vendredi, décembre 9, 2022

Haendel, maître du baroque. Documentaire de Ulrich Meyszies Arte, lundi 13 avril 2009 à 23h25

A ne pas rater

Haendel
maître du baroque

Lundi 13 avril 2009 à 23h25
Arte
, cycle spécial 250 ans de la mort de Haendel

Documentaire de Ulrich Meyzies (2008, 52 mn).


Compositeur chantant

Le documentaire est un portrait sur les deux périodes les plus importantes dans le vie du musicien baroque: l’Italie puis Londres (à partir de 1710). Témoignages de chanteurs, de chefs, commentaires précis et argumentés (en particulier à Londres sur les goûts du collectionneur de peintures dans sa demeure de Brook Street!)… l’essor de l’opéra italien à Londres puis de l’oratorio (Le Messie, 1741)… le parcours de Haendel est restitué dans le détail et de façon synthétique. Qu’est ce qui marque tant les oreilles contemporaines à l’écoute d’un opéra de Haendel? Sa rythmique, si proche de la pop, qui exacerbe l’effusion et la courbe des sentiments humains. L’oeuvre du compositeur, génie du théâtre des passions, reste de facto très contemporaine… Elle nous touche pas sa vérité et sa justesse.

Haendel, « dieu » vénéré de son vivant, statufié en 1738 en Apollon musicien, naît en 1685 à Halle (Saxe). Son père médecin a acquis une certaine fortune en partie grâce aux soins nécessaires auprès des blessés pendant la Guerre de Trente Ans (qui a décimé la moitié de la ville de Halle par exemple). Mais le père se montre vite intraitable quant aux dispositions de son fils pour la musique… c’est en écoutant le jeune prodige qui s’entraînait en secret au clavicorde, à l’orgue de la Chapelle du château de Weissenfels que le Duc, émerveillé, enjoint Haendel père, à favoriser l’éducation musical de son fils. Dès lors, les Grands n’auront plus de répit pour accompagner et stimuler les ardeurs compositionnelles de Haendel: il sera pendant son séjour italien, la coqueluche des princes à Florence, Rome, Naples et Venise.
Christopher Hogwood souligne l’excellent apprentissage germanique à l’époque de Haendel, surtout en matière de contrepoint et d’improvisation, deux aspects qui se manifestent chez Haendel comme organiste. Son maître Zachow lui inculque les fondements d’un métier solide. Pour preuve, l’élève de 17 ans remplace le maître pour les célébrations ordinaires et de plus en plus exceptionnelles: il est même nommé organiste de l’église principale de la ville. Mais l’opéra le ronge: il rejoint Hambourg et l’orchestre de l’opéra alors dirigé par Keiser. Quand ce dernier doit fuir ses créanciers pour Weissenfels, Haendel qui en était originaire, prend sa place à Hambourg et compose son premier opéra: Almira. Succès immédiat; un compositeur d’opéra allemand est né. Mais le métier lyrique lui échappe encore: le chant, la voix, la ligne sinueuse et langoureuse le fascinent. Il rejoint l’Italie, patrie de l’opéra, dès l’été 1706, à l’invitation du prince Jean Gaston de Médicis.
Les 4 années de son séjour italien (1076-1710) s’avèrent profitables: un génie de l’opéra voit le jour. En Italie, Haendel apprend l’art du bel canto où les voix sont utilisés comme des instruments, précise Alan Curtis (qui travaille avec la soprano Klara Ek). Importance est faite sur l’amour de Haendel pour la voix: sa ligne est fluide, évidente, naturelle, chantante. C’est un compositeur chantant qui séduit grâce à l’approche vocale de son écriture. Ce qui n’est pas le cas de Bach, plus difficile dans l’apprentissage du texte et de la partition. De fait, le docu montre comment le compositeur sait composer un personnage, approfondir un climat psychologiqe (comme Morgana chanté par Klara Ek).

Premier opéra italien pour Ferdinand de Medicis (Rodrigo, créé à Florence à l’automne 1709), auquel serait liée une aventure entre le jeune compositeur et la chanteuse Vittoria Tarquini; étape essentielle dans sa reconnaissance comme sa présence au Palais Ruspoli (aujourd’hui au milieu du vignoble de Vignanello), dans l’église de Vallerano dont l’orgue légendaire aurait inspiré le Salve Regina (!); … tout est évoqué et désigne parmi les temps forts de la vie de Haendel, l’Italie comme un passage capital, du musicien doué à l’éclosion du génie dramatique.

