CRITIQUE, cd Ă©vĂ©nement. BenoĂźt BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)

babel-benoit-cd-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-review-cd-classiquenews-clic-de-classiquenewsCRITIQUE, cd Ă©vĂ©nement. BenoĂźt BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)   -   DĂ©cĂ©dĂ© Ă  35 ans (en 1661), Louis est une comĂšte qui marque le XVIIĂš par sa fulgurance ici magnifiquement solennelle, enflammĂ©e, douloureuse : le jeu tout en profondeur, articulation, retenue mais grande intensitĂ© de BenoĂźt Babel restitue de Louis, sa prodigieuse invention ; sa couleur Ă©loquente et mystĂ©rieuse ; lui que Louis XIV reconnut comme virtuose maniant
 l’archet (pardessus de viole de la Chambre) ; ses Ɠuvres dont ici enchaĂźnĂ©es, les 6 PiĂšces en la et les 5 piĂšces en rĂ©, n’on jamais Ă©tĂ© publiĂ©es ; il Ă©tait plus que lĂ©gitime de les jouer en en mesurant toutes les facettes contradictoires du gĂ©nie poĂ©tique.
A la gravitas de Louis, sa poĂ©sie soyeuse et sombre (superbe PrĂ©lude initial « à l’imitation de M. Froberger ») rĂ©pond celle plus enjouĂ©e, donc XVIIIĂš, profuse et virtuose de François nĂ© en 1668 ; avant Rameau, rĂ©actulisant la vivacitĂ© critique de l’observateur Saint-Simon mais avec l’esprit pointu voire pointilleux, François Couperin aime brosser le portrait de ses contemporains avec une facĂ©tie parfois insolente voire parodique ; le jeu distingue tous les dĂ©tails et ornements, nuances et effets Ă©maillant les manuscrits autographes d’un auteur hantĂ© par l’exactitude. « Sans augmentation ni diminution », chaque piĂšce doit ĂȘtre strictement respectueuse des annotations (innombrables) du compositeur : un dĂ©fi pour l’interprĂšte que le piĂšge de la stricte rĂ©vĂ©rence agogique pourrait assĂ©cher, mĂ©caniser, technologiser.

clavecin-benoit-babel-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-entretien-classiquenews-clic-de-classiquenews-critique-cd-reviewPour donner de l’ñme Ă  une musique abordĂ©e soit comme trop brillante soit comme exclusivement mĂ©tronomique, BenoĂźt Babel choisit un clavecin copie de 2006 d’un original datĂ©e de 1667 (et conservĂ© Ă  Boston) : « cordage en laiton et accents italiens qui en rĂ©sultent ». Son caractĂšre ainsi identifiĂ© contraste derechef avec un Ă©niĂšme franco-flamand du XVIIIĂš : le choix s’avĂšre pertinent ; il renforce la couleur « française » de celui qui incarne idĂ©alement les goĂ»ts rĂ©unis, tout en soulignant l’étonnante continuitĂ© de Louis Ă  François, dans le sens du tempĂ©rament poĂ©tique et de l’invention juste et sincĂšre. La clartĂ© polyphonique sert admirablement le discours de Louis comme la volubilitĂ© de François, toujours habile portraitiste, Ă©vocateur pertinent.

 

 

Louis & François
Les Couperin sublimés par Benoßt Babel

 

 

Chez Louis le raffinement harmonique comme l’éloquence articulĂ©e, presque linguistique du clavier imprime aux PiĂšces structurĂ©es en suite de danses, un panache, un mordant dans l’élĂ©gance qui convainc : noblesse de l’Allemande ; franchise de La PiĂ©montaise (aux harmonies improbables) ; chant nostalgique et tout Ă  fait tranquille des deux Sarabandes (PiĂšces en la) ; caractĂšre des Canaries ; rondeur suspendue, enchantĂ©e des deux Chaconnes, la seconde Ă©noncĂ©e comme un questionnement intime (PiĂšces en rĂ©).
François rayonne par une imagination qui atteint le prodige, tant la variĂ©tĂ© des couleurs, le nuancier millimĂ©trĂ© des accents, l’euphorie rythmique (tendresse fĂ©erique, enivrante de « tic-toc-choc ») aussi tĂ©moignent d’une acuitĂ© suggestive hors normes ; un tel raffinement exprime la sensibilitĂ© du second Couperin, orfĂšvre des moindres inflexions sonores ; de « La ZĂ©nobie », aux « GrĂąces naturelles », de « L’Arlequine » Ă  la sophistication ornementĂ©e de « La Verneuil », sans omettre la vitalitĂ© bavarde du « Turbulent »  ou la pudeur presque doloriste de « L’attendrissante » ; c’est une galerie de portraits d’une finesse inĂ©dite ; un labyrinthe aux connotations cachĂ©es aussi qui se dĂ©robe sous la vivacitĂ© virtuose ou 
la charge facĂ©tieuse voire dĂ©lirante (« les vieleux et CLIC D'OR macaron 200les gueux », « Les invalides » ) ; l’enchaĂźnement est pertinent ; il souligne indirectement la parentĂ© du « Dodo ou l’amour au berceau » avec « Les barricades mystĂ©rieuses » ; le jeu est aussi analytique que souple et naturel, permettant Ă  tous les champs harmoniques et mĂ©lodiques de se dĂ©ployer dans un jeu contrapuntique des mieux articulĂ©s, d’une justesse de ton superlative. Superbe rĂ©alisation.

