Giovanni Carestini (1705-1760). Portrait

Giovanni Carestini
(1705-1760)

Avec Farinelli, Carestini reste le castrat le plus adulé de son vivant et avec le temps, un mythe inaltéré: l’incarnation de la perfection vocale. Il incarne l’âge d’or du chant, capable d’électriser les foules, de susciter de la part des compositeurs de son temps, des rôles taillés pour ses possibilités exceptionnelles, en particulier selon le témoignage de Hasse. Pourtant si Farnielli eut droit à ses heures de reconnaissance, entre autres grâce au cinéma, la figure de Carestini demeure peu ou pas connue du grand public. Né le 13 décembre 1705, le jeune vocalise participe dès 1710 à l’oratorio de Caldara, Santo Stefano, rè d’Ungheria. Remarqué par le cardinal Augustin III Cusani, l’enfant surdoué est placé sous sa protection et mené à Milan. A l’époque où le Pape interdit aux femmes de se produire sur les scènes, les castrats aux voix angéliques suraiguës captivent l’auditoire par leur timbre ambiguë.

Vocalità résolument dramatique
Ainsi Carestini fait ses débuts romain en 1721, puis en 1722, aux côtés de Farinelli dans un opéra de Porpora, Flavio Anicio Olibrio. Alors commence une rivalité entre les deux prodiges, savamment entretenue par leurs admirateurs respectifs. Si Farinelli enchante par la souplesse acrobatique de sa voix, Carestini surenchérissait par un engagement dramatique exceptionnel, d’une puissance inférieure mais d’une facture ciselée. A l’esthétisme du premier correspondait l’intensité dramatique du second. Tout spectateur à Rome, pouvait alors comparer le jeu opposé des deux virtuoses: il Teatro delle Dame était l’écrin des pirouettes pyrotecniques de Farinelli quand le Capranica rehaussait l’éclat scénique de Carestini. Ce dernier devait créer l’opéra de Vivaldi, Ercole sul Termodonte (1723). Trois années plus tard, les deux étoiles du chant baroque italien se retrouvent comme deux “frères” à Parme, pour les Fratelli riconosciuti.
A Naples en 1728, Carestini rencontre Hasse. Mais c’est avec Vinci, autre compositeur napolitain renommé, que Carestini chante deux rôles taillés pour lui, Alessandro nell’Indie et Artaserse. Quittant la Péninsule où il avait connu tout ses succès, Carestini traverse la France pour rejoindre à Londres, Haendel qui après le départ de sa troupe d’il Senesino, doit recruter une nouvelle étoile: Carestini, arrivé en 1733 crée ainsi coup sur coup trois chefs d’oeuvre au Haymarket, Arianna in Creta, Ariodante, Alcina. Mais deux orgueils aussi surdimensionnés, à la mesure de leur génie, finirent pas se quereller sans alternative, après que le chanteur refusant de chanter un air qu’il trouvait indigne de son art, suscita la colère et les foudres du compositeur. La “Canaille” repartit illico pour l’Italie. Ridicule avatar d’une carrière époustouflante: pour l’inauguration du Teatro Regio de Turin (1740), Carestini au sommet de sa réputation, empoche un cachet mirobolant, 520 louis d’or. Le prestige qui l’enveloppe à chacun de ses déplacements, suscite l’admiration sans bornes de Frédéric le Grand qui le nomme Kammermusikus de sa Cour à berlin: il crée Orfeo de Graun, compositeur officiel, en 1750, à 45 ans.

Après l’Italie puis Berlin, Carestini accepte de rejoindre Saint-Pétersbourg où, bien que malade et affaibli, il passera deux ans à l’invitation de la fille de l’Empreur Pierre Le Grand, Elisabeth Petrowna. Son ultime apparition au San Carlo de Naples, en 1758, dans Ezio de Latilla reste un échec amer.

Comments are closed.