Devant la caméra, la princesse Claudia Ruspoli, évoque l’Académie des Arcadiens fondée par son ancêtre Francesco Maria Ruspoli pour laquelle chaque samedi après midi, Haendel fournissait une nouvelle cantate.
La même famille Ruspoli possède à Rome une demeure que le jeune musicien désormais adoubé visite et habite en décembre 1706 (il y mène aux frais de son mécène, grand train). Un tableau toujours in situ représente le régiment Ruspoli: le prince mécène passe en revue ses troupes, et à ses côtés, près du porche du Palazzo Valentini, Haendel, jeune silhouette encore svelte, est identifiable. Il vit comme le fils du prince: bénéficiant de repas luxueux, se faisant transporter avec sa literie de Rome à Vignanello, entre les demeures de la famille patricienne…entre campagne et ville.
A Rome, Haendel séduit par ses dons éloquents à l’orgue. Son concert à saint-Jean de Latran reste mémorable. Et ses oeuvres catholiques (écrites par un Saxon protestant!) sont des chef d’oeuvre: La Resurezzione (Piazza Santa Apostoli, sous la direction de Corelli), le Dixit Dominus, l’oratorio Le triomphe du temps et de la désillusion sur le livret du cardinal Pamphili (un autre protecteur) dont Haendel recyclera nombre d’airs dans ses oeuvres suivantes…


Le « cher saxon » à Venise

Après Rome, séjour à Venise visitée dès novembre 1709. Haendel compose la musique d‘Agrippina sur le livret du cardinal Grimani, propriétaire de salles d’opéras dans la Cità. Andrea Marcon précise le portrait de la ville où pas moins de 60.000 visiteurs viennent s’encanailler pendant le Carnaval. Les vénitiens adulent l’écriture du jeune compositeur qu’ils appellent leur « cher Saxon »: Agrippina est une synthèse de l’opéra vénitien, l’aboutissement d’une pensée géniale qui s’abreuvent à la source de l’opéra italien.Très vite les propositions se précisent: l’Electeur de Hanovre lui offre un poste de directeur musical pour son opéra… qui hélas est fermé pour raisons financières. Haendel profite de cette entorse à son contrat pour obtenir un congé d’une année (rémunéré!). Le voyageur traverse les Pays-Bas, et rejoint l’Angleterre fin 1710. Il devient citoyen britannique en 1727. La ville cosmopolite, l’inspire. Rompant avec la cour de Hanovre (en 1713), il écrit l’Ode pour l’anniversaire de la Reine Anne. Mais très vite, avec la complicité du directeur du Haymarket Theatre, Haendel fournit son premier opéra londonien, Rinaldo: un chef d’oeuvre toujours applaudi: vocalità suractive, effets de machineries (entrée de la magicienne Armide sur un char tiré par des dragons…), orchestre bouillonnant: tout est déjà conçu pour éblouir l’audience londonienne.
C’est l’époque où le compositeur produit une série d’oeuvres à succès grâce à la fondation de la Royal Academy of Music, financée par les nobles et dont les opéras, façonnés par Haendel sont chantés par les grandes voix de l’heure: Senesino, Faustina Bordoni, Francesca Cuzzoni…
Mais ses efforts pour rehausser le style de l’opéra seria se heurtent à la désaffection du public et malgré la richesse des registres (comiques et héroïques) d’une oeuvre comme Partenope, l’opéra n’attire plus les foules… Aujourd’hui, Londres a su préserver la maison de Haendel, au 25 Brook Street, qu’il habita pendant 36 ans.

Le documentaire précise le goût du compositeur par ailleurs collectionneur de peintres : dans sa demeure de Brook street, il possédait plusieurs toiles prestigieuses signées Rembrandt, Titien, Watteau et Brueghel, avec une prédilection pour les nues féminins…
Mais celui qui sut tant recevoir: gloire de l’inspiration et faveur des princes, sut aussi s’émouvoir du sort des plus miséreux, en particulier lorsque le fils de l’un de ses musiciens, devenu orphelin, avait été retrouvé mendiant dans les rues de Londres. Le compositeur décide de soutenir financièrement l’Hôpital des enfants trouvés de Londres, anciennement fondé par Thomas Coram. Il crée un fonds de soutien: Haendel offre à l’institution un autographe de sa main de son meilleur oratorio, Le Messie et lui lègue par testament le droit exclusif de jouer cette oeuvre une fois par an pour en recueillir les bénéfices ! Le compositeur qui sut être généreux et magnanime, quand la plupart des artistes ne s’intéressent qu’à leur propre devenir, meurt à 74 ans, en 1759, après avoir écrit 12 grands oratorios.

Haendel, maître du baroque. Documentaire inédit. Réalisation: Ulrich Meyszies. Coproduction : Arte, Mdr, Rm Arts Fernseh- et Film GmbH Halle avec digital images et Arthaus-Musik. (52mn).

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