Deux semaines avant Pâques, Genève célèbre la fête de Rameau.
Rameau oui, le grand compositeur à la musique somptueuse, aux inflexions mélodiques magnifiques et aux contrepoints superbes ! C’est lui qui est le vrai héros du super-spectacle de Castor et Pollux – donné par le Grand-Théâtre de Genève (décentralisé ici dans le Bâtiment des Forces Motrices).
Rameau est ici magnifiquement servi par l’l’ensemble baroque La Capella Mediterranea, sous la direction vive et savante de Leonardo Garcia Alarcon. Cet orchestre déploie une étoffe sonore d’une finesse exquise. Rien n’y pèse. Tout y respire. Les tempi s’inclinent, s’étirent, se resserrent avec une élégance qui nous ravit.
Mais Rameau est aussi superbement chanté par le ténor Reinoud van Mechelen, le baryton Andreas Wolf, et par celle dont le soprano enchante la soirée, Sophie Junker. Ces trois très belles voix suivent à merveille les inflexions de la partition, soignent ses ralentis, suspendent ses fins de phrase. La totale maîtrise de l’art baroque !
L’histoire de Castor et Pollux est celle de deux frères dont le second est immortel et le premier ne l’est pas. Tous deux soupirent pour la même femme. Pollux, par amour fraternel, sacrifie sa vie afin de faire remonter Castor des enfers. Mais Jupiter finit par donner l’immortalité aux deux en les transformant en constellation des Gémeaux. Happy end où l’on célèbre dans la joie la « Fête de l’univers » !
La mise en scène d’Edward Clug constitue un vrai paradoxe : elle présente une succession de tableaux esthétiques qui apparaissent en harmonie avec la musique de Rameau mais fait usage d’objets dépourvus de toute magie : caddies de supermarché, bouteilles en plastique, parapluies ! On ne vous dit pas notre étonnement quand on voit Castor sortir des enfers en poussant son caddie comme dans les rayons d’une grande surface tout en chantant son air « Séjour de l’éternelle paix » ! Quant aux bouteilles, lorsqu’elles sont renversées, elles inondent la scène sur laquelle glissent et se vautrent des danseurs aux collants couleur chair. Il doit y avoir là dedans toute une symbolique dont il nous manque les clés. Renseignement pris, il paraît que les caddies sont les « véhicules porteurs des corps et des âmes ». Il fallait y penser !… Et pourtant, malgré ces délires, le résultat, noyé dans la pénombre ambiante est esthétique, répétons le.
Dans la distribution, il y a encore la mezzo Eve-Marie Hubeaux, bien investie dans son rôle de Phébé, mais à la voix inégalement timbrée sur l’ensemble de la tessiture. De son côté, le Jupiter noble d’Alexandre Duhamel impose sa stature. Nous avons aussi remarqué l’« ombre heureuse » de la soprano Giulia Bolcato. Le Choeur du GTG est également remarquable.
Et, au bout du compte, répétons le, celui qui a le dernier mot, c’est… Rameau !
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CRITIQUE, opéra. GENEVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 19 mars 2026. RAMEAU : Castor et Pollux. R. van Mechelen, A. Wolf, S. Junker… Edward Clug / Leonardo Garcia Alarcon. Crédit photographique (c) Carole Parodi






