mercredi 16 septembre 2026

Giuseppe Verdi: Il Trovatore (Le Trouvère), 1853. Festival de Bregenz 2006 Mezzo, à partir du 25 janvier 2008 à 17h

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Giuseppe Verdi,
Le Trouvère
, 1853




Mezzo
Le 25 janvier 2008 à 17h
Le 28 janvier 2008 à 10h

Opéra filmé à Bregenz, juillet/août 2006. Giuseppe Verdi: Il Trovatore (1853), Festival de Bregenz 2006. Avec Zeljko Lucic (Il Conte di Luna), Iano Tamar (Leonora), Marianne Cornetti (Azucena), Carl Tanner (Manrico), Giovanni Batista Parodi (Ferrando), Deanne Meek (Ines), Jose Luis Ordonez (Ruiz), Orchestre Symphonique de Vienne, Thomas Rösner (direction), Robert Carsen (mise en scène), Paul Steinberg (décor), Miruna Boruzecu (costumes), Patrick Woodroffe (éclairages)

Château pétrolifère

La Seebühne, ou scène sur le lac autrichien (Constance), dans le
dispositif pétrolier de Robert Carsen, sied bien à la magie et au
machiavélisme à l’oeuvre dans Le Trouvère de Verdi. Récemment rénovée, la scène de Bregenz offre dans son environnement unique, à la fois liquide et pleinairiste, un défi et la source d’un dépassement possible pour tout metteur en scène, suffisamment inspiré par l’oeuvre lyrique retenue. De plus, aujourd’hui, face au gigantesque radeau scénique, l’immensité des arènes modernes qui regroupent à présent pas moins de 7.000 places oblige à un travail théâtral qui prend en compte le colossal sans sacrifier l’intimisme et l’intensité de l’action. C’est là que tous les deux ans paraît pour le public éclectique, amateur, curieux, touristes et connaisseurs, une nouvelle production. Pour le dvd, le label Capriccio témoigne des avancées d’un festival en pleine mutation qui a réussi semble-t-il le pari de l’ouverture et de l’audience avec la qualité et l’exigence dramatique, musicale et scénique. Une production de La Chute de la Maison Usher (opéra de Claude Debussy, restitué pour l’occasion, lors du Festival 2006) en ce sens, en a superbement témoigné (La Chute de la Maison Usher de Claude Debussy, 1 dvd Capriccio: choc 2007 de la rédaction dvd de classiquenews.com). En plus de l’éloignement de la scène, compensée par un accompagnement technologique très sophistiqué qui « récupère » au mieux, c’est à dire de façon naturelle, l’étagement et la lisibilité de chaque partie, vocale et instrumentale, le festivalier habitué sait les caprices d’une climatologie spécifique, particulièrement capricieuse… et imprévisible. Voilà qui en exigeant beaucoup du spectateur, justifie que chaque auditeur est en droit d’écouter le meilleur. Nouvelle source de stress pour l’interprète de Bregenz… De son côté, en fidèle partenaire de chaque session pleinairiste, l’Orchestre Symphonique de Vienne porte la vitalité musicale de cette vitrine audacieuse.

A l’été 2007, le décor industriel imaginé par Paul Steinberg (700 tonnes) qui cite une raffinerie de pétrole, bien loin d’être décalé par rapport à l’action verdienne, offre un support idéal à la multiciplicité des scènes et des climats: il exalte la fusion des genres et des registres voulus par Verdi. La citadelle de métal renforce très habilement l’action originelle du Moyen Age espagnole, dans un vaste cadre chaotique qui convoque magie, fantastique et tragédie. Surtout sentiment et passion. L’esthétisme de Carsen s’accomplit là encore: entre vérité et actualisation, le metteur en scène canadien sait trouver dans notre espace visuel contemporain, des formes impactantes qui résument à elles seules, l’intensité et l’universalisme d’une situation. Sa lecture demeure fidèle en tout point à l’évolution émotionnelle de la partition.
D’une manière générale, la distribution est indiscutable et dans les conditions du dispositif scénique que l’on a évoqué (plein air, climatologie) auxquelles il faut ajouter la particularité visuelle qu’ici, aucun des chanteurs n’a de contact direct avec le chef: tout passe par des moniteurs vidéo… Songez à la difficulté de la réalisation en synchronisation! Qu’importe, seul importe l’intuition musicale (c’est à dire l’expérience et le métier) de l’interprète. En voix comme en présence, les acteurs chanteurs réunis sous la baguette de Thomas Rösner, ne manquent pas d’arguments, à commencer par Iano Tamar (Leonora): fluidité caractérisée du timbre, Marianne Cornetti, non moins captivante Azucena qui sait associer à l’immensité du plein air, son talent de magicienne et d’invocatrice hallucinée (tout ce que le rôle exige car nous sommes ici dans un opéra noir et sombre: fantastique, comme Macbeth, l’ouvrage nous immerge bon gré mal gré, dans un cauchemar éveillé) puis les hommes, tout autant méritants: Carl Tanner (Manrico) et Zeljko Lucic (Luna) dont l’assise vocale se paie le luxe d’un contrôle dans l’émission précisément convaincant. Voilà donc d’un bout à l’autre, une production magnifiquement réalisée et sur le plan visuel, dans son transfert en dvd, scrupuleusement restituée. La production confirme l’excellent niveau auquel est parvenu le festival de Bregenz, populaire et exigeant. Un nouveau fleuron des festivals européens? Très certainement. Car ici, le populaire et la qualité se marrient idéalement.

Crédits photographiques
(1) Vue générale du décor d’Il Trovatore, Bregenz 2006 (DR)
(2) idem (DR)

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