 

  

 

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CRITIQUE, cd Ă©vĂ©nement. BenoĂźt BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records) – enregistrĂ© en avril 2021 (NiĂšvre). CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022.

 

  

  

 

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LIRE notre entretien avec Benoit BABEL à propos de son cd Louis et François COUPERIN (1 cd PARATY records)   -

Louis-François-Couperin-300x300GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022). Pour PARATY, le claveciniste BenoĂźt BABEL qui nous avait tant convaincu Ă  la tĂȘte de son ensemble ZaĂŻs dans un premier disque trĂšs original, dĂ©diĂ© Ă  Rameau et Haendel, sort en juin 2022, un nouvel enregistrement, seul, comme claveciniste. Jouant son propre instrument, BenoĂźt Babel explore les mondes imaginaires des Couperin, oncle et neveu. 2 tempĂ©raments baroques dont l’intensitĂ© et l’expressivitĂ© inspirent un programme abouti, personnel, particuliĂšrement saisissant. Louis c’est le feu, l’impatience Ă  peine dĂ©veloppĂ©e Ă  cause d’une vie fauchĂ©e trop tĂŽt ; François son neveu exalte comme personne avant lui, les vertus des « GoĂ»ts RĂ©unis » ; les deux sont inspirĂ©s par un sens de l’économie, de la poĂ©sie, de la danse aussi, surtout
 Entretien exclusif avec BenoĂźt Babel Ă  propos de Louis et de François Couperin.

 

  

  

 

GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022)

Louis-François-Couperin-300x300GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022). Pour PARATY, le claveciniste BenoĂźt BABEL qui nous avait tant convaincu Ă  la tĂȘte de son ensemble ZaĂŻs dans un premier disque trĂšs original, dĂ©diĂ© Ă  Rameau et Haendel, sort en juin 2022, un nouvel enregistrement, seul, comme claveciniste. Jouant son propre instrument, BenoĂźt Babel explore les mondes imaginaires des Couperin, oncle et neveu. 2 tempĂ©raments baroques dont l’intensitĂ© et l’expressivitĂ© inspirent un programme abouti, personnel, particuliĂšrement saisissant. Louis c’est le feu, l’impatience Ă  peine dĂ©veloppĂ©e Ă  cause d’une vie fauchĂ©e trop tĂŽt ; François son neveu exalte comme personne avant lui, les vertus des « GoĂ»ts RĂ©unis » ; les deux sont inspirĂ©s par un sens de l’économie, de la poĂ©sie, de la danse aussi, surtout… Entretien exclusif avec BenoĂźt Babel Ă  propos de Louis et de François Couperin.

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CLASSIQUENEWS : Le fait de jouer en un mĂȘme programme les Ɠuvres des deux Couperin dĂ©voile-t-il les caractĂšres distinctifs ou les Ă©lĂ©ments communs entre Louis et François ? Lesquels justement.

Benoit-Babel-300x200BenoĂźt BABEL : La premiĂšre raison qui m’a fait choisir de jouer ces deux compositeurs est trĂšs simple : j’aime leur musique. Je n’ai pas souhaitĂ© dans ce programme dĂ©montrer une filiation, une continuitĂ© de style, pour la simple raison qu’il n’en existe pas. Louis et François Couperin n’appartiennent pas Ă  la mĂȘme Ă©poque. S’ils ne portaient pas le mĂȘme nom, ces deux compositeurs seraient Ă©trangers l’un Ă  l’autre Ă  nos yeux d’aujourd’hui. NĂ©anmoins, outre leur lien du sang, ils ont en commun de symboliser une forme d’idĂ©al dans leur genre, deux personnalitĂ©s musicales suffisamment fortes et innovantes pour marquer de leur talent une Ă©tape dans la composition et la maniĂšre de faire sonner un instrument. Tous deux Ă©taient Ă  mes yeux des esprits curieux, arrivant Ă  capter le meilleur de leur temps et des autres compositeurs pour se l’approprier dans leur langage musical.

