vendredi 16 octobre 2026

CRITIQUE, festival. MORETON-IN-MARSH, Longborough Festival Opera, le 12 juillet 2026. WAGNER : Tristan und Isolde. P. Wedd, C. Woodward, C. Carby, A. Miles, R. Hayward… Anthony NEGUS / Carmen JAKOBI

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Pendant plusieurs secondes, après le dernier accord, personne ne bouge. Pas une toux, pas un froissement, pas un applaudissement prématuré : toute une salle suspendue, comme si le seul fait d’expirer risquait de briser quelque chose. Et lorsque le charme se rompt enfin, l’ovation qui déferle semble monter de bien plus loin que le réflexe ordinaire de l’applaudissement. Ce silence-là est la plus juste des critiques que l’on puisse offrir au Tristan und Isolde du Longborough Festival Opera. 

 

 

Il faut dire que l’homme en fosse était arrivé ce soir-là déjà couronné. Anthony Negus, wagnérien chevronné de Longborough et âme même de sa vie musicale, vient d’être fait CBE, distinction qui tenait moins de la nouvelle que de la confirmation tardive de ce que savait quiconque qui l’avait déjà entendu diriger cette partition. Son Tristan tient Wagner – et nous – dans une tension irrésolue que rien ne relâche jusqu’à la délivrance du Liebestod. L’Orchestre du Festival de Longborough lui répond avec chaleur, concentration et un raffinement remarquable, prouvant une fois encore que la Grange des Cotswolds reconvertie, réussit à Wagner non pas malgré son intimité, mais grâce à elle.

La mise en scène de Carmen Jakobi, déjà remaniée lors d’une précédente reprise, fait confiance à la musique pour porter tout le poids émotionnel. Les décors de Kimie Nakano dessinent, dans le même esprit, un paysage épuré, presque abstrait. C’est là, bien sûr, le monde qu’habitent les amants: ce désir de la nuit où ils peuvent enfin être ensemble, puis, à mesure que monte l’appel de la mort, un étrange demi-monde. Exit, dès lors, les navires, les châteaux et les jardins du livret, remplacés par une esthétique de drame psychologique. Plutôt que de suivre un récit, la production explore l’espace trouble où se tiennent ses personnages. C’est presque comme s’ils étaient déjà morts en buvant, non le poison, mais le philtre d’amour.

 

 

Le Tristan de Peter Wedd est superlatif. Retrouvant un personnage qu’il a fait très largement sien à Longborough, Wedd déploie une conviction dramatique totale. La voix montre une puissance qui, comme le personnage lui-même, refuse tout bonnement de mourir. Et pourtant, si impressionnant que soit le chant, c’est le jeu qui demeure le plus longtemps en mémoire. Son troisième acte devient le portrait douloureusement vrai d’un homme qui dérive entre lucidité et délire, s’accrochant à l’espoir tandis que son corps et son esprit le trahissent peu à peu. Chaque geste, chaque hésitation, chaque bribe de mémoire paraît psychologiquement inéluctable.

Catharine Woodward s’affirme comme une partenaire tout aussi magnétique, dans ce qui constitue une superbe prise de rôle en Isolde. Son incarnation grandit régulièrement au fil de la soirée : elle part d’une autorité fière, presque implacable, avant de révéler une chaleur et une vulnérabilité croissantes à mesure que le drame se noue. À la transfiguration finale, elle trouve une intériorité lumineuse qui couronne la soirée d’un rayonnement émotionnel authentique. Jamais elle ne force la voix; elle épouse pourtant les grandes montées orchestrales de Wagner avec une aisance qui laisse la musique s’épanouir plutôt qu’elle ne la dompte.

Autour d’eux, Longborough démontre une fois de plus l’extraordinaire régularité de sa distribution. La Brangäne de Catherine Carby est bien plus qu’une confidente fidèle: ses avertissements lancés depuis les coulisses, au deuxième acte, flottent à travers la salle avec une beauté envoûtante qui, l’espace d’un instant, suspend le temps lui-même. Robert Hayward prête à Kurwenal une loyauté inébranlable et une dignité paisible, tandis qu’Alastair Miles compose un Roi Marke tout de pathétique et d’humanité. Son grand monologue est celui d’un homme, figure peut-être un peu faible, incapable de comprendre comment ceux en qui il avait mis sa confiance ont pu le mener là. Comme son héros Tristan, et Isolde du reste, il se retrouve, au sens propre comme au figuré, presque acculé au mur, hors d’état de saisir ce qui lui arrive. Brian Smith Walters campe un Melot au trait acéré, le traître de service, et le Berger de Peter Bronder apporte une simplicité sans apprêt à l’un des moments les plus exquis de l’ouvrage. Pas un maillon faible dans toute la distribution.

À l’évidence, c’est d’abord pour le jeu et le chant de Wagner que le public vient à Longborough, plutôt que pour un grand spectacle théâtral, et ce Tristan continue de donner pleinement raison à cette philosophie. La production de Carmen Jokobi éclaire sans jamais s’imposer, l’orchestre joue avec un engagement extraordinaire, et Anthony Negus démontre à nouveau pourquoi il demeure l’un des tout premiers chefs wagnériens de Grande-Bretagne. 

 

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CRITIQUE, opéra. MORETON-IN-MARSH, Longborough Festival Opera, le 12 juillet 2026. WAGNER : Tristan und Isolde. P. Wedd, C. Woodward, C. Carby, A. Miles, R. Hayward… Anthony NEGUS / Carmen JAKOBI. Crédit photographique (c)  Matthew Williams-Ellis

 

 

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