vendredi, décembre 9, 2022

Dunkerque. Le Corsaire, restaurant sur l’eau. Festival international Albert Roussel, vendredi 22 octobre 2010. Concert de clôture: « Mirages de l’eau ». Roussel, Goué (« Vu sur la mer », création), … Billy Eidi, piano

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Superbe programme de clôture, conçu entre miroitements et reflets en filiation, avec un soin délectable dont les noms mis en perspective autour de la thématique « Mirages de l’eau » éclaire cette liquidité féconde et poétique qui au début du XXè, indique effectivement un âge d’or du piano français, de 1908 à 1911 précisément; autour d’un socle de partitions qui ont été composées de 1908 à 1911, dévoilant le jeune Roussel, la manière de Hahn et Debussy entre autres, jusqu’aux Barcarolles de Fauré, il s’agit aussi à Dunkerque en accord avec la thématique du Festival Albert Roussel et des compositeurs qui lui sont proches, de défricher des partitions inédites comme le triptyque d’Emile Goué « Vu sur la mer », de 1931.

Mirages et miroitements…

Infatigable défenseur de la musique française, le pianiste Billy Eidi éblouit par sa fluidité expressive, son sens des respirations, un toucher de velours d’un lyrisme innocent autant qu’amusé: l’interprète passe d’une pièce à l’autre avec un style suggestif, allusif et poétique de très grande classe. Sous ses doigts à l’éloquence liquide, passe une activité continue à l’écoulement subtil qui éclaire la gravité d’un Hahn si méconnu (Per i piccoli canali, extrait du Rossignol éperdu regroupant 53 poèmes pour piano), ce romantisme délicat et tendre, en rien compassé d’un Fauré vénitien (en particulier la 2è Barcarolle en sol majeur opus 41, dont le genre convoque les canaux de la lagune): d’ailleurs, le pianiste au fur et à mesure de la reprise de ce programme parfaitement tissé, offrira l’intégrale des Barcarolle de l’élève de Saint-Saëns. Tout s’enchaîne avec une sorte d’évidence: les correspondances et les filiations en filigrane constituant le fil structurant du concert. Pertinent choix que celui de la première pièce du cycle Rustiques, opus 5 de Roussel : le titre renforce la pertinence du programme Danse au bord de l’eau, au départ intitulé « dans la clairière« : du motif sylvestre à l’énoncé aquatique, il s’agit d’évoquer la pulsation de la nature et la vitalité des éléments: la pièce à la rythmique annonciatrice de l’oeuvre à venir et qui souligne la présence du compositeur français dans chaque concert du festival qui lui est dédié, indique dès 1908, l’écriture si originale de Roussel, qui fut marin et demeura toujours nostalgique des horizons lointains. Billy Eidi à l’écoute de la ligne dansante du poème, passe d’un climat à l’autre, d’une rythmique à l’autre avec cette souplesse des liaisons qui lui est propre; ce balancement nuancé et naturel qui unifie les parties; il en fait briller les harmonies somptueuses et imprévisibles, accordé à ce lyrisme typiquement roussélien.

Vu sur la mer d’Emile Goué

Toute l’approche du pianiste à qui l’on doit d’autres réalisations superlatives dont les mélodies de Fauré, de Séverac et plus récemment, un excellent disque dédié au compositeur contemporain Guy Sacre (prochaine critique dans le mag cd de classiquenews.com), se concentre sur la notion d’élasticité suggestive dans la pulsation, une compréhension experte des partitions où le continuum musical se réalise comme s’il était animé et architecturé par un secret texte littéraire qui en imprimerait allusivement nuances et accents. Pareille attention au verbe musical marque la réussite de la création de Vu sur la mer d’Emile Goué, temps fort du concert, réalisée en présence du fils du compositeur, Bernard Goué. Le triptyque pour piano joué à Dunkerque, en première mondiale, évoque trois paysages arcachonais, les mêmes qui inspireront Gabriel Dupont (dans son recueil La Maison dans les dunes): le pianiste souligne le souffle du large qui traverse sa pièce centrale, Le Phare, mais aussi l’esprit contemplatif qui imprime à la dernière, La Barque, sa sérénité toute intérieure.
Ce travail personnel sur l’unité organique et sur chaque détail dynamique est évidemment à mettre sur le compte d’une sensibilité accomplie et sur une technique d’orfèvre: Billy Eidi est aussi professeur à Paris (CNR) et à Lyon (CNSMD), obtenant même de nombreuses distinctions dans cet art si difficile de l‘accompagnement. A Dunkerque, sans partenaire chanteur, le pianiste poète nous indique les milles reflets, la constellation d’images et les multiples sentiments inscrits dans chaque morceau. Le geste est éloquent et passionné, jamais appuyé. Maître de la nuance, Billy Eidi agit à la façon des très grands sculpteurs: il sculpte et trouve le juste modelé en retirant de la matière pour atteindre au coeur spirituel des oeuvres.

Dunkerque. Le Corsaire, restaurant sur l’eau. 14 ème Festival international Albert Roussel, vendredi 22 octobre 2010. Concert de clôture: « Mirages de l’eau ». Aubert, Dupont, Hahn, Roussel, Séverac, Goué (Vu sur la mer, création mondiale), Fauré, Debussy. Billy Eidi, piano.

Porté par la présence de l’eau dans la musique, à l’écoute des milles reflets qu’en expriment les compositeurs français (gravité de Hahn, rivages nocturnes d’Aubert, éclaboussures lumineuses de Séverac, éclat final de l’Isle Joyeuse de Debussy…, Billy Eidi joue ce programme en tournée :

27 février 2011 (Séoul, Corée du sud, salle Kumho)

15 avril 2011 (Cagliari, Sardaigne, fondation Sciotto)

8 mai 2011 (Venise, Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française)

Illustration: Billy Eidi, piano (DR)
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