Chez Louis Couperin, la danse et le mouvement sont dans son ADN. Il maĂźtrise Ă©galement parfaitement les rĂšgles de la polyphonie, du contrepoint et de l’Ă©criture en imitation. On retrouve Ă©galement dans son Ɠuvre un Ă©lĂ©ment fondamental de la pĂ©riode baroque : le plaisir du son, des couleurs et des contrastes. J’imagine un jeune homme brillant et modeste qui ne tombe jamais dans la facilitĂ© et qui a une approche intuitive de la composition. Ses piĂšces les plus simples “chantent” toujours. Il sait jouer des enchaĂźnements harmoniques, ĂȘtre mĂ©ditatif ou plein de fougue.

François Couperin, dont la vie fut plus longue que celle de son oncle (Louis mourut Ă  35 ans, son neveu Ă  l’ñge de 65 ans), eut le temps de pousser plus loin son esprit curieux et prĂ©cis. Son temps Ă©tait celui de la diffusion des savoirs, ses responsabilitĂ©s Ă  la Cour lui permirent d’acquĂ©rir une solide rĂ©putation d’interprĂšte, de compositeur et de pĂ©dagogue. Sa musique fait indĂ©niablement preuve d’une inventivitĂ© remarquable et de toute Ă©vidence, d’un sens du dĂ©tail inĂ©galĂ©. François Couperin se donna bien des peines pour Ă©diter ses compositions et les Ă©crire suffisamment prĂ©cisĂ©ment pour qu’elles soient jouĂ©es avec fidĂ©litĂ© par le public. Chez François aussi, la danse et la mise en musique du mouvement sont un Ă©lĂ©ment essentiel de son langage musical. À cela s’ajoute une recherche poussĂ©e de la technique de jeu du clavier (palette d’articulations et d’ornements, virtuositĂ©, style luthĂ©, etc
)
J’ai sĂ©lectionnĂ© les piĂšces de ces deux compositeurs de maniĂšre Ă  tracer un chemin musical d’une heure, qui doit idĂ©alement s’Ă©couter d’une seule traite.

 

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CLASSIQUENEWS : Pour chacun, quelle Ɠuvre vous paraĂźt-elle particuliĂšrement reprĂ©sentative ? Pour quelles raisons ?

BENOIT BABEL : Question difficile car exclusive, les deux Couperin nous ont laissé des piÚces si contrastées !

Pour Louis Couperin, je sĂ©lectionnerais la premiĂšre piste de l’album, le “prĂ©lude Ă  l’imitation de Monsieur Froberger”. Ce prĂ©lude dit “non-mesurĂ©” est en trois parties : une partie justement “non-mesurĂ©e”, une partie centrale bien mesurĂ©e, sorte de fugue dansante, et une troisiĂšme partie “non-mesurĂ©e”. Cette longue piĂšce introductive est une citation d’une toccata d’un grand maĂźtre du 17Ăšme siĂšcle : Johann Jacob Froberger (1616-1667). Ces parties “non-mesurĂ©es” sont belles Ă  voir sur une partition : seules des rondes sont notĂ©es, plus ou moins espacĂ©es ou regroupĂ©es, sans barre de mesure, sans rythme. Seules quelques lignes ou liaisons plus ou moins approximatives nous indiquent parfois qu’il faut tenir certaines notes ou les regrouper. L’intention est Ă©vidente : tenter de traduire sur le papier une improvisation, un jeu spontanĂ©, un exercice de style libre oĂč l’on explore les harmonies, les formules, l’Ă©tendue du clavier. C’est typiquement le genre de piĂšce que l’on joue pour laisser son oreille se porter sur le son, le timbre d’un instrument et l’explorer.

