Pour les 400 ans de la naissance de Giovanni Legrenzi (1626 – 1690) l’ensemble La Fenice aVenire présente un programme inédit conçu spécialement pour le festival Mirabilis autour du musicien natif de Clusone.
Le cycle musical évoque le parcours du compositeur qui marqua profondément le style vénitien, et dont d’immenses compositeurs tels Bach ou Vivaldi furent redevables… Intitulé « Le grazie di Legrenzi« , il présente les différentes facettes du compositeur, qui ont fait son succès entre Claudio Monteverdi et Antonio Vivaldi. Dévoilant depuis des décennies les joyaux oubliés du seicento italiano, La Fenice aVenire joue trois motets pour voix de soprano soliste, issus de l’opera XVII de 1692 ; édition posthume suivant de deux années la mort du compositeur, elle comprend des œuvres manuscrites de maturité, réunies et éditées à Venise par son neveu Giovanni Vareschini.
L’effectif indiqué par l’éditeur vénitien Giuseppe Sala mentionne le trio à cordes classique du « style concertato » [2 violons & violoncelle obligés]. Toutefois, Legrenzi connut de son vivant d’autres instruments « de dessus » (soprani), tels que le cornet à bouquin (cornetto) pour lequel il composa une sonata à 6 voci, ou encore la flûte à bec (flauto) mentionnée dans l’édition posthume ~ opera ultima ~ des Sonate da chiesa o da camera de 1693 ( » per stromenti con trombe & senza, overo flauti »…sic). La première iconographie de flûte à bec baroque « à volutes » apparaît d’ailleurs durant les heures de gloire de notre compositeur, précisément en 1677 à Modena, dans le manuscrit « Compendio musicale » dû à la plume de Bartolomeo Bismantova.
Ainsi paraît le trio classique de 2 violini & violoncello dans le motet marial « O vos delitiarum cultores », puis la flûte / flauto avec le motet « O mirandum mysterium, per il Santissimo Natale » dans sa symbolique pastorale traditionnelle, et enfin les cornets / cornetti sur le « Laetamini in Domino », motet d’exultation dans lesquels instruments et voix (in tympano & choro) sont conviées à la festivité sacrée, « in hymno canoro, in cantu sonoro » !
Le motet à voce sola « Plaudite vocibus » est issu d’un recueil qui contribua largement à la réputation internationale de Legrenzi en son temps ; en effet, les « Acclamationi divote » publiées à Bologne en 1670 traversèrent les Alpes pour être entendues jusqu’à Paris, dont la Bibliothèque Nationale contient encore l’un des exemplaires. Témoin de l’admiration que lui portaient ses contemporains français, le manuscrit d’Anne Danican Philidor contient pas moins de 3 motets soigneusement recopiés de sa plume vers 1700, une décennie après la mort du compositeur transalpin.
Johann-Sebastian Bach lui-même élaboré une « Fugue sur un thème de Legrenzi » (Über ein Thema von Legrenzi), écrite pour l’orgue à pédalier du Kantor de Leipzig. Les musiciens de La Fenice aVenire en propose une relecture italianisante en guise de « retour aux sources », avec le clavecin et le théorbe qui formaient les instruments de basse continue privilégiés des sonates & cantates profanes de Legrenzi.
La sonorité des deux instruments à cordes pincées ne fut pas seulement celle de l’écrin sonore pour la musique vocale : témoin en est l’œuvre du contemporain ferrarais Giovanni Pittoni « Intavolatura di tiorba », publiée elle aussi à Bologne en 1669, un an seulement avant les fameuses « Acclamationi divote » de l’autre / notre Giovanni… Les rôles y sont ici inversés, puisque le théorbe (instrument du virtuose Pittoni) se devait selon ses propres indications d’être accompagné par le clavecin, ce qui révèle une autre image sonore de l’un et l’autre instrument, quasi inversée par rapport à celle couramment admise de nos jours…
La présence de Legrenzi en tant que maestro di capella de l’Accademia del Spirito Santo de Ferrara de 1656 à 1665 laisse à penser que la réputation et l’œuvre de « Giovanni Pittoni ferrarese » parvint jusqu’à ses oreilles, quand bien même notre compositeur ne confia que le rôle de basse continue à l’instrument de Pittoni.
