jeudi, décembre 8, 2022

Entretien avec Cédric Tiberghien

A ne pas rater

Il mène une carrière de soliste et de chambriste. Curieux et ambitieux, Cédric Tiberghien a tout de l’étoffe des plus grands pianistes. Nous l’avons rencontré en marge de l’Eté musical d’Horrues, en Belgique, où il revenait pour la troisième année consécutive interpréter les sonates de Beethoven.

Vous jouez dans les plus grandes salles avec des orchestres prestigieux, qu’est-ce qui vous incite à vous produire à l’occasion de l’Eté musical d’Horrues ?

L’endroit est très joli et l’acoustique est vraiment fabuleuse. On pourrait craindre une acoustique plus diffuse mais le son devient très beau et ne se perd pas trop par rapport à d’autres acoustiques de ce type.

J’aime beaucoup jouer lors de petits festivals et dans de si belles églises. Les bénévoles sont extrêmement dévoués et très sympathiques. Des liens d’amitié se lient au fil du temps et ceux-ci ont beaucoup d’importance à mes yeux. Au moment du concert, l’artiste est parfois considéré comme un extra-terrestre qui débarque. Jouer dans de petites salles donne ainsi une dimension humaine et une accessibilité de l’artiste que le public apprécie beaucoup.

Vous menez de front une carrière de soliste ainsi que de chambriste, comment vous voyez-vous évoluer ? Avez-vous des œuvres que vous aimeriez jouer ou musiciens que vous désirez rencontrer?

J’aimerais pouvoir garder autant que possible toutes mes activités, j’accompagne des chanteurs et je joue assez souvent avec orchestre. Je crois qu’un musicien se définit par la diversité de ses activités et de sa curiosité. Je suis très curieux et je n’ai pas l’intention de mettre la musique de chambre de côté, je n’aime pas l’idée d’être soliste même si c’est finalement ce que je suis lors de mes récitals. La musique de chambre est une expérience tellement enrichissante que je ne pourrais m’en passer.

Les rencontres sont généralement le fruit du hasard ou de rencontres ponctuelles lors des festivals. Ca fait 7 ans que je joue régulièrement avec Marie Hallynck, je l’ai rencontrée lors d’un festival durant lequel on ne jouait pourtant pas beaucoup ensemble. Le courant est passé immédiatement et nous jouons toujours régulièrement ensemble.

Il y a des musiciens que j’admire comme Isabelle Faust, c’est une violoniste allemande qui m’a toujours impressionné, elle procure cette réelle sensation de liberté et de grande expression musicale.

Vous avez joué votre récital Beethoven avec la partition ? Quel est votre avis sur le soutien de la partition en concert ? Richter disait qu’il était plus honnête vis-à-vis de la musique de s’aider de la partition.

Il ne faut pas que le « par cœur » soit une obligation. Jouer de mémoire, c’est donner une certaine liberté par rapport à soi-même et par rapport à l’interprétation. C’est une liberté qu’on ne retrouve pas forcément lorsqu’on a la partition devant soi.

Si on s’oblige à faire plusieurs récitals de mémoire en n’ayant que le seul souci de ne pas perdre le fil de ses idées et finalement ne pas profiter du récital et de l’énergie qu’on pourrait consacrer au discours, je trouve que c’est dommage.

J’ai fait le clavier bien tempéré avec partition en novembre 2005, je ne me suis même pas posé la question. Je préfère profiter de la musique. Il ne faut pas non plus tomber dans le travers de ne plus jouer plus qu’avec partition au risque de perdre l’habitude de jouer de mémoire. Si le public sent que la partition n’est là que comme support et soutien tout en maintenant un discours musical convaincant, les gens oublient très vite.

Après Bach et Beethoven, quelles sont les autres partitions que vous aimeriez travailler ?

Les grands compositeurs tels que Bach et Beethoven doivent être explorés en permanence, lorsque j’aurai terminé l’intégrale de Beethoven l’année prochaine, je me poserai la question de savoir ce que j’étudierai.

