Ce 10 avril 2026 restera à jamais gravé dans les annales du 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence comme une véritable offrande musicale. Devant un public médusé, puis debout, hurlant son bonheur, trois entités sacrées ont scellé un pacte : Martha Argerich, la « Lionne » immortelle, l’Orchestre Philharmonique de Munich, phalange européenne d’exception, en résidence pour 3 années au festival provençal, et Lahav Shani, le jeune chef israélien à l’incroyable talent.
Dès les trois premières notes du 2e Concerto pour piano de Ludwig van Beethoven, on a compris : la légende n’a pas pris une ride, elle s’est patinée d’or. La pianiste argentine Martha Argerich, plus féline que jamais, s’est approchée du clavier avec une grâce féroce. Ses doigts, tantôt caressant les touches avec une douceur de velours, tantôt les mordant avec un feu sacré, ont révélé ce concerto beethovénien sous un jour inédit. Le dialogue avec le Philharmonique de Munich, sous la baguette racée de Lahav Shani, fut d’une intelligence rare : un jeu de miroirs où l’orchestre ne se contentait pas d’accompagner, mais respirait avec la soliste. Après le dernier accord, une explosion, puis une standing ovation qui n’en finissait pas. Et là, offrande suprême, Martha Argerich, plus espiègle que jamais, a offert un bis renversant : un extrait de la Sonate K171 de Domenico Scarlatti. Un éblouissement de cristal et de feu, un bijou de clarté italienne joué avec une légèreté sidérante. En quelques minutes, elle nous a rappelé qu’elle est à la fois la reine du répertoire romantique, mais aussi du réperoire baroque.
L’entracte achevé, place au cataclysme annoncé. La Symphonie n°1 dite « Titan » de Gustav Mahler. Ici, Lahav Shani a pris les rênes de son Orchestre Philharmonique de Munich – l’une des meilleures phalanges européennes, rappelons-le – et a livré une lecture vertigineuse de modernité et de pulsation tellurique. Dès le « Wie ein Naturlaut » initial, cette respiration cosmique, on a senti la nature s’éveiller. Les cordes graves du Philharmonique de Munich ont déployé un tapis sonore d’une profondeur abyssale, tandis que les cors, debout lors du fameux Blumine, chantaient comme des anges un peu ivres. Shani, ce jeune maestro israélien au geste d’une clarté absolue, a sculpté chaque contraste : la danse paysanne un peu lourde du deuxième mouvement, le Kletzmer déchirant et sarcastique du « Frère Jacques » en mineur (avec une contrebasse solo d’une noirceur sublime), jusqu’au Final en apocalypse. Ce dernier mouvement fut une déflagration : la lutte contre le destin, les cuivres éruptifs, les cymbales s’entrechoquant comme des armures, puis cette mélodie d’amour émergeant du chaos… Shani a tenu le public en haleine dans un crescendo d’une tension presque insoutenable. Lorsque l’orchestre a explosé dans l’accord final en majesté, le Grand Théâtre de Provence a tremblé sur ses fondations.
Ce concert fut un sommet. Un de ces moments où l’on se dit : « J’y étais ! ». Le 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence peut s’enorgueillir d’avoir écrit la plus belle page de son histoire. Un concert à marquer d’une pierre blanche – non, d’un diamant. Titanesque, félin… et divin !
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CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Grand-Théâtre de Provence, le 10 avril 2026. BEETHOVEN / MAHLER. Martha Argerich (piano), Orchestre Philharmonique de Munich, Lahav SHANI (direction). Crédit photographique (c) Caroline Doutre






