bonne surprise d’Arte, au registre de l’opĂ©ra, cet Ă©tĂ© ?

Crédits photos : © Wilfried Hösl

 

 

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