Pour François Couperin, je choisirais le Turbulent, piĂšce en fa majeur du TroisiĂšme Livre. C’est pour moi une piĂšce pleine d’esprit et d’humour. Pour le dire familiĂšrement, elle porte bien son nom. La battue est Ă  2/4 dans la premiĂšre partie et Ă  6/8 dans la seconde. J’imagine sans peine un enfant qui ne tient pas en place, qui va Ă  droite, Ă  gauche, qui court et qui s’arrĂȘte, qu’on a du mal Ă  saisir et Ă  faire tenir en place. C’est une piĂšce assez virtuose pour la prĂ©cision d’exĂ©cution qu’elle demande et qui nĂ©cessite en mĂȘme temps un dĂ©tachement et une lĂ©gĂšretĂ© dans l’interprĂ©tation. Cet alliage de prĂ©cision et de dĂ©tachement est pour moi la difficultĂ© principale de la musique de Couperin. À vouloir trop bien faire et avec minutie les dĂ©tails de cette musique, on peut parfois en perdre la ligne, le souffle, le caractĂšre. Je dis souvent Ă  mes Ă©lĂšves de ne pas hĂ©siter Ă  enlever un ornement qui les entrave et pour lequel on ne trouve pas de solution technique. AprĂšs tout, si un ornement n’orne plus, autant l’enlever et retrouver la fraĂźcheur d’une phrase musicale ! Mais rassurez-vous, ma version est urtext ; et tous les ornements de Couperin sont bien prĂ©sents de mon album.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi l’instrument que vous avez choisi permet-il cette confrontation / ce dialogue entre les deux compositeurs / entre leurs deux univers ?

BENOIT BABEL : C’est un instrument vraiment particulier que j’ai la chance de possĂ©der depuis plus de dix ans. J’avais eu un coup de foudre pour ce petit clavecin plein de caractĂšre que j’avais entendu sous les doigts d’Olivier Baumont et de Laurent Stewart. Il devait mĂȘme ĂȘtre jouĂ© par Gustav Leonhardt mais hĂ©las ce concert fut annulĂ©… Mais il ne sonne plus comme au dĂ©but ! Bien-sĂ»r, il a “mĂ»ri” Ă  force d’ĂȘtre jouĂ©. Puis nous avons changĂ© le diapason, les cordes, l’harmonisation … et il a enfin reçu sa peinture intĂ©rieure de couvercle en 2020, travail remarquable de Florence Humeau. Tout Ă©tait donc prĂȘt, il ne manquait plus qu’Ă  l’enregistrer. Je me permets d’inviter les lecteurs Ă  aller consulter le livret du CD, dans lequel le facteur, Guillaume Rebinguet Sudre, donne de nombreuses informations sur les dĂ©tails de la structure de cet instrument et ces spĂ©cificitĂ©s. À ma connaissance, il n’y a pas d’autre copie de cet instrument en France, et trĂšs peu dans le monde. L’original datĂ© de 1667, se trouve actuellement Ă  Boston.

C’est un instrument qui rĂ©unit plusieurs esthĂ©tiques, françaises, italiennes et flamandes. Il a des aigus chantants et des basses prĂ©cises. Son mĂ©dium est bien prĂ©sent Ă©galement, ce qui permet d’obtenir une grande clartĂ© pour les piĂšces polyphoniques. Son timbre convient aussi bien Ă  Frescobaldi qu’à Byrd. En somme, tout le rĂ©pertoire 17Ăšme sonne sur cet instrument.
Il m’a semblĂ© intĂ©ressant de jouer quelques piĂšces de François Couperin sur ce clavecin pour proposer une esthĂ©tique sonore un peu diffĂ©rente de celle que l’on entend habituellement pour ce rĂ©pertoire. En effet, on a coutume de jouer François Couperin sur des clavecins plus gros, comme ceux de Blanchet, Taskin, ou des instruments du 17Ăšme qui ont subi un agrandissement au 18Ăšme siĂšcle, que l’on nomme “ravalement”. Hors François Couperin Ă©tant nĂ© en 1668, il a connu, jouĂ©, entendu dans sa jeunesse des instruments similaires Ă  celui que je joue ici. L’esthĂ©tique d’un compositeur Ă©tant plutĂŽt la somme des timbres qu’il a pu entendre toute sa vie, il m’a semblĂ© intĂ©ressant de faire entendre cette musique sur un instrument qui peut sembler un peu “archaĂŻque” pour ce rĂ©pertoire, mais qui je trouve, est trĂšs convaincant ; avec en plus le tempĂ©rament trĂšs inĂ©gal que nous avons rĂ©alisĂ©.

 

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CLASSIQUENEWS : Sur le plan technique quels sont les défis majeurs pour jouer les deux compositeurs ?

