Pour cette 10ème édition du festival « Opéra et Concerts au coucher de Soleil », toujours dans l’idyllique écrin de la Place de la Croix au Vieil-Oppède (dans le Luberon), le chef français Cyril Diederich (fondateur et directeur de la manifestation provençale) a offert une lecture de La Bohème de Giacomo Puccini qui a réussi la gageure de faire oublier les fastes des grandes scènes pour ne garder que l’essence de l’œuvre. Sous sa baguette alerte, le Paris Symphonic Orchestra (composée des meilleurs instrumentistes des formations parisiennes) a déployé une belle palette de couleurs, tissant une toile sonore qui a épousé avec naturel les frémissements de la nuit provençale.
La magie opère d’emblée, grâce au cadre naturel et somptueux du spectacle, qui semble avoir été imaginé pour accueillir les amours contrariées de Mimi et Rodolfo : la muraille millénaire de la cité médiévale, le majestueux micocoulier centenaire, et ce ciel illuminé d’étoiles, sous lequel Puccini fait chanter ses plus belles mélodies ce soir. La mise en scène, volontairement sobre, signée Cyril Diederich et les solistes vocaux, fait le choix d’une épure qui laisse toute sa place à la musique. Les costumes, d’une superbe élégance, et quelques accessoires essentiels, comme le poêle du I ou le divan où Mimi expire au IV, suffisent à planter un décor d’une vérité touchante.
Mais c’est bien sûr la distribution qui emporte l’adhésion. La soprano Ukrainienne Inna Kalugina, en Mimi bouleversante (après sa Violetta dans La Traviata, il y a un an jour pour jour !), possède ce timbre à la fois fragile et lumineux qui semble flotter dans l’air chaud du Luberon. Sa voix, d’une intensité poignante, trouve un écho parfait dans le Rodolfo du ténor corse Jean-François Marras, au charisme évident et au legato ardent. Leur « O soave fanciulla« , à la fin du premier acte, est un moment de grâce, un de ces instants suspendus où la musique semble s’arrêter pour mieux enlacer les cœurs. Les seconds rôles ne sont pas en reste : Antonino Giacobbe (Germont père, l’an passé) campe un Marcello truculent et généreux, tandis que Daria Mykolenko incarne une Musette espiègle et vocalement éclatante. De son côté, le baryton Trystan Aguerre campe un Schaunard enjoué, espiègle et d’une belle,agilité vocale saisissante, quand la basse chinoise Zhiyi Zhu offre ses beaux graves au personnage de Colline, tout en délivrant un touchant « Vecchia zimarra« . Enfin, Olivier Lagarde complète efficacement la distribution, dans la double partie de Benoît et d’Alcindoro, sans oublier de mentionner le Parpignol bondissant de Francesco Valadez Aguilera. La scène du Café Momus, réinventée par la présence de trois comédiennes-chanteuses (Annie Dydynski Gao, Serafima Liberman, et Catherine Moss) incarnant le Choeur d’enfants, prend une fraîcheur et une verve toute nouvelle, tandis que deux autres chanteuses (Laurine Martinez et Olga Kreps) viennent renforcer les solistes dans les parties chorales.
Le temps d’une soirée, le magnifique village perché du Vieil-Oppède s’est mué en un théâtre à ciel ouvert, où chaque recoin semble résonner de l’âme de Puccini. La direction musicale de Cyril Diederich, qui a maîtrisé les moindres nuances de la partition, malgré sa formation restreinte (dans une réduction orchestrale due à Jean-Philippe Kuzma), a offert une interprétation pleine de vie et de pathos, portée par les quinze instrumentistes du Paris Symphonic Orchestra, tandis que les lumières d’Olivier Daulon ont sculpté les murailles et les visages avec une poésie qui ont magnifié le drame.
Le nombreux public – rassemblé en arc de cercle autour de l’estrade qui supportait la formation orchestrale – est visiblement ressorti ému et enchanté par sa soirée, conscient d’avoir assisté à quelque chose d’à la fois intemporel et profondément ancré dans l’instant présent !…
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CRITIQUE, festival. 10ème Festival « Opéra & Concerts au Coucher du soleil » (Place de la Croix à Oppède-le-Vieux), le 15 août 2026. PUCCINI : « La Bohème ». I. Kalugina, J. F. Marras, A. Giacobbe, D. Mykolenko… Paris Symphonic Orchestra, Cyril Diederich (direction musicale). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu








