mardi 22 septembre 2026

CRITIQUES, festivals. LES SABLES D’OLONNE, 3èmes Classiques de la Villa Charlotte (les 12 et 13 sept 2025). Fanny Clamagirand, Sergio Pires, Miguel da Silva, Johan Farjot, Raphaël Feuillâtre…

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Récemment labellisée « ville d’art et d’histoire », Les Sables d’Olonne investissent avec raison dans la valorisation de leur riche patrimoine ; un patrimoine et une âme que l’on aurait tort de réduire à sa seule activité de station balnéaire, uniquement façonnée comme escale triomphale du Vendée Globe et par sa position de ville côtière…historiquement, les Sables d’Olonne sont aussi un haut lieu de musique classique.

 

L’air marin, le plein air océanique aura aussi attiré les grands compositeurs tels Saint-Saëns [présence avérée en 1911] ou Gabriel Fauré, deux immenses tempéraments créateurs dont la violoniste premier prix du conservatoire de Paris, Charlotte Vormèse fut la muse, et qui posséda la fameuse Villa en bord de chenal, à partir de 1906 (et jusqu’à sa mort en 1938). C’est dans son salon, à la belle saison, que la violoniste invitait musiciens et compositeurs (les deux précédents ou encore Benjamin Godard récemment ressuscité, parmi les compositeurs romantiques français), jouant leur musique, en patronne des arts et de la musique.

 

La VILLA CHARLOTTE
Joyau belle époque du littoral vendéen,
ressuscite un âge d’or
de la musique de chambre

 

Fanny Clamagirand et Sergio Pires sont chaleureusement applaudi, à l’issue de la création d’ A HYMN TO THE MORNING, nouvelle pièce pour violon et clarinette de Johan Farjot (qui acclame les deux interprètes à droite) © classiquenews 2025

 

 

Aujourd’hui la ville des Sables d’Olonne entend restaurer et redonner à cette maison d’artiste en bord de mer, tout son lustre. À l’initiative de Charlotte, les cycles de concerts se succèdent, faisant de la Baie sablaise, un foyer d’intense rayonnement musical. Le Festival de septembre en témoigne aujourd’hui : sa 3ème édition en 2025 rappelle avec éclat l’essor de la musique de chambre à la Villa baptisée depuis lors « Villa Charlotte », – belvédère exceptionnel pour suivre  le long du chenal, les champions du Vendée Globe, lors de leur couronnement populaire.

 

 

VENDREDI 12 SEPTEMBRE 2025… Le premier concert de notre séjour 2025 (vendredi 12 sept) met en avant le piano et le violon dans un programme équilibré qui permet entre autres, d’écouter le trop rare  » Prélude, choral et fugue  » de César Franck : triptyque hautement spirituel et pièce majeure du génie liégeois de l’orgue. Ce sommet pianistique qui est sa première partition pour le piano (il est âgé de plus de 60 ans alors), dévoile un savoir unique qui fusionne de façon magistrale son principe d’écriture cyclique et un remarquable hommage à Bach, en particulier dans la conception d’un art exceptionnel de l’architecture, des combinaisons simultanées et en miroir, la fugue étant le sommet de cette vision combinatoire. Le pianiste Jean-Paul Gasparian favorise surtout la puissance et les effets de contrastes, le souffle romantique au risque d’escamoter la subtilité des fondus comme les modelés si raffinés du Prélude… Malgré son engagement indiscutable, on regrette le manque de mystère, les vertiges et le sentiment de sidération hallucinée, dans le choral comme dans la fugue. Même cette dernière à travers l’enchevêtrement ahurissant des thèmes et des grilles harmoniques, manque de folie comme de souffle délirant. Dans sa première pièce pour piano, Franck a édifié une cathédrale inouïe qui profite de sa science comme organiste chevronné. La lecture de Gasparian en délimite la structure démesurée des plans sans en exprimer cependant toute la richesse expressive ni les vertiges et aspirations poétiques voire mystiques.

La Sonate pour violon et piano n°1 en la majeur de Gabriel Fauré (1875) est plus connue, plus jouée et tout à fait représentative de cette tendresse passionnée qui avec la propre Sonate de Franck, ont largement inspiré Proust dans l’évocation de sa fameuse Sonate de Vinteuil.

Dès l’émergence de la première phrase du violon, d’une tendresse intense, la droiture égale, inflexible de l’archet de Fanny Clamagirand, son ardente vision écartent toute effusion molle ; la tension continue de la main droite, trace un sillon aussi lumineux que puissant porté par la houle superbement flexible du piano. L’esprit du voyage [thème de cette édition] à travers les nombreux récitals et concerts de musique de chambre, ressuscite la vitalité et la diversité artistique à l’époque de Charlotte Vormèse au début du XXème siècle. Fanny Clamagirand redonne vie à la figure brillante et très engagée de la violoniste dont l’activité de soliste virtuose fut en définitive très proche de celle de Marie Tayau (créatrice de la Sonate en 1877 salle Pleyel, avec Fauré au piano).

