vendredi 2 octobre 2026

CRITIQUE, festival. MARSEILLE, 24e Festival « Mars en Baroque » (Temple de Grignan), le 15 mars 2026. C. MONTEVERDI / G. VALENTINI. Ensemble Concerto Soave, Marc Mauillon et Romain Bockler (barytons), Jean-Marc Aymes (Clavecin et direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le Festival « Mars en Baroque«  s’est imposé au fil des ans comme le rendez-vous incontournable de la vie musicale marseillaise chaque début de printemps. Pour cette 24e édition (qui se déroule du 1er au 27 mars cette année), la manifestation phocéenne imaginée par ses deux directeurs artistiques – le chef et claveciniste Jean-Marc Aymes et le jeune baryton Français Romain Bockler – explore avec érudition et gourmandise les jeux de va-et-vient, les migrations et les métamorphoses de l’art baroque à travers l’Europe  L’affiche de cette année, riche d’ensembles prestigieux (La Chapelle Rhénane, Les Kapsber’girls, Ensemble Jacques Moderne) et de solistes de renom (Amandine Beyer, Salomé Gasselin…), résonne comme un vaste voyage musical, des rives de la Méditerranée aux cours d’Europe centrale. C’est dans ce cadre que s’inscrivait, le 15 mars, l’événement très attendu de l’ensemble Concerto Soave – dans un programme intitulé « Soave Libertate« , consacré aux Madrigaux du grand Claudio Monteverdi et du plus secret Giovanni Valentini, au cœur du principal écrin du festival : le Temple de Grignan.

 

Il est des lieux où la musique semble avoir élu domicile. Le Temple de Grignan, avec sa sobre façade néoclassique et son intérieur à la basilicale inspiré du Temple de Charenton, est de ceux-là. Rue de la Tolérance, comme on la surnommait au XIXe siècle, l’acoustique à la fois claire et chaleureuse du lieu, baignée par la lumière zénithale qui filtre des plafonds à caissons, offre un écrin d’une rare élégance aux voix et aux instruments anciens. Ce soir-là, la salle était comble, le public, fidèle et connaisseur, vibrant d’une impatience à peine contenue à l’idée d’entendre deux des plus fins barytons français se mesurer aux duos du maître de Venise et de son contemporain trop méconnu.

Sous le titre évocateur de « Soave Libertate », le programme proposait donc un face-à-face passionnant entre les madrigaux de Claudio Monteverdi et ceux de Giovanni Valentini, musicien et poète virtuose, presque un mythe pour les amateurs du premier baroque. D’un côté, la familiarité géniale du Crémonais, de l’autre, la découverte d’un compositeur éblouissant qui fut Kapellmeister à la cour de Vienne. Pour incarner ce dialogue, Jean-Marc Aymes avait réuni deux artistes au sommet de leur art : Romain Bockler, co-directeur artistique du festival, mais aussi du Concerto Soave, et l’invité Marc Mauillon, dont la science du répertoire ancien n’est plus à démontrer.

D’emblée, la complicité entre les deux hommes a sauté aux oreilles. Dans les duos virtuoses, comme ceux extraits du Septième Livre de Madrigaux de Monteverdi, leurs voix se sont entrelacées avec une précision d’orfèvre, rivalisant de finesse dans les ornements et les diminuzioni. Le timbre chaud et projeté de Romain Bockler, que l’on a récemment pu entendre dans un répertoire Campra chez Ricercar, y dialoguait avec l’élégance plus racée et la diction ciselée de Marc Mauillon. Dans les moments plus introspectifs, comme dans les Lamenti ou les pièces poignantes de Valentini, l’émotion était palpable : le public retenait son souffle, saisi par l’intensité dramatique de ce duo, où l’échange amoureux se faisait tantôt rivalité, tantôt plainte commune.

Mais cette soirée n’aurait pas été aussi éclatante sans le travail de fourmi de l’écrin instrumental qui enveloppait les voix. Autour de Jean-Marc Aymes, installé avec une autorité discrète au clavecin et à l’orgue, trois musiciens de premier plan tissaient la trame de la basse continue. Mention spéciale au théorbe d’Ulrike Gaston Larsen, dont les arpèges profonds et les volutes délicates apportaient une respiration presque méditative, et à la harpiste Manon Papaserglio, dont les interventions perlées ajoutaient une touche d’éclat sensuel. Leur complice Flore Seube, à la viole de gambe ou au lirone, complétait cette section rythmique du XVIIe siècle avec une souplesse et une inventivité confondantes. Le génie de cette phalange a également éclaté dans les rares mais précieuses plages purement instrumentales du programme. Une Chaconne de Storace ou une Sinfonia de Rossi sont venues capté l’attention des auditeurs : dans ces moments sans voix, ce sont les instruments qui « chantaient », reprenant à leur compte la rhétorique des madrigaux. On y a entendu un dialogue tout aussi virtuose entre le clavier de Jean-Marc Aymes et les cordes pincées, rappelant que l’invention mélodique du premier baroque italien n’est pas l’apanage de la seule voix. Ces pièces, véritables écrins instrumentaux, agissaient comme des respirations, des interludes permettant de savourer la science de l’écriture et la complicité de l’ensemble.

A la fin du concert, le public marseillais a longuement acclamé les cinq artistes. Jean-Marc Aymes, Romain Bockler et Marc Mauillon, main dans la main avec leurs trois complices instrumentistes, ont salué, rappelés à plusieurs reprises par une salle conquise. Ce triomphe, mérité, consacrait une vision du baroque vivante, savante et passionnée. Car en offrant une voix à Valentini, ce trop rare génie, et en redonnant ses lettres de noblesse au duo vocal, Concerto Soave a une fois de plus prouvé que Marseille est bien une capitale du baroque. Sous l’impulsion de Jean-Marc Aymes et de Romain Bockler, cette 24e édition de « Mars en Baroque » tient toutes ses promesses : celle d’un art en mouvement, éternellement renaissant !

 

 

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CRITIQUE, festival. MARSEILLE, 24e Festival « Mars en Baroque » (Temple de Grignan), le 15 mars 2026. C. MONTEVERDI / G. VALENTINI. Ensemble Concerto Soave, Marc Mauillon et Romain Bockler (barytons), Jean-Marc Aymes (Clavecin et direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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