BENOIT BABEL : Pour ĂȘtre trĂšs pragmatique, il y a beaucoup, beaucoup d’ornements. Comme François Couperin est trĂšs prĂ©cis dans ses indications, il faut porter une attention particuliĂšre au texte. Le toucher doit ĂȘtre prĂ©cis et souple. Le choix des tempi est important aussi, il faut donner du mouvement sans prĂ©cipitation mais sans immobilisme non plus. On est toujours un peu sur le fil dans ce rĂ©pertoire. Tel un funambule on doit jongler entre la dĂ©tente, la vigueur, le mouvement, la vocalitĂ©. S’approprier les caractĂšres si contrastĂ©s des piĂšces demande un investissement total et une prĂ©sence musicale constante. On ne peut pas jouer cette musique en “pilotage automatique”, sinon, quel ennui !
Comme les piĂšces sont gĂ©nĂ©ralement courtes, on n’a pas le temps de profiter du dĂ©veloppement de la musique pour trouver le caractĂšre. Il faut le donner tout de suite, dĂšs la premiĂšre note.

D’un point de vue de l’écriture musicale, la musique des Couperin, particuliĂšrement François, est un assemblage de cellules, petites phrases, formules inventives. Cela donne l’impression d’une juxtaposition d’effets, tout le contraire des grands dĂ©veloppements de phrase que l’on connaĂźt chez J. S. Bach. Le piĂšge, il me semble est de tomber dans une sorte de maniĂ©risme de jeu. J’ai tĂąchĂ© d’interprĂ©ter comme je le ressens, sans rubato maniĂ©rĂ© ou effets exagĂ©rĂ©s.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : A travers les Ɠuvres choisies, quelle image vous faütes-vous de Louis et de François Couperin ?

BENOIT BABEL : J’imagine que François Couperin Ă©tait un travailleur, un homme exigeant, conscient de ses qualitĂ©s et de son talent. Il ne rechignait probablement pas Ă  la reconnaissance et Ă  la lumiĂšre. Mais sans illusion, il reste lucide et philosophe Ă  l’approche de la mort, puisqu’il Ă©crit dans la prĂ©face de son QuatriĂšme Livre de piĂšces de clavecin : ” j’espĂšre que ma famille trouvera dans mes portefeuilles de quoi me faire regretter, si les regrets servent Ă  quelque chose aprĂšs la vie ; mais il faut du moins avoir cette idĂ©e pour tĂącher de mĂ©riter une immortalitĂ© chimĂ©rique oĂč presque tous les hommes aspirent”. On le sait, il Ă©tait Ă©galement soucieux de la transmission de son savoir dans un esprit didactique et pĂ©dagogique. Ce n’était pas un artiste de clan, de chapelle, qui s’imaginait faire tout mieux que tout le monde. Il est mort trop tĂŽt pour assister Ă  la querelle des bouffons des annĂ©es 1750, mais il n’a eu de cesse de conjuguer l’esprit et le style des grands maĂźtres français et italiens en construisant l’union des nations musicales grĂące Ă  son concept des “Gouts-rĂ©unis” et des ApothĂ©oses de Lully (le plus italien des grands maĂźtres français) et de Corelli.

Louis-François-Couperin-300x300De Louis Couperin, nous n’avons que peu de documents nous permettant de retracer son parcours et de dresser un portrait fidĂšle du personnage. Ce qui m’a toujours interpelĂ© dans sa musique c’est l’intensitĂ©, la force du discours musical. Il y a un feu qui brĂ»le, presque une impatience. De maniĂšre tout Ă  fait subjective, j’imagine un jeune homme brillant, sensible, modeste et dĂ©sireux d’apprendre de ses maĂźtres, Ă  la recherche du meilleur sans jamais tomber dans la flatterie de l’auditeur. Si son existence ne fut pas si brĂšve, il aurait pu devenir le grand musicien français du 17Ăšme siĂšcle français. Il est de ces musiciens dont les Ɠuvres qui ont survĂ©cu, font fantasmer celles qu’il n’a jamais Ă©crites ou publiĂ©es.

Propos recueillis en juin 2022
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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement : Louis et François COUPERIN : BenoĂźt BABEL,babel-benoit-cd-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-review-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews clavecin (1 cd PARATY) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps Ă©tĂ© 2022 – LIRE notre critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews / lien direct vers la critique ici : http://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-benoit-babel-les-deux-couperin-louis-couperin-1626-1661-francois-couperin-1668-1733-1-cd-paraty-records/… “François rayonne par une imagination qui atteint le prodige, tant la variĂ©tĂ© des couleurs, le nuancier millimĂ©trĂ© des accents, l’euphorie rythmique (tendresse fĂ©erique, enivrante de « tic-toc-choc ») aussi tĂ©moignent d’une acuitĂ© suggestive hors normes ; un tel raffinement exprime la sensibilitĂ© du second Couperin, orfĂšvre des moindres inflexions sonores”…

