samedi 7 novembre 2026

CRITIQUE, opéra. LYON, opéra de Lyon (du 11 au 25 octobre 2025). MOUSSORGSKI : Boris Godounov. Vasily Barkhatov / Vitali Alekseenok

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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L’Opéra National de Lyon ouvre sa saison 2025-2026 avec la version originale de 1869 de Boris Godounov de Modeste Moussorgski, un choix audacieux qui privilégie l’intimité psychologique du Tsar aux fastes des versions ultérieures. Cette nouvelle production, confiée au chef Vitali Alekseenok et au metteur en scène Vasily Barkhatov, présente un contraste saisissant entre l’excellence musicale et une vision scénique qui a suscité la perplexité d’une partie du public.

 

Par bonheur, le plateau vocal est un sans-faute, porté par un Dmitry Ulyanov simplement époustouflant dans le rôle-titre. Il incarne un Boris tout en humanité, sculptant chaque phrase avec une puissance lyrique et une subtilité dramatique qui captivent, passant du père aimant au tsar hanté avec une conviction bouleversante. Il est magnifiquement entouré par une pléiade de chanteurs-acteurs remarquables, à commencer par Maxim Kuzmin-Karavaev en Pimène, qui s’avère d’une justesse et d’une autorité morales impressionnantes, dépeignant la conscience d’un monde délétère. Sergey Polyakov campe un Prince Chouisky parfaitement fielleux, dont la présence machiavélique sert à merveille l’intrigue. Mihails Čuļpajevs incarne un Grigori (le Faux Dmitri) exemplaire, toute son interprétation étant portée par une ambition juvénile et communicative. Alexander de Jong en Chtchelkalov et Hugo Santos en Nikitich font preuve d’une présence scénique et d’un mordant vocal percutant. Iurii Iushkevich projette remarquablement son Féodor, un rôle pour contre-ténor, et livre une performance poignante malgré les mouvements désordonnés que lui impose la mise en scène. Eva Langeland Gjerde (Xenia) et Dora Jana Klarić (la Nourrice) tirent avec brio leur épingle du jeu dans une version qui accorde peu de place aux timbres féminins. David Leigh en Varlaam et Jenny Anne Flory en Aubergiste apportent la touche de truculence et de réalisme populaire nécessaire à l’ouvrage. Enfin, Filipp Varik livre une interprétation très émouvante de l’Innocent, ce personnage clé qui redonne in fine la parole au peuple.

La direction de Vitali Alekseenok est une révélation. Le jeune chef biélorusse rend à la partition de Moussorgski toute son originalité, ses aspérités et sa puissance dramatique. Il souligne avec intelligence les liens entre le compositeur russe et Hector Berlioz, offrant une lecture à la fois respectueuse et passionnément vivante. Sous sa baguette, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon fait preuve d’une homogénéité et d’une expressivité rares, même si certains auraient souhaité une âpreté sonore encore plus marquée. Les Chœurs de l’Opéra de Lyon, bien que cantonnés aux premiers tableaux dans cette version courte, s’emparent de leur partition avec une présence et une puissance vocale impressionnantes.

 

 

La production de Vasily Barkhatov, qui signe ici ses débuts en France, est en revanche l’objet de toutes les interrogations. Sa vision, bien qu’intéressante sur le papier, est malmenée par des choix scénographiques et narratifs qui nous ont proprement désarçonnés. La scénographie de Zinovy Margolin s’inspire du film Dogville de Lars von Trier, présentant une « kommunalka » (appartement communautaire) sans murs où le peuple est montré comme une addition d’intimités. Empilés en une pyramide de praticables surlignés de néons, ces espaces forment un ensemble visuellement confus depuis le parterre, où de nombreuses actions importantes (comme la chute de Boris) passent inaperçues. Après l’entracte, cet univers laisse place à une salle de jeux pour enfants autistes, avec une piscine à balles dans laquelle Boris trouve finalement la mort – un choix esthétique qui a provoqué des huées lors des saluts !

 

 

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CRITIQUE, opéra. LYON, opéra de Lyon (du 11 au 25 octobre 2025). MOUSSORGSKI : Boris Godounov. Vasily Barkhatov / Vitali Alekseenok. Crédit Photo (c) Jean-Louis Fernandez

 

 

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