jeudi 1 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 47èmes Semaines Musicales de Quimper (Jardin de l’Evêché), les 13 & 15 août 2026. VILLA-LOBOS, MILHAUD, C. GONZAGA, BEL AIR DE FORRO, NORDESTINOZ…

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Sabine Teulon-Lardic
Sabine Teulon-Lardic
Critique et Musicologue : l'un nourrit l'autre et vice versa ! Sabine a écrit une Thèse sur l'opéra-comique au XIXe siècle.
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En ce mois d’août 2026, la 47ème édition des Semaines musicales de Quimper met le cap sur le Brésil. Les récitals de piano, guitare, cavaquinho et de mélodies côtoient les orchestres de samba et les groupes brésilo-bretons dans le Jardin de l’Evêché, au pied de la Cathédrale Saint-Corentin. Vivent les musiques en dialogue!

 

Après la traversée en Andalousie (2024), puis celle à Cuba (2025), le festival quimpérois met le cap sur le Brésil en présence de la Vice-consule du Brésil en France. Comme lors de l’édition cubaine, les présentations documentées de Marcel Quillévéré (producteur sur France Musique) animent les récitals. Sur quatre jours d’intense activité festivalière, nous avons écouté un récital de piano et les musiques populaires, tous acclamés par le public.

On parle souvent de complicité musicale entre les interprètes d’une formation. Ce 13 août, le dialogue complice entre la pianiste Juliana Steinbach et l’ethnomusicologue Marcel Quillévéré était de cet ordre-là, sur le modèle informel d’une traversée radiophonique entre Europe et Brésil, nourrie de fragments épistoliers. En préambule, le public découvre donc le répertoire de salon et d’opéra brésiliens (transcrit au piano) du XIXe siècle, adapté des danses européennes. Les rythmes entêtants de maxixe (tango dit brésilien) sont chaloupés chez la compositrice Chiquinha Gonzaga, plus chahutés avec Ernesto Nazareth, improvisateur des cinémas de Rio de Janeiro. Francisco Mignone, compositeur d’opéra, dote la congada (célébration religieuse d’esclaves afrodescendants) d’éclairages harmoniques savants. La traversée à double mouvement se poursuit avec Heitor Villa-Lobos – qui se qualifiait d’« Indien blanc » pour le public européen –, entremêlée à celle de Darius Milhaud, attaché culturel français à Rio auprès de Paul Claudel (1917-1918). Familière de ce répertoire, la pianiste franco-brésilienne sélectionne certaines danses stylisées que ce dernier incorpore dans son cycle Saudades do Brasil. Si leurs sous-titres dessinent une cartographie depuis Rio jusqu’au littoral, une même nostalgie anime les tangos et sambas « exotisés » de Sorocaba et la polytonalité de Botafogo, alors que les ostinati complexes et superposés d’Ipanema se déploient avec virtuosité. Différemment, le jeu volontairement percussif enflamme sa sélection du Ciclo brasileiro (1936) avec une pâte sonore dense, sans doute un peu trop monolithique dans le toucher et les nuances. L’accalmie d’Impressões Seresteiras, sous l’influence de l’impressionnisme français, cède la place à la rutilance des danses. Elle culmine dans Festa no Sertão qui libère une vitalité fougueuse et martelée (toccata), déchaînant les applaudissements du public.

Entre les côtes bretonnes et celles du Brésil, les musiciens seraient-ils aussi aventureux que les marins ? Il faut dire que le fonds commun de danses caractéristiques les rapproche intimement : celles de la capitale de Cornouailles comme celles afro-brésiliennes ! Aussi, le Festival quimpérois a judicieusement organisé un double espace pour que l’écoute des spectateurs s’harmonise à la pratique dansée, élaborée dans les ateliers de danse parallèles au festival. Les auditeurs sont assis sous le barnum abritant la scène tandis que les danseurs bénéficient du fond de salle, prolongé par le jardin de l’Evêché.

La soirée du 15 août offre la richesse de l’interculturalité brésilo-bretonne avec deux groupes de haut vol. Bel Air de Forró (2012) communique une alchimie envoûtante et rodée par trois artistes accomplis : la chanteuse brésilienne Mariana Caetano, à la chaude voix rauque, le percussionniste virtuose Marcelo Costa et l’accordéoniste inspiré Yann le Corre, issu de la nouvelle vague bretonne. Développé dans les terres du Sertão, craquelées par le soleil, le forró vibre sur une rythmique trépidante que martèle la zabumba (grosse caisse plate, frappée de deux mailloches) ou le pandeiro, alliés au triangle. Grâce aux travailleurs Nordestins exilés, le forró a voyagé vers les mégapoles brésiliennes … et jusqu’en terre bretonne où la rythmique vigoureuse des danses de fest-noz (gavotte, plinn) s’avère une passerelle pour cette fusion créative. Avec ce trio, la transe du forró devient un partage avec les festivaliers par les refrains chantonnés.

Quant à Nordestinoz, il diffuse une fièvre immersive pour les danseurs et auditeurs. Le groupe de six musiciens (chanteuses, flûte, violon, accordéon, percus) semble capter le point commun entre danses brésiliennes et bretonnes : une battue à 2/4, aux accentuations certes différentes. Sans déracinement, leur répertoire de bal invente cette fusion virevoltante avec une énergie vitaminée. Celle-ci est autant vocale qu’instrumentale avec des chorus inventifs – mention spéciale au flûtiste Jean-Luc Thomas – et quelques contrepoints hypnotiques. Aussi, leur bis dans lequel se mêlent danseurs et musiciens au pied de la scène symbolise-t-il l’attractivité fédératrice du festival, un aspect développé par l’actuelle direction.

Si l’éclipse solaire du 12 août a momentanément fait de l’ombre au festival – les rivages de Cornouaille sont propices au coucher de l’astre… –, la fréquentation est repartie dès le lendemain. Sur un même espace festivalier, artistes inspirés et publics mixtes prennent le large au coude-à-coude !

 

 

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CRITIQUE, festival. 47émes Semaines Musicales de Quimper (Jardin de l’Evêché), les 13 & 15 août 2026. VILLA-LOBOS, MILHAUD, C. GONZAGA, BEL AIR DE FORRO, NORDESTINOZ… Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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