 

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VISITEZ le site de BenoĂźt BABEL
https://www.benoitbabel.com/

 

 

TEASER vidéo : Benoit Babel joue Louis et François COUPERIN

 

 

 

 

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VOIR aussi ENSEMBLE ZAÏS / BenoĂźt Babel : La Forqueray – Rameau
JournĂ©es musicales d’Automne, Souvigny, France

https://www.youtube.com/watch?v=NfsW15BbVq8

 

 

 

 

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Autre CD de BenoĂźt Babel : Rameau & Handel / ZaĂŻs (Paraty, oct 2014) – CLIC de CLASSIQUENEWS :
PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueD’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante.

https://www.classiquenews.com/cd-rameau-handel-concertos-pour-orgue-pieces-pour-clavecin-zais-paul-goussot-paraty-2013/

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique concert. MARSEILLE, Mars en Baroque, le 1er mars 2020. Louis Couperin. Aymes, Duo Coloquintes


COMPTE-RENDU, critique concert. MARSEILLE, Mars en Baroque, le 1er mars 2020. Louis Couperin. Aymes, Duo Coloquintes
 Sur la petite estrade en attente des musiciens, deux instruments. Verticale comme une caravelle dressĂ©e sur sa poupe, manche en volute interrogative, miel de la coque : la viole de gambe. PosĂ© sur une chaise, petit vaisseau Ă  fond plat, le mĂąt de son manche terminĂ© par la cambrure en figure de proue de dragon de drakkar, un violon ambrĂ©. Instruments tels des navires Ă  l’échelle de la main, du bras, en espoir d’une onde sur laquelle voguer.

Mars en Baroque 2020
LE MIEL, L’AMBRE ET L’ARGENT

Le salon du jeune Louis XIV
Louis Couperin (v.1626-1661)
Préludes, suites et fantaisies

