jeudi, décembre 8, 2022

Jules Massenet: Ariane, 1906. Laurent Campellone.Saint-Etienne, Grand Théâtre Massenet. Les 9, 11 et 13 novembre 2007

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Jules Massenet
Ariane
, 1906

Saint-Etienne, Grand théâtre Massenet
les 9, 11 et 13 novembre 2007

Mise en scène: Jean-Louis Pichon
Direction musicale: Laurent Campellone

Trio psychologique
Malgré sa désaffection actuelle, Ariane suscita dès sa créaton le 31 octobre 1906 (Opéra de Paris), un vif succès, suscitant près de 60 représentations. Bien qu’il doive sa sortie indemme du labyrinthe où sévissait le terrifiant Minotaure, à l’aide d’Ariane (soprano) et de son fil précieux qui le mène vers l’issue, Thésée victorieux (ténor), préfère avouer sa passion pour la soeur d’Ariane, Phèdre (soprano dramatique). Celle-ci, déconcertée, se précipite vers une statue d’Adonie qui tombe sur elle,… et la tue. Aux enfers, Phèdre se retrouve sous le joug de Perséphone qu’adoucit Ariane bienfaitrice, en l’honorant d’un bouquet de roses (célèbre air des roses d’Ariane). Phèdre revient ainsi à la vie… pour être enlevée par Thésée. De dépit, trahie, Ariane qui voit les deux amants prendre navire pour Athènes, se jette dans les flots.
L’oeuvre d’après le livret de Catulle Mendès, en cinq actes, témoigne du style à la fois voluptueux et puissamment dramatique de Massenet: l’ouvrage est son seizième opéra. Le compositeur est visiblement sous le charme de la figure d’Ariane, un nouveau portrait de femme après Marie-Magdeleine (1873), Hérodiade (1881), Manon (1884), Esclarmonde (1889), Thaïs (1894), Sapho (1897), Griselidis (1901), avant Cléopâtre (1914)… L’Ariane de Massenet, en rien éperdue, languissante et contemplative comme celle, postérieure, de Strauss (1913, Ariane auf Naxos), se montre volontaire et loyale, suicidaire même mais entière et fidèle à sa passion pour Thésée. C’est aussi une soeur aimante et affectionnée qui n’hésite pas à risquer sa vie pour sauver Phèdre des enfers. Le livret de Catulle Mendès, écrivain respecté hier, précieux voire contourné à l’érotisme âpre et quelque peu franc, aujourd’hui, reste le moins mauvais parmi ceux « commis » par le librettiste qui fournit aussi, le texte de Gwendoline et Briséis de Chabrier, La Carmélite de Hahn, Rodrigue et Chimène de Debussy…

L’acte I grâce à la scène où Thésée tue le Minotaure (non représentée mais commentée par Ariane sur la scène) est un grand moment de dramaturgie. L’acte III décrit comment à Naxos, Thésée délaisse peu à peu l’amoureuse et tendre Ariane pour Phèdre. Au reste, Massenet réussit un portrait psychologique des trois personnages sans mièvreries, doué d’une justesse musicale profonde, subtile. Ariane est une amoureuse loyale et noble, mais aussi une soeur affectueuse, Thésée reste écartelée entre les deux femmes qui ont croisé son destin, et Phèdre, tout en étant touché par la grâce de sa soeur qui la sauve des enfers, n’en est pas moins troublé par la virilité guerrière de Thésée. Inextricables rets des toiles tissés pas Cupidon…

Pour la création, le compositeur distribua le rôle-titre à la soprano vedette Lucienne Bréval, au tempérament fort, violent et tragique: c’est elle qui crée en 1892 sur les mêmes planches parisiennes, La Walkyrie de Wagner (en français). Il confiait par ailleurs, en l’étoffant peu à peu, celui de Perséphone (contralto) pour l’acte des enfers (Acte IV), à sa maîtresse Lucy Arbell. Werther en 1904, dans la version originelle pour ténor, Lucien Muratore, chante Thésée.

Illustration
Alma-Tadema: Figures antiques (DR)

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