mercredi 7 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 17e VARIATIONS MUSICALES DE TANNAY (Suisse), Tente du Château de Tannay, le 21 août 2026. DVORAK / RACHMANINOV / CHOSTAKOVITCH. David KADOUCH (piano), Edgar MOREAU (violoncelle)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Sous la Tente du Château de Tannay, ce vendredi 21 août, s’est tenu le concert d’ouverture tant attendu des 17e Variations Musicales de Tannay. Une soirée placée sous le signe de l’amitié musicale et de l’excellence, avec le retour tant applaudi de deux artistes qui ne sont plus à présenter (à commencer dans cette même ville de Tannay, où les deux compères se sont produit à de multiples reprises) : le violoncelliste prodige Edgar Moreau et le pianiste virtuose David Kadouch. Leur complicité, forgée au fil de plus de dix années de scène et d’enregistrements communs, a une fois de plus opéré sa magie pour le plus grand bonheur d’un public conquis d’avance, sous une tente pleine à craquer.

 

Avant de plonger dans ce programme slave d’une indéniable force émotionnelle, il convient de saluer la vision artistique de ce festival. Depuis l’an passé, c’est le célèbre violoniste albanais Tedi Papavrami qui insuffle une nouvelle dynamique à ces rendez-vous musicaux lémaniques. Son empreinte, faite d’exigence intellectuelle et de passion communicative, se fait déjà sentir – et cette ouverture en est la plus éclatante démonstration.

Le duo Moreau-Kadouch a offert un véritable voyage au cœur de l’âme romantique et tourmentée de l’Europe de l’Est, un programme intitulé à juste titre « Chants et confidences ». La soirée s’est néanmoins ouverte dans le climat chaud et dansant des Sept mélodies tziganes op. 55 n° 4 d’Antonin Dvořák. Ici, le violoncelle de Moreau s’est fait tour à tour langoureux et fougueux, capturant à la perfection l’esprit libre et mélancolique des chants populaires. La complicité entre les deux hommes était à son comble, Kadouch l’accompagnant avec un sens aigu du rythme et de la couleur, comme pour esquisser une danse sous les étoiles. Puis retour à la douceur, presque en apesanteur, grâce la Mélodie pour violoncelle et piano en sol mineur op. 21 n° 9 de Sergueï Rachmaninov. D’emblée, la complicité des deux artistes a enveloppé la tente. David Kadouch, dont le toucher est d’une subtilité infinie, a tissé un écrin délicat autour du violoncelle, tandis qu’Edgar Moreau déployait un chant d’une pureté et d’une nostalgie poignantes. Une confidence murmurée qui a suspendu le temps… et qui a sonné le temps de l’entracte !

 

 

Après les collations d’usage (entre deux averses…), le premier sommet de la soirée fut atteint avec la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 de Rachmaninov. Œuvre massive et architecturée, écrite en 1901 au sortir d’une période de profonde dépression créatrice, elle est un défi d’envergure. Le duo l’a abordée avec une grande maestria. Dans le Lento – Allegro moderato initial, la puissance et la finesse d’Edgar Moreau ont éclaté, son jeu tour à tour héroïque et d’une fragilité déchirante, porté par un piano d’une richesse orchestrale. David Kadouch n’a pas été un simple accompagnateur, mais un partenaire de poids, rivalisant de virtuosité dans les cascades de notes qui font la particularité de cette sonate, sans jamais éclipser le lyrisme du violoncelle. L’Andante fut un moment de pur ravissement, un échange à voix nue où les respirations des deux musiciens ne faisaient qu’un, avant le Finale endiablé. Puis, la soirée s’est achevée en apothéose avec la Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40 de Chostakovitch, composée en 1934. Œuvre aux multiples facettes, elle navigue entre ironie mordante, lyrisme désolé et énergie frénétique. Edgar Moreau, son violoncelle vibrant d’une chaleur presque humaine, et David Kadouch ont su incarner toute l’ambivalence de cette musique. Le Largo, notamment, fut un moment d’une beauté saisissante, une méditation à la fois déchirante et magnifique, annonçant déjà l’univers des grands quatuors du compositeur. Le finale, burlesque et pétillant de malice, a conclu cette fresque en beauté, laissant le public sous le choc de tant d’émotion et de virtuosité.

Après l’apothéose de la Sonate de Chostakovitch et alors que le public, transporté, ne cessait de manifester (bruyamment) son enthousiasme, Edgar Moreau et David Kadouch ont réservé une ultime surprise. De retour sur scène, ils ont offert en bis d’abord une transcription (à eux) de la célèbre Valse n° 2 de Chostakovitch, mais surtout un second bis qui n’avait rien du simple « supplément », mais bien d’une révélation : le mouvement lent de la Sonate pour violoncelle et piano de Rita Strohl, intitulé « Solitude ». Composée en 1887 et publiée une décennie plus tard sous le sous-titre de « Rêverie », cette pièce est une « romance sans parole » d’une pureté et d’une élégie absolues. Le choix de ce morceau, véritable pépite du répertoire français longtemps oublié, a immédiatement scellé l’intensité du moment. Jouée en rappel, ils ont partagé une découverte, exhumant un trésor du répertoire avec une complicité et une sensibilité qui ont touché chaque spectateur au plus profond. Ce fut l’ultime preuve de leur maîtrise et de leur amour du partage, une fin de concert inoubliable !…

Bref, une soirée mémorable, qui confirme que les Variations Musicales de Tannay, sous la houlette avisée de Tedi Papavrami, restent un incontournable de l’été musical suisse.

 

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CRITIQUE, festival. 17e VARIATIONS MUSICALES DE TANNAY (Suisse), Tente du Château de Tannay, le 21 août 2026. DVORAK / RACHMANINOV / CHOSTAKOVITCH. David KADOUCH (piano), Edgar MOREAU (violoncelle). Crédit photographique (c) Nassissi

 

 

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