jeudi, décembre 8, 2022

Herblay. Théâtre Roger Barat, le 18 mai 2011.Verdi : Rigoletto. Matthieu Lécroart, Mercedes Arcuri, Marc Sala,… Jean-Luc Tingaud, direction. Bérénice Collet, mise en scène

A ne pas rater
L’opéra à Herblay, c’est toute la ville qui s’investit autour de cet évènement important. Plus encore que le public traditionnel, ce sont les spectateurs de demain qui font l’objet d’une attention particulière : les enfants. Les écoles de la ville utilisent l’œuvre comme fil conducteur de leurs programmes, l’intégrant à toutes leurs activités. Cette année, c’est Rigoletto qui a été choisi. La tragédie du bouffon imaginée par Verdi et Piave, inspirée par Victor Hugo, a permis aux enseignants d’initier leurs jeunes élèves à la musique, aux instruments, au théâtre et à l’art lyrique, au cours de divers ateliers, les amenant à dessiner l’histoire de Gilda et son père, allant jusqu’à leur faire réaliser des marionnettes des personnages. Une façon pratique et ludique de leur faire découvrir le genre si particulier et passionnant de l’opéra. Et, au vu des commentaires des enfants, il semble que cette initiative ait été couronnée de succès. En espérant que cette découverte grandisse, mûrisse et, qui sait ?, puisse devenir passion.

Rigoletto intime

Herblay, c’est aussi l’un des lieux d’accueil de l’Orchestre-Atelier OstinatO dirigé par Jean-Luc Tingaud. OstinatO, l’occasion pour de jeunes musiciens de se produire en public dans un cadre professionnel, un véritable tremplin pour leur carrière d’instrumentistes. Un orchestre enthousiaste, à la sonorité homogène et aux pupitres équilibrés. Cependant, l’absence de fosse le rend parfois trop présent et trop fort par rapport aux chanteurs évoluant derrière lui, d’autant plus que l’option vocale défendue ici est celle de l’intimité, sans grandiloquence vocale, que permet avec bonheur la taille du théâtre d’Herblay.
Pas de voix tonitruantes ici, mais des musiciens, qui peuvent nuancer à loisir leur chant.
Le Rigoletto de Matthieu Lécroart, dont c’est la prise de rôle, fait valoir les mêmes qualités que nous avons pu apprécier lors de chacune de ses précédentes prestations, et qui font que nous le suivons depuis son Germont à Saint-Céré voilà deux ans. Le timbre est beau, chaleureux et velouté, d’une tendresse caressante qui convient bien à ce rôle de père aimant jusqu’à la rage. L’artiste se révèle toujours aussi raffiné et élégant, variant les couleurs, legato à l’archet, et respectant comme peu la partition, jusqu’aux rarissimes trilles moqueurs durant la fête ouvrant le premier acte. Le texte est admirablement dit, ciselé avec une précision et une tenue que bien des barytons italiens n’ont plus, sans doute l’héritage de la grande école française dont il est l’un des derniers représentants.

Sa Gilda est superbement interprétée par l’argentine Marcedes Arcuri, dont c’est les débuts en France. Doté d’un instrument léger et argentin, qui sait pourtant se parer de teintes sombres et corsées, soutenu par une technique merveilleusement accomplie, elle se promène avec aisance dans son rôle, d’un « Caro nome » superbement phrasé à une mort pudique et émouvante.
Duc incisif, Marc Sala fait valoir son timbre mordant, d’un soleil tout espagnol, et son émission haute et claire, jamais forcée, lui permettant de multiples nuances et des aigus triomphants et percutants.
Une Gilda et un Duc à suivre, très prometteurs.
Fernand Bernadi, quant à lui, incarne un Sparafucile imposant, malgré un vibrato souvent trop large, qui gagnerait en concentration avec une place vocale plus haute et des voyelles plus claires, alors qu’Elise Beckers croque une Giovanna drôle et une Maddalena bien chantante, dévoreuse d’hommes en diable. Le Monterone de Sergei Stilmachenko n’est pas en reste, vindicatif et tonnant, traversant le public pour proférer sa malédiction, aux côtés d’excellents seconds rôles, du Marullo sonore de Jean-Michel Ankaoua au Comte de Ceprano efficace de Gabriel Banco, sans oublier la Comtesse gracieuse de Corinne Féron.
Le chœur Una Voce Poco Fa réalise une excellente prestation, pleine de vie et de gouaille, avec une diction italienne digne d’éloges.
La mise en scène de Bérénice Collet, d’une belle efficacité, fait du lit l’axe central de l’œuvre, là où tout se joue, éclairant l’œuvre d’une lumière crue, et réussissant à éviter toute vulgarité.
Au rideau final, c’est un public enthousiaste et conquis qui a salué cette première de Rigoletto, une nouvelle réussite pour la ville d’Herblay et son théâtre.

Herblay. Théâtre Roger Barat, 18 mai 2011. Giuseppe Verdi : Rigoletto. Livret de Francesca Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. Avec Rigoletto : Matthieu Lécroart ; Gilda : Mercedes Arcuri ; Il Duca di Mantova : Marc Sala ; Sparafucile : Fernand Bernadi ; Maddalena et Giovanna : Elise Beckers ; Monterone : Sergei Stilmachenko ; Marullo : Jean-Michel Ankaoua ; Borsa : Gabriel Banco ; Comte de Ceprano et Huissier : Aurélien Pernay ; Comtesse Ceprano et Page : Corinne Féron. Chœur Una Voce Poco Fa. Orchestre-Atelier OsinatO. Jean-Luc Tingaud, direction musicale ; Mise en scène : Bérénice Collet. Décors et costumes : Christophe Ouvrard ; Lumières : Alexandre Ursini ; Chef de chœur : Silvio Segantini ; Chef de chant : Ernestine Bluteau

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