MARS en baroque marseille critique concert classiquenews 2020 thumbnail_1 er MARSIMPRESSIONS, SENSATIONS D’UN SALON… De l’ombre de l’invisible tribune perchĂ©e, l’or sombre de l’orgue Ă©clate en trombe, tombe, s’alentit, se rĂ©pand, emplit en prĂ©lude de large pluie la salle ou salon, s’apaise en nobles vagues contre les murs, ondulations solennelles aux Ă©cumeuses franges frisĂ©es de molles volutes inachevĂ©es du rĂȘve de trilles en acanthes d’architecture sonore. Sur un tapis feutrĂ©, des pas mystĂ©rieux pourchassent la fuite des empreintes sonores, les vrilles de trilles s’étirent pour n’ĂȘtre plus qu’un onduleux et langoureux tremblĂ© effacĂ© aux bords Ă  peine frissonnants de l’ombre. Puis Jean-Marc Aymes enchaĂźne, dĂ©chaĂźne la seconde fugue, clameur de cuivre Ă©clatant, solaire lumiĂšre fuyante poursuivie de rayons et jamais rattrapĂ©e Ă  l’orĂ©e effacĂ©e du silence.
Aymes, descendu de sa tribune et gagnant son clavecin, rejoint le Duo Coloquintes, Mathilde Vialle, viole de gambe, et Alice Julien-LaferriĂšre, violon. Salon intime oĂč l’on cause, amicalement, la violoniste et le claveciniste expliquant en termes simples la suite du programme, des piĂšces transcrites, pratique du temps, d’un instrument Ă  un autre, du clavier pincĂ© Ă  la corde frottĂ©e, mĂȘme si Louis Couperin fut aussi violiste, Suitesde danses, organisĂ©es ou, plutĂŽt, classĂ©es par tonalitĂ©s, invitation Ă  l’interprĂšte Ă  faire son choix et l’on se hasardera Ă  ajouter que l’alternance de temps vifs et lents rĂ©git les enchaĂźnements, trait baroque d’autant plus simple et naturel que ce sont des danses. Dans leurs pas, mĂȘme compassĂ©es de hiĂ©ratique noblesse, elles n’ont pas perdu leur empreinte paysanne et provinciale, se partageant encore entre « hautes » et « basses danses », dont la rusticitĂ© populaire, mĂȘme Ă©purĂ©e pour le salon noble, requiĂšrent des mouvements exigeant agilitĂ© physique et repos. Cas exemplaires, les piquantes danses picaresques espagnoles condamnĂ©es, vainement, par l’Inquisition, chaconne et sarabande, cette derniĂšre gardant de sa pittoresque origine l’expression « faire la sarabande ». Mais exception, Ă©chappant Ă  l’assagissement, le volage et volant canari, haute et sautillante danse avec, au dĂ©part, castagnettes aux mains et grelots aux chevilles, que le Cardinal de Richelieu dansa pour complaire Ă  la reine espagnole Anne d’Autriche. Et sait-on que, formĂ©e par son pĂšre, le cĂ©lĂšbre luthiste libertin Henri de Lenclos, Ninon, sans ressources, se fit un nom d’abord en virtuose de la sarabande avant de devenir la cĂ©lĂšbre courtisane spirituelle et distinguĂ©e, mais chassĂ©e du Marais pour ses scandales et son libertinage Ă©rotique et religieux qui choquaient la RĂ©gente. Enrichie par le commerce de ses charmes, sur le tard, elle se gagna la respectabilitĂ© par son esprit, son luth, et ce fut un passage obligĂ© artistique et mondain que son salon.
C’étaient les rives et dĂ©rives de l’Histoire que m’évoquait ce salon musical oĂč planait l’ombre du jeune Louis XIV, entourĂ© affectueusement par sa mĂšre Anne d’Autriche et son protecteur parrain Mazarin, accueillant avec bienveillance Louis Couperin dont la Suite en la, pour nous, s’ouvrait par une « Simphonie » englobante, suivie d’une joyeuse « PiĂ©montaise », une cocasse causerie entre la voix mĂąle, mielleuse, onctueuse de la viole de gambe, aurĂ©olĂ©e du babillage volubile, fĂ©minin, du violon enrubannĂ©, ailĂ© comme un oiseau. La « Sarabande » suivante et savante, vague motif nostalgique de la Folie d’Espagne : dĂ©licatement dĂ©ployĂ©s, drapĂ©s somptueux, voluptueux, doucement insidieux des invites amoureuses de la gambe grave et, par-dessus, broderies langoureuses, caresses sensuelles du violon consentant qui, talent de l’instrumentiste et miracle de sa couleur ambrĂ©e rĂ©pondant ou se rĂ©pandant au son, nous semblait sonner avec une doucereuse largeur, de l’ambre au miel. La binaire gaitĂ© d’une « Gavotte » populaire ensoleillait la parenthĂšse ombreuse de la noble sarabande et cette Suite en laĂ©tait couronnĂ©e d’un ternaire « Menuet du Poitou » tourbillonnant qui, mĂȘme attifĂ© et affĂ»tĂ© Ă  la cour, n’avait pas oubliĂ© son origine paysanne ni son savoureux accent poitevin hĂ©ritĂ© du branle. Cette piĂšce sera donnĂ©e en bis par Mathilde Vialle et Alice Julien-LaferriĂšre dont les cordes frottĂ©es sont secondĂ©es par celles, pincĂ©es, du clavecin mousseux de Jean-Marc Aymes.

Moment puissant qui illustrait au mieux cette ductilitĂ© du passage, alors usuel, d’un instrument Ă  l’autre que rĂ©prouve la manie craintivement livresque de notre Ă©poque, attachĂ©e Ă  l’excĂšs Ă  la lettre au point d’en oublier l’esprit, ce magnifique dĂ©but de la Suite en rĂ©, « Ad cenam Agni providi » (‘L’Agneau nous convie Ă  sa table’) mal transcrit en le fautif « Coenam », souvenir du grĂ©gorien pour le temps pascal, que les cordesintimes faisaient noblement sonner comme des orgues : juste politesse Ă  ce grandiose instrument qui sait jouer les plus modestes.
Autre saisissant passage, au clavecin cette fois, prĂ©sentĂ© par Aymes, le Tombeau de Mr. de Blancrocher, ou Blancheroche, cĂ©lĂšbre luthiste fameux de son temps, mort accidentellement d’une chute dans son escalier. Il serait aujourd’hui oubliĂ© sans l’hommage du Tombeau que son ami Froberger, alors chez lui Ă  Paris, lui dĂ©dia, piĂšce figurative qui finit brutalement comme un trĂ©buchement dans les escaliers. Le Tombeaude Couperin sonne aussi de façon reprĂ©sentative, allure accablĂ©e d’un funĂšbre cortĂšge, dissonances douloureuses, scintillement de larmes perlĂ©es, sonnerie de glas et gamme descendante de la dĂ©ploration comme la descente vers l’ombre des marches fatales.
On ne dĂ©taillera pas toutes les finesses intimistes de ce concert, il nous faisait rĂȘver, entrouvrant des pans de la mĂ©moire par les sons et les sens convoquĂ©e, suscitant des images de musique et lumiĂšre, voix dorĂ©es des cordes frottĂ©es, aurĂ©olĂ©es des efflorescences argentines du clavecin, dont le ruissellement des cordes pincĂ©es Ă©levait une vaporeuse Ă©cume, le halo d’une poussiĂšre lumineuse, musicale d’une infinie dĂ©licatesses.