 

SAMEDI 12 SEPTEMBRE
Ce chambrisme ardent se réactive au cours de la 2è journée où pas moins de 3 concerts sont au programme : à 11h30, 16h30 et 19h30. Le festivalier emprunte le bac (« la passeur ») pour rejoindre la rive du quartier de la Chaume (et la salle des fêtes) car plutôt qu’un concert-ballade en plein air (originellement programmé), le temps incertain, plutôt venteux et pluvieux, impose le repli dans un lieu abrité…
Des deux premiers concerts c’est surtout le 2ème à 16h30, où brille la finesse expressive du guitariste français né à Djibouti en 1996, Raphaël Feuillâtre, déjà bien connu (entre autres pour ses transcriptions) et dont le talent lui a valu d’être enregistré sous étiquette Deutsche Grammophon. La virtuosité croise une finesse expressive exceptionnelle chez Gounod, Bach, Albéniz (Torre Bermeja), Llobet Soles (« la Folia » d’après Sor), en particulier Barrios Mangore (redoutable triptyque « La Catedral »). Enfin le feu digital et une pyrotechnie magistrale se réalisent sans limites dans le bis signé Roland Dyens, où le flux digital et la compréhension intime de la partition si contrastée, produisent un embrasement continu qui semble improvisé.

Le programme va crescendo ensuite, en particulier lors du concert du soir à 19h30 (salle « la Gargamoëlle »), dont le programme met aussi la création à l’honneur : l’alliance entre œuvres du répertoire et pièce inédites,  – en l’occurrence commande du festival, attestent de la continuité de vision entre la violoniste établie dans sa demeure sablaise, et aujourd’hui Fanny Clamagirand. D’abord, les 5 des 8 pièces de Max Bruch composée en 1910 pour son fils clarinettiste particulièrement doué, et d’un caractère très brahmsien : autour du clarinettiste Sergio Pires, d’une remarquable éloquence, la violoncelliste (Margarita Balanas) et le pianiste (Matan Porat) tout en écoute et partage optimal, expriment la grande séduction de pièces aussi fines qu’expressives.

CRÉATION… Puis c’est la création d’un duo clarinette / violon, nouvelle partition du compositeur Johan Farjot : « A Hymn to the Morning ». L’œuvre malgré l’intimisme déclaré inspiré d’un poème de la poétesse américaine du XVIIIè, Phillis Wheatley, qui fut esclave, expose à nu le timbre des deux instruments, leurs parties respectives réalisant un dialogue en réalité très dramatique, de réponses alternées et de séquences en fusion. Très inspiré par les auteurs américains en particulier les minimalistes, et aussi Copland qu’il cite lors de sa courte présentation de l’œuvre, Johan Farjot a écrit un morceau assez court (7mn) dont le flux ininterrompu façonne un précipice musical (à partir de l’ostinato du violon) qui emporte dès lors, le chant des deux instruments requis, dont les timbres s’accordent admirablement. Comme deux solitudes conjointes, les deux acteurs (Fanny Clamagirand et Sergio Pires) synthétisent et prolongent à la fois, la puissance lumineuse et tragique du texte, la vision d’une aube avortée, portant ses espérances et aussi la pleine conscience d’une existence sacrifiée. Avant l’écoute de la partition en première mondiale, Alain Duault, qui présente chaque grand concert, a pu lire l’intégralité du poème source, permettant aux auditeurs de mesurer toute la richesse d’une prose enivrée et grave dont on comprend qu’elle a pu ainsi inspirer le compositeur français.
La soirée s’achève avec le Quintette pour clarinette et cordes opus 115 de Brahms, somptueuse partition compose a l’été 1891, entre autres pour l’excellent clarinettiste Richard Mühlfeld [et pour son ami le violoniste Joseph Joachim]. Le finale avec ses variations libres, élégantes, en est l’apogée ; sommet d’une architecture prodigieuse qui fusionne pudeur élégiaque et expressivité passionnelle. L’Adagio déploie cette ardeur amoureuse, souple et voluptueuse que porte l’irrésistible cantilène de la clarinette laquelle après une activité centrale quasi rhapsodique, finit par s’unir avec délices à la tendresse nostalgique du premier violon… Fanny Clamagirand et Sergio Pires ressuscitent cette entente miraculeuse et le dialogue portés à la création par Mühlfeld et Joachim. Ce soir exprimant aussi l’activité captivante des cordes, 3 autres complices assurent la pleine réussite de l’approche : Mira Foron (violon II), Margarita Balanas (violoncelle) et Miguel da Silva (alto), sans omettre l’excellent Matan Porat (piano). L’engagement des 6 interprètes défend avec une compréhension profonde et intuitive la force poétique de l’œuvre, sa cohérence organique, sa vitalité enveloppante qui en fait grâce à la couleur spécifique de la clarinette (sa fusion exaltante avec les cordes), un irrésistible Notturno.
Rien ne présageait un tel programme de musique de chambre aussi brillamment défendu, aussi excellemment conçu. Les Classiques de la Villa Charlotte aux Sables d’Olonne sont désormais un rendez vous incontournable dans l’agenda hexagonal : la promesse de sessions musicales enthousiasmantes, d’autant plus convaincantes que l’année prochaine, la 4è édition (septembre 2026), se déroulera dans les espaces dévolus aux concerts, dans l’enceinte de la Villa enfin restaurée et apte à recevoir les événements culturels qu’en son temps, Charlotte Vormèse eut à cœur de défendre dans sa demeure balnéaire du bord de mer. Le rendez-vous est d’ores et déjà pris (programmation 2026 à venir sur Classiquenews).

 

A l’issue du concert Bruch, Johan Farjot (tout à fait à droite), Brahms, Fanny Clamagirand remercie tous les musiciens présents au soir du sam 13 sept 2025

 

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CRITIQUES, festivals. SABLES D’OLONNE, 4èmes Classiques de la Villa Charlotte (les 12 et 13 sept 2025). Fanny Clamagirand, Sergio Pires, Miguel da Silva, Johan Farjot, Raphaël Feuillâtre… photos © classiquenews 2025

 

 

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