En mars 2007, j’enregistre le 1er concerto de Brahms avec l’orchestre de la BBC. Il y a certains concertos que je n’ai pas encore eu l’occasion de jouer comme celui de Grieg et le quatrième de Rachmaninov.

Etes-vous le dédicataire de pièces de compositeurs contemporains ? Lesquelles ? Pouvez-vous nous en parler ? Sur quelle autre partition travaillez-vous ?

Philipe Hersant va composer une œuvre à mon intention. J’ai eu l’occasion de créer des pièces qui ne m’étaient pas dédicacées mais pour lesquelles j’ai effectué un réel travail et une collaboration avec le compositeur. J’aime beaucoup le sentiment de participer à la création et ainsi donc de donner vie à une œuvre. C’est un événement très émouvant.

J’ai eu l’occasion de créer, en première mondiale, le concerto pour deux pianos et orchestre d’Ivan Fedele. Au-delà de la création, il y a eu un travail intense et important avec l’Ensemble Intercontemporain. L’exécution de cette œuvre fut très bien perçue par le public.


Quels sont les pianistes qui ont inspiré votre jeu ?

Le premier pianiste dont j’ai eu conscience de la grandeur est Rubinstein, j’ai immédiatement voulu l’imiter (rires). Déjà très jeune, j’ai été touché par la poésie permanente de Lipatti, c’est un très grand pianiste.

Il y a aussi les pianistes tels que Schnabel que j’aime beaucoup dans Beethoven, pas dans tout mais dans la plupart des pièces. C’est un monument d’honnêteté vis-à-vis du compositeur et du texte, tout en ayant un son d’une beauté extraordinaire et une pensée d’une hauteur assez rare. Dans les plus récents, il y a Richter ou encore plus Guilels.

Vous avez remporté le 1er Grand Prix au Concours Long-Thibaud à Paris ainsi qu’une série de prix, dont la 3e place au Concours de Genève. Qu’en avez-vous retiré ?

La participation à un concours apporte beaucoup de confiance et une occasion unique d’aborder le répertoire. J’ai eu la possibilité de jouer, pour la première fois, le 1er concerto de Brahms lors de la finale. Ce fut un grand moment.

Le premier prix au Concours Long-Thibaud de Paris a été un tournant dans ma « petite vie » de pianiste. Je me suis trouvé avec 150 concerts à devoir assurer après le concours. Ca été un grand déclic. J’ai commencé à être plus entendu et donc plus médiatisé à partir de 1998.

Il y a d’autres concours qui offrent de réelles opportunités comme celui de la Reine Elisabeth, qui est un des plus beaux concours du monde. J’aurais beaucoup aimé y participer, mais ce ne fut pas possible. Ayant gagné le concours Long-Thibaud, je n’ai pas eu la possibilité d’assurer la préparation de ce concours tout en maintenant mes engagements. Parmi la multitude de concours existants et très importants pour un pianiste, il y a le concours Chopin à Varsovie et Van Cliburn aux Etats-Unis.

4 dates clés de la carrière de Cédric Tiberghien

1998
il remporte le 1er Grand Prix au Concours LONG-THIBAUD à Paris, ainsi que 5 prix spéciaux, dont le prix du public et le prix de l’orchestre

2000
débuts au Carnegie Hall à New York en novembre

2002
création mondiale du concerto pour 2 pianos et orchestre d’Ivan Fedele avec l’Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach.

2005
il est sélectionné parmi les 12 lauréats internationaux de la prestigieuse New Generation Artists de la BBC à Londres

discographie sélective

BACH – Partitas n° 2, 3 et 4
Harmonia Mundi n° 901869
Août 2005
BEETHOVEN – Variations, opus 34, opus 35 (« Eroica ») et opus 76 WOo 77 à 80
Harmonia Mundi n° 901775
Février 2003

DEBUSSY – Estampes, Images, Masques, D’un cahier d’esquisses, L’Isle joyeuse .
Harmonia Mundi n°911717
Septembre 2000

Crédit photographique: DR

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