Hervé Niquet ressuscite l’unique partition de Louis Le Prince publiée en 1663 par Ballard et emblématique de l’essor de la musique sacrée à l’époque du jeune Louis XIV, soucieux de fédérer la ferveur de son peuple par des actions de grâce musicales. La Messe de Le Prince évoque la vitalité des foyers provinciaux (Le Prince fut maître de chapelle à Lisieux) capable par exemple d’associer habilement selon l’usage Messe et motets, genre prisé par la Cour et les nobles qui concentre le développement de plus en plus manifeste des avancées modernes.
Lors de la création de ce programme inédit et réjouissant à la Chapelle royale de Versailles à l’automne 2012, la cohérence des œuvres sacrées associées recomposant un office pour voix exclusivement féminines avait immédiatement séduit l’audience. Hervé Niquet, grand expert des liturgies anciennes et de leur contexte humain, spatial, musical, et naturellement stylistique, révèle aussi aux côtés des flamboyants et fastueux Lully et Charpentier, l’archaïsme classique et pur d’un Louis Le Prince et sa Missa macula non est in te (dédicace faite à la Vierge: la faute originelle n’est pas en toi), révélation somptueuse (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), dont les volutes et arabesques étales et longues comme étirées et suspendues confirment un immense talent doué pour l’ivresse extatique, la langueur contemplative, l’intériorité collective (pas de solos ici mais chaque partie défendue par tout le pupitre des voix requises)… De surcroît, l’écriture ainsi caractérisée de ce Le Prince lié à l’histoire sacrée de Versailles, s’accordait idéalement à l’acoustique si singulière et redoutable de la Chapelle versaillaise. La partition pour 6 parties est déposée à la Bibliothèque nationale et sans indiquer d’instruments supplémentaires, peut néanmoins les autoriser, comme c’est le cas ici. La tonalité majoritaire de sol mineur confère au cycle restitué son caractère à la fois « sérieux et magnifique » selon la catégorisation opérée par Charpentier au XVIIème siècle.
Lully, Le Prince, Charpentier :
un Office au Grand Siècle
Dès le Kyrie de la Missa Macula non est in te, les effluves caressantes en longues lignes à peine entrecroisées avaient diffusé dans la Chapelle royale avec éloquence et … ravissement.
Et même ce Lully fastueux et officiel dont on ne cesse de nous déclarer la flamme opulente, solennel voire emplombée et pour le moins pompeuse, sonne sublime et d’une profondeur renouvelée: O dulcissime Jesus s’inscrit dans la plénitude d’une tendresse partagée, elle aussi tout à fait planante.
De leur côté, au diapason d’une finesse tout en raffinement et nuance, les instrumentistes cisèlent le caractère d’extase et de recueillement parfaitement exprimé tout au long du programme (éloquente pause instrumentale pour l’Ouverture pour le sacre d’un évêque).
LOUIS LE PRINCE
02 Louis Le Prince Kyrie, Missa Macula non est in te
03 Louis Le Prince Gloria, Missa Macula non est in te
04 Marc-Antoine Charpentier Gratiarum actiones pro restituta Regis christianissimi sanitate (H.341)
05 Louis Le Prince Credo, Missa Macula non est in te
06 Marc-Antoine Charpentier Ouverture pour le sacre d’un évêque (H.536, instr.)
07 Jean-Baptiste Lully O dulcissime Domine
08 Louis Le Prince Sanctus, Missa Macula non est in te
09 Marc-Antoine Charpentier O pretiosum (H.245)
10 Louis Le Prince Agnus Dei, Missa Macula non est in te
11 Marc-Antoine Charpentier Domine salvum fac Regem (H.299)
12 Marc-Antoine Charpentier Magnificat (H.75)
Niquet, direction. Durée: 63’48. enregistré à Notre Dame du Liban,
Paris, octobre 2012. 1 cd Glossa GCD 921627