Dans l’écrin (à la très bonne acoustique) de l’Eglise Saint-Pierre du Vigan, la 49ème édition du festival du Vigan – fondé et porté avec une fidélité remarquable par Christian Debrus depuis son baptême en 1976 – a offert, hier soir 13 août, une expérience musicale d’une belle intensité. Le programme, audacieux, mettait à l’honneur Ludwig van Beethoven sous un jour inhabituel et passionnant : sa trop rare Messe en Ut op. 86 (précédée de l’Ouverture de Coriolan), dans une version épurée pour deux pianos, timbales, et choeur.
Dès les premières mesures de l’Ouverture de Coriolan, l’alchimie s’est installée. Guillaume Corti et Nobuyoshi Shima, aux pianos, ont relevé le défi avec brio. Comment restituer la puissance dramatique et la palette orchestrale de Beethoven avec seulement quatre mains et deux claviers ? Par une maîtrise technique impeccable et une intelligence musicale aiguë. Leurs phrasés étaient tendus, les contrastes saisissants, les lignes mélodiques chantant avec clarté au-dessus des tremblements inquiets des basses. Raphaël Lucas, aux timbales, n’était pas un simple accompagnateur, mais un véritable architecte du drame. Ses roulements sourds, ses frappes précises et puissantes ont insufflé une tension palpable et une profondeur rythmique essentielle, se substituant avec une efficacité remarquable à toute une section de cuivres et de percussions.
Puis vint le temps de la Messe en Ut, Op. 86. Ici, la configuration minimale a opéré une véritable métamorphose. Sous la direction experte et inspirée du vétéran de la direction d‘orchestre qu’est Michel Piquemal, une alchimie remarquable s’est produite entre les forces en présence. Les Chœurs de l’Abbaye de Sylvanès ont démontré une fois de plus leur excellence. Leur précision d’attaque, leur homogénéité, leur engagement dans le texte sacré et leur palette dynamique (des pianissimi enveloppants aux fortissimi éclatants sans jamais de dureté) ont porté l’œuvre avec une ferveur et une clarté textuelle exemplaires. La version pour deux pianos a dévoilé des facettes souvent masquées dans l’orchestration traditionnelle : la complexité contrapuntique, la beauté des lignes vocales mises en relief, et une certaine intimité spirituelle.
Le quatuor de solistes, réuni pour l’occasion, a brillé individuellement et en parfaite synergie. Un véritable coup de chapeau à Amélie Boudeau (soprano), appelée en dernière minute pour remplacer Anne Calloni, elle-même indisposée, et qui s’est réveillée avec une laryngite – tandis que rien n’y a paru ! Son chant fut d’une pureté et d’une assurance émouvantes, particulièrement dans le « Benedictus« . Gaëlle Mallada (mezzo-soprano) a apporté une chaleur et une rondeur de timbre parfaites, tandis que Boris Mychajliszyn (ténor) a fait preuve d’une vaillance et d’une projection généreuse. Mais c’est incontestablement le baryton coréen Jiwon Song qui a marqué les esprits par son autorité naturelle, la beauté sombre et puissante de son timbre, et sa présence scénique magnétique. Son intervention dans l’ »Agnus Dei » fut un moment d’une profonde humanité.
Les deux pianistes, Corti et Shima, ont été les véritables piliers de cette architecture sonore. Leur jeu était d’une précision et d’une sensibilité constantes, passant de l’accompagnement discret et soutenant au dialogue concertant avec les voix et les timbales avec une fluidité et une écoute mutuelle admirables. Raphaël Lucas a continué son travail remarquable aux timbales, apportant couleurs, accents et une dimension presque spatiale à l’ensemble, particulièrement dans les moments les plus solennels du « Gloria » et du « Credo« .
Michel Piquemal a dirigé cette œuvre complexe avec une grande clarté et un sens inné de l’équilibre. Il a su tirer parti de la transparence offerte par l’effectif réduit pour mettre en valeur la profondeur spirituelle et la force expressive de la partition de Beethoven, sans jamais sacrifier son énergie vitale. Les fugues finales du « Gloria » et du « Credo » ont ainsi jailli avec une vitalité et une lisibilité confondantes.
Cette soirée dans la belle région du sud des Cévennes fut une démonstration éclatante de la vitalité et de l’audace du Festival du Vigan. Christian Debrus peut être fier d’avoir offert, pour cette 49ème édition, une exécution du chef d’œuvre de Beethoven aussi originale et réussie, révélée sous un jour nouveau par une configuration instrumentale rare et passionnante. L’émotion palpable à la fin du « Dona nobis pacem« , sous les hautes voûtes de l’église, était un témoignage éloquent du succès de cette entreprise artistique. Un seul mot d’ordre résonnait à la sortie du lieu sacré viganais : Vivement les 50 ans !
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CRITIQUE, festival. 49ème Festival du VIGAN (Eglise Saint-Pierre), le 13 août 2025. L. van BEETHOVEN : Ouverture « Coriolan » et « Messe en Ut ». Amélie BOUDEAU (soprano,) Gaëlle MALLADA (mezzo-soprano), Boris MYCHAJLISZYN (ténor) et Jiwon SON (baryton), Choeur de l’Abbaye de Sylvanès, Michel Piquemal (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu
Le Festival du Vigan se poursuit jusqu’au 20 août 2025 – Programme complet sur https://www.festivalduvigan.fr/






