La soirée du 11 juillet 2026 restera gravée comme l’un des sommets de ce qui s’appelle maintenant le Nouveau Festival Radio-France Occitanie Montpellier (dirigé depuis 2023 par Michel Orier, directeur de la Musique à Radio-France), lors de cette 41ème édition qui court cette année du 5 au 18 juillet. Et pour cette unique représentation (en version de concert…) de Tristan und Isolde, l’Opéra Berlioz a vibré d’une tension et d’une énergie particulières, celle des grandes nuits wagnériennes où la musique semble suspendre le temps. Réunissant l’Orchestre Philharmonique de Radio France au grand complet, son nouveau directeur musical (à partir de septembre 2026), le chef néerlandais Jaap van Zweden, et une distribution vocale de premier ordre, le chef d’oeuvre de Richard Wagner (au passage, notre opéra préféré…) aura tenu toutes ses promesses – et c’est un véritable électrochoc musical qui a saisi un public venu des quatre coins de la France (et de bien au-delà…) pour l’événement, conquis par l’ouvrage que Wagner décrivait lui-même comme une œuvre capable de rendre fou quiconque osait l’aborder.
Tout, ou presque, tenait à la direction magistrale du chef néerlandais Jaap van Zweden, dont la lecture de la partition fut tout simplement souveraine. Installant d’emblée une tension chromatique irrépressible, il a sculpté le célèbre Prélude avec une grande maestria, faisant de l’orchestre le véritable personnage du drame. Loin d’une interprétation alanguie, Van Zweden a choisi des tempi énergiques et nerveux, qui ont maintenu une ligne dramatique d’une grande cohérence sur les quatre heures de l’œuvre. Les cordes, d’une présence compacte et d’un lyrisme brûlant, ont dessiné des vagues sonores d’une beauté envoûtante, tandis que les cuivres, dans des moments d’une puissance quasi tellurique, n’ont jamais sombré dans la simple démonstration de force. L’engagement physique du chef, vibrant et communicatif, a insufflé à l’ensemble une énergie collective qui a permis à cette fresque symphonique de respirer sans jamais s’alourdir, trouvant un équilibre parfait entre les élans passionnés du second acte et la désolation transcendée du troisième.
Face à cette débauche orchestrale, une équipe vocale hors pair a su se hisser à la hauteur de l’enjeu . Dans le rôle-titre, le ténor australien Stuart Skelton a confirmé son statut de l’un des plus grands Tristan de sa génération. Si sa silhouette imposante s’allège à mesure que son chant s’affirme, sa voix, vaillante, corsée et d’une endurance exemplaire, a porté toute la détresse et l’extase du héros wagnérien. Face à lui, Anja Kampe était une Isolde impériale, tout en puissance et en autorité vocale. Sa voix, capable de dominer l’immense orchestre dans les échanges les plus enflammés du premier acte, a trouvé dans la célèbre Liebestod une intensité dramatique et une fragilité bouleversante, offrant l’image d’une héroïne véritablement consumée par l’amour et la mort.
Le reste de la distribution était à l’avenant. Le roi Marke de la basse coréenne Kwangchul Youn, au vibrato marqué et à la noblesse naturelle, a conféré à son long monologue une dimension d’une humanité poignante. La mezzo allemande Tanja Ariane Baumgartner était une Brangäne somptueuse, à la voix riche et au timbre profond, parfait complément de l’incandescence d’Anja Kampe. Le Chœur d’Hommes de Radio France, dans ses brèves mais cruciales interventions, a apporté une couleur sombre et une homogénéité impeccables. Les rôles secondaires furent également tenus avec une maîtrise confondante, en particulier l’excellent Bergsvein Toverud en Pâtre et Jeune Marin, et le Melot plus que prometteur du jeune ténor Alexandre Marev. Seul le Kurwenal de Iain Paterson, chanteur pourtant rompu à ce répertoire, a connu une soirée plus difficile. Visiblement gêné dès le troisième acte, sa voix, d’ordinaire si robuste, s’est engorgée, et de nombreux graillons ont altéré la clarté de sa prestation, une petite ombre au tableau dans un contexte par ailleurs flamboyant…
Malgré cette unique réserve, la soirée restera comme une page mémorable du festival, une célébration de l’opéra comme art du souffle collectif, où la musique a su, le temps d’une représentation unique, accomplir son œuvre d’envoûtement absolu. Ce Tristan montpelliérain était bien un événement à inscrire en lettres d’or dans l’histoire du Nouveau Festival de Radio France Occitanie Montpellier !
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CRITIQUE, festival. Nouveau Festival RADIO-FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER (Opéra Berlioz), le 11 juillet 2026. WAGNER : Tristan und Isolde. S. Skelton, A. Kampe, K. Youn, T. A. Baumgartner… Choeur et Orchestre Philharmonique de Radio-France, Jaap van Zweden (direction). Crédit photographique © Alyssa Leroy







