jeudi 29 octobre 2026

CRITIQUE, Festival. 40e Festival Castell de Peralada (II), Mirador del Castell, le 25 juillet 2026. Carles PRAT : Estètica i Massacre (création). Maria Patak, Carlos Varela… Oriol Pla, mise en scène / Cares Prat, direction

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Le Festival de Peralada poursuit son activité créatrice en proposant chaque été au moins une création lyrique. Pour sa 40e édition, il affiche en seconde partie de soirée (22h30), ce 25 juillet, « Estètica i Massacre », nouvel ouvrage très séduisant musicalement qui surfe sur plusieurs thèmes actuels : la question du genre, la chirurgie esthétique, les diktats des réseaux sociaux…

 

 

 

 

Ce soir c’est une partition délirante, affûtée qui après avoir été réalisée dans un format court, au Liceu de Barcelone, se déploie dans sa version complète [en 2 actes], affublée d’une seconde partie plus critique et ironique encore que le volet initial.

En questionnant la norme esthétique qu’imposent jusqu’à l’hystérie, les codes des réseaux sociaux, la librettiste Carlotta Gurt questionne d’une façon générale le rapport de l’individu et du corps social, de la singularité particulière et de la pression des usages collectifs… Son livret évoque précisément la torture exercée au final sur les corps et les esprits insatisfaits en quête de beauté « parfaite » . Au nom de l’esthétique, c’est bien un massacre organisé (et bien markété) qui s’impose. Une torture qui doit être questionnée à sa juste mesure… ce que réalise l’opéra présenté en création ce soir, au Mirador de Peralada.

 

 

 

La première partie met en scène un couple confronté aux diktats esthétiques cultivés / martelés par la société et les réseaux sociaux ; après avoir succombé aux promesses de la chirurgie esthétique, l’épouse entre en rébellion et rejette toute atteinte à son être naturel, quand son compagnon tombe à l’inverse, dans la spirale de l’auto célébration narcissique, jusqu’à basculer dans le changement de genre : extensions, prothèses, manucure des ongles à l’appui… tout est bon pour gagner plus de notoriété numérique.

La créature transgenre occupe et pilote toute la seconde partie, son point culminant étant un show télévisé ou « il / elle » réalise l’entretien d’un autre double monstrueux… La séquence est d’autant plus pertinente qu’elle inclut le public en temps réel ; les spectateurs du Mirador devenant les vrais spectateurs de cette vraie fausse émission en direct.

Le flux musical donne l’épaisseur des personnages ; exprime leur questionnements, revirements, attentes et illusoires conquêtes… Tout cela souligne combien cette beauté artificielle est la cause d’une violence intime profonde. Ce croisement sémantique (apparence / essence) fonde la justesse du sujet et rend son traitement lyrique, de principe prometteur.

 

 

L’opéra de chambre file en 1h de temps, dans un théâtre critique, aux accents satiriques, sur les dérives de notre société, épinglant précisément ce en quoi la quête illusoire d’une beauté commerciale à force d’opérations et d’interventions sur le corps, réalise de fait un « massacre » (pou reprendre le titre de l’opéra) ; telle quête délirante ruine l’identité profonde et affecte sérieusement l’équilibre psychique. En faisant l’expérience de cette chute existentielle, les deux protagonistes se retrouvent à la fin, en se mettant à nu [au sens strict] : nouveaux Adam et Eve, ils re-découvrent les vertus de la vérité : en risquant de la perdre de façon irréversible, chacun des deux comprend et mesure ce qui a été en jeu tout du long : son identité profonde.

Le sujet est d’autant mieux abordé que la réalisation musicale est efficace et très articulée sous la direction du compositeur ; les instruments soulignant le relief d’une écriture vocale s’apparentant à un parlé-chanté continu, fluide et expressif, sans distorsion ou accents stridents comme souvent. Au contraire, le style du compositeur Catalan Carles Prat opte pour une fusion délectable chant / instruments. Cette séduction formelle ajoute à la réussite du spectacle entièrement chanté en catalan (avec lors de la représentation, les sous-titres en espagnol). Très impliqués, les deux jeunes solistes redoublent de précision et de nuances expressives en particulier le baryton Carlos Varela.

Le livret met à jour les tensions maquillées, perce la vacuité des artifices et l’insondable vanité humaine. Et les 4 instrumentistes en réalisent la parure constamment active, admirablement fusionnée au chant des deux solistes, les saillies facétieuses (car l’humour souvent le dispute au cynisme), comme les déchirements intérieures du baryton ou de la soprano [accompagnement du violon solo]. Incisif sans être véritablement mordant, le drame est un sans faute, de surcroit dans une réalisation scénique elle aussi claire et très efficace. L’inédit s’affirme à Perelada avec brio, et demain encore, avec la création du cycle de 14 mélodies inédites, composées par Alberto Garcia Demestres sur les textes de Cristina Pavarotti (dim 26 juillet 2026).

 

Carles Prat : Estética i massacre, opéra en création © Festival Peralada 2026

 

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CRITIQUE, festival. 40ème Festival Castell de Perelada (II), Mirador del Castell de Peralada, le 25 juillet 2026. Carles PRAT : Estètica i Massacre » (création). Avec Maria Patak, Carlos Varela… Oriol Pla, mise en scène / Carles Prat, direction musicale

 

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