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Mars en Baroque, Marseille, Temple Grignan, 1 mars 2020
Le salon du jeune Louis XIV (Louis Couperin)
Jean-Marc Aymes, orgues et clavecin – Duo Coloquintes : Alice Julien-LaferriĂšre, violon ; Mathilde Vialle, viole de gambe.

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On retrouve avec bonheur le Duo coloquintes dans leur dernier disque, Couperin en tĂȘte-Ă -tĂȘte, label SeulĂ©toile, avec des piĂšces Ă©galement de Debuisson et une belle Suite en sol anonyme. On saluera le texte original de prĂ©sentation de LoĂŻc Chahine, sous forme d’un dialogue entre deux personnages anonymes Ă  grand renfort d’érudites citations de latin, selon l’usage savant ou pĂ©dant de l’époque (on n’a qu’un texte en latin trĂšs court sur Blancrocher
). Nous les identifierons comme Froberger et Couperin par leur dĂ©cision de consacrer un Tombeau Ă  feu M. de Blancrocher mort accidentellement, avec l’ambition de surpasser celui que Gaultier consacra Ă  l’Enclos. En fait, je me permets de prĂ©ciser qu’on Ă©crivait Lenclos ou, plus justement Lanclos), dont je rappelle qu’il fut un turbulent et cĂ©lĂšbre luthiste, pĂšre de la plus tard cĂ©lĂ©brissime Ninon dont je parle plus haut, esprit fort, libertin (athĂ©e) qui instruisit sa fille tant dans le luth que dans le libertinage intellectuel et physique. Assassin du mari de sa maĂźtresse il dut fuir en Savoie mais ses amis ne l’oubliĂšrent pas.
Si je rappelle encore le luthiste, poĂšte satirique et remarquable Ă©crivain picaresque Charles Dassoucy (1605-1677), amant de Cyrano qui le menaçait de mort aprĂšs une trahison, collaborateur de MoliĂšre, emprisonnĂ© plusieurs fois et frĂŽlant le bĂ»cher pour homosexualitĂ©, fuyant en Italie, dont Faenza vient d’exhumer la seule musique qui nous reste de lui, nous n’avons, en Ă©voquant ces extraordinaires personnalitĂ©s et artistes, qu’une faible idĂ©e de la richesse artistique et intellectuelle foisonnante et fougueuse, de cette sociĂ©tĂ© libertine de la premiĂšre moitiĂ© du XVIIe siĂšcle français que la dĂ©faite des Frondes, la Cabale des DĂ©vots rĂ©actionnaire et l’absolutisme de Louis XIV va rĂ©duire au silence, mais sans doute « avec une idĂ©e de derriĂšre la tĂȘte » comme conseillait Pascal lui-mĂȘme, soumis au nouvel ordre moral, ou sous cape d’hypocrisie comme le Dom Juande MoliĂšre, lui-mĂȘme victime des nouveaux Tartuffes.
DĂ©cidĂ©ment, cet obscur Charles Fleury, Sieur de Blancrocher, dont la qualitĂ© devait ĂȘtre grande Ă  en juger par celle de ses amis, est Ă©galement cĂ©lĂ©brĂ© par un trĂšs beau disque de Pierre Gallon au clavecin, label Encelade, intitulĂ© Blancrocher-L’Offrande.N’ayant laissĂ© qu’une piĂšce manuscrite pour luth, interprĂ©tĂ©e ici par le luthiste Diego Salamanca, Blancrocher, bien prĂ©sentĂ© par Gallon, Ă©tait un fameux collectionneur d’instruments. Il nous demeurerait Ă  jamais obscur s’il n’avait eu la chance d’ĂȘtre immortalisĂ© non seulement par les deux Tombeaux de Froberger et Couperin mais Ă©galement par ceux d’autres musiciens de ses amis comme Gaultier et Dufaut qui ne dĂ©mĂ©ritent pas Ă  cĂŽtĂ©, et parfaitement servis dans ce disque.
Rappelons que Ravel, en pleine Grande Guerre, dĂ©sespĂ©rĂ© d’avoir Ă©tĂ© dĂ©mobilisa, entre 1914 et 1917, composa unTombeau de Couperin, on ne sait si pensant Ă  Louis ou Ă  François.