Autre contemporain de Legrenzi, Alessandro Stradella arrive au cours de ses pérégrinations tumultueuses à Venise en 1677 ; Legrenzi y est alors Maestro di coro au Conservatorio dei Mendicanti, et a publié son opera ottava, contenant la Sonata La Buscha ~ per due violini, due cornetti & due bassi. Stradella la découvre dans son effectif si particulièrement vénitien, à une époque où la trompette se fait dejà entendre à travers toute l’italie, en place et lieu de l’archaïque cornetto !
Quoi qu’il en soit, il nous lègue dans les années 1680 un manuscrit dit » da Modena » contenant une sonata » in risposta », à l’effectif identique à celui de la Sonata o canzon « La Buscha ».
À tout seigneur tout honneur : le violon est bel et bien l’instrument-roi omniprésent dans le corpus d’œuvres de Legrenzi, qu’elles soient vocales (sacrées / profanes) ou instrumentales (sonate da camera / sonare da chiesa). L’opera ottava souligne sa préséance, avec deux pièces – dont La Squarzona – écrites pour non moins de 4 violons : un effectif que ne manquera pas de remarquer le musicien et futur prêtre vénitien Antonio Vivaldi, qui écrira son fameux concerto pour 4 violons : celui-là même qui inspira le grand JS Bach (dans sa transcription pour 4 clavecins…) comme le fit un des thèmes de sonates de Legrenzi immortalisé par son art consommé de la fugue.
Les sonates da chiesa o da camera ne sauraient en aucun cas occulter les canzoni & balli de places et ruelles, telles qu’on les entendait de jour et de nuit dès qu’il s’agissait de festoyer, de Bergamo (qui donna son nom au fameux air la Bergamasca) à Naples, où l’on entendait alors « Arie alla napoletana » et autre « Tarentelle ». C’est à cette danse populaire que notre compositeur-violoniste fait sans doute référence dans sa sonate « La Montalbana », écrite pour le duo de violons & basse omniprésent en tout lieu et en tout temps de son vivant.
Quatre siècle après la naissance de son compositeur, qu’elle soit sacrée, profane, théâtrale, instrumentale, intimiste ou solennelle, l’œuvre de Giovanni Legrenzi reste majeure : une source d’inspiration et de découvertes depuis Bach et Vivaldi
« Les grâces dont ils nous fait grâce leur confèrent un caractère universel et intemporel, qui ont jadis séduit l’Europe de Rome à Paris, et les êtres humains de Jean-Sebastien Bach au commun des mortels » précise Jean Tubéry.
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Samedi 22 août 2026, 20h45
Église de la Bienheureuse Vierge du Paradis de Clusone (ITALIE),
dans le cadre de Musica Mirabilis Festival international de musique Giovanni Legrenzi
INFOS & RÉSERVATIONS sur le site du festival mirabilis de Clusone : https://www.rema-eemn.net/members/musica-mirabilis-international-music-festival-giovanni-legrenzi/
Lien direct vers le site du Festival Legrenzi Mirabilis : https://www.visitclusone.it/musica-mirabilis/https://www.visitclusone.it/musica-mirabilis/
Quatrième centenaire de la naissance
de Giovanni Legrenzi
« Le grazie di Legrenzi »,
Musica sacra & strumentale di Giovanni Legrenzi e suoi contemporanei
Ensemble La Fenice aVenire
Jean Tubéry, cornet et direction
Soprano solista : Anastasia Terranova
Cornetti : Jean Tubéry, Benedetta Cerone
Violini : Anaëlle Blanc-Verdin, Margherita Pupulin
Violoncello : Keiko Gomi
Tiorba : Gianluca Geremia
Organo & clavicembalo : Hadrien Jourdan






