mardi 29 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 43ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Studio Bagouet, le 2 juillet 2023. « A bras-le-corps » par Boris CHARMATZ et Dimitri CHAMBLAS

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Il y a des œuvres qui traversent les décennies sans prendre une ride, et « À bras-le-corps » en est la preuve éclatante. Présenté dans le cadre du 43ᵉ festival Montpellier Danse, le mythique duo de Boris Charmatz et Dimitri Chamblas a offert au public du Théâtre de l’Agora une leçon magistrale de ce que peut être la danse quand elle se fait combat, amitié et confession intime. Ce spectacle, créé en 1993 alors que ses interprètes avaient à peine 17 et 19 ans, est depuis devenu une pièce culte de la « nouvelle danse » française, inscrite au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Mais le voir renaître trente ans plus tard, porté par les corps aujourd’hui matures de ses créateurs, relève d’une véritable expérience sensorielle et émotionnelle.

 

« À bras-le-corps » : trente ans après, le choc des corps reste intact

 

Sur l’espace en carré de Studio Baouet, les spectateurs sont placés au plus près des deux interprètes. On pourrait presque toucher le ring improvisé sur lequel ces deux hommes vont s’affronter et s’aimer. Cette intimité forcée supprime toute frontière et toute échappatoire. On n’est pas spectateur d’un spectacle, on est témoin d’un pacte, d’un dialogue physique aussi brutal que poétique. La puissance de l’œuvre réside dans cette évidence : ce n’est pas une reprise nostalgique, c’est une réinvention permanente, une confrontation avec le temps qui passe, avec les corps qui changent. Charmatz et Chamblas n’ignorent pas les fragilités que l’âge ajoute à leur duel de titans, ils les exposent, les intègrent, et c’est ce qui rend la performance si bouleversante.

 

 

Portés par les Caprices de Paganini, les deux acolytes déploient une énergie phénoménale. On assiste à une escalade de prises, de luttes, de chutes, un véritable fighting dance où se mêlent la virilité brute, l’ironie et une complicité fraternelle indéfectible. Les gestes sont ciselés, sauts, torsions, empoignades, tout semble à la fois millimétré et jailli de l’instant. Mais ce qui saisit le plus, c’est l’humanité qui se dégage de l’épuisement. On voit la fatigue, les corps qui s’essoufflent, la peau qui rougit. Ils ne se cachent pas, ils dansent la vérité de leur âge, la transforment en résistance.

À bras-le-corps est un manifeste sur l’amitié et la transmission. Au-delà du choc visuel, la pièce laisse un sentiment de plénitude, presque de catharsis. Les deux danseurs, exténués mais complices, finissent assis côte à côte. Le public prend alors conscience d’avoir assisté à un moment d’histoire, à la célébration d’un lien que le temps n’a fait que renforcer. Un grand moment d’émotion collective pour cette 43e édition de Montpellier Danse, qui confirme que certaines œuvres deviennent immortelles parce qu’elles sont, simplement, humaines.

 

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CRITIQUE, festival. 43ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Studio Bagouet, le 2 juillet 2023. « A bras-le-corps » par Boris CHARMATZ et Dimitri CHAMBLAS. Crédit photographiqe (c) Maximilian Pramatarov

 

 

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