vendredi, décembre 9, 2022

Donizetti: Lucia di Lammermoor. Dessay, Gergiev 2 cd Mariinsky (2010)

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Lucia limitée

La couleur extatique, crépusculaire, implorante mais digne et si tendre, voire angélique de Lucia convient bien au volume assez réduit de la voix de Natalie Dessay: l’égalité, la rondeur de la voix séduisent immédiatement, même si la puissance s’essouffle parfois. Pourtant à l’écoute attentive, reconnaissons que la cantatrice n’est plus aussi indiscutable que cela… Elle a parfois du mal à rebondir (abattage élastique pas toujours toniquement pulsé), et son émission semble toujours comme voilée par une projection basse, plus à l’aise dans les crêtes aiguës que le soutien grave.
Le reste de la distribution est plutôt solide et Valery Gergiev sait rester présent aux moments clés. Du galbe instrumental, des moments dramatiquement intenses: la version live captée au Mariinsky de Saint-Pétersbourg ne manque pas de piquant voire de réussite (premier air de Lucia et sa harpe céleste). Pourtant la chanteuse a perdu de son éclat et compense ce nouveau « lustre terne » du timbre par une dramatisation parfois excessive et tendue de l’expression (travers constaté depuis dans sa Traviata aixoise (juillet 2011) qui si elle agace par son jeu surappuyé, finit par émouvoir à la toute fin de la partition, dans la scène finale tragique et épurée). A Saint-Pétersbourg, même les aigus sont serrés et jamais naturels. De toute évidence la voix a perdu sa flexibilité et sa douceur rayonnante dans l’aigu. A ses côtés, Piotr Beczala assure avec un héroïsme pointu jamais tranchant mais lui aussi parfois court, la partie d’Edgardo quand sa partenaire manque souvent de soutien… (premier duo Lucia/Edgardo à la fin du I: Veranno a te…): le timbre blanc et pâle de la soprano ne captive pas vraiment.
Fier Raimondo d’Ilya Bannik en revanche. Et pour la grande scène finale (O giusto cielo) où Lucia paraît (ondes aériennes de l’harmonica de verre en préambule puis en dialogue), « La Dessay » chante tout sans resquiller avec une franchise évidente… mais sans guère de trouble, de vertiges, d’éclat tragique. La voix est agile, et pourtant sans fièvre ni délire: une coquette qui frissonne et se pâme, pas une amoureuse détruite devenue folle et meurtrière… On est loin de la créature fantômatique, hallucinée et crépusculaire qu’en leur temps ont incarné avec quel autre génie vocal: Sutherland ou Caballé. Même le dernier aigu est tendu, plus crié que soutenu. Déchiré. Dommage.

Gaetano Donizetti: Lucia di Lammermoor. Natalie Dessay (Lucia), Piotr Beczala (Edgardo), Ilya Bannick (Raimondo)… Mariinsky orchestra & chorus. Valery Gergiev, direction. Enregistré les 12-16 septembre 2011, Saint-Petersbourg, Mariinsky
8 22231 85122 6. 2 cd Mariinsky. 2h11mn

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