samedi 19 septembre 2026

CRITIQUE, danse. OPÉRA DE DIJON, le 4 mai 2026. Angelin PRELJOCAJ : HELIKOPTER (2001 / Stockhausen) / LICHT (2025, Laurent Garnier / Korgis), Compagnie Angelin Preljocaj

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En offrant à sa chorégraphie HELIKOPTER de 2001, un prolongement complémentaire créé en 2025 [LICHT], Angelin Preljocaj réalise un sans fautes… C’est un diptyque fascinant où un hédonisme sensuel magistralement esthétique, complète la vitalité mécanique d’un Stockhausen plus visionnaire que jamais…

 

L’Opéra de Dijon sélectionne le meilleur de la création chorégraphique récente… affichant ce ballet lumineux et vertigineux, dans le prolongement de sa création au Théâtre de la Ville à Paris en avril et mai 2025.

 

 

Lumineuse radicalité

Dans HELIKOPTER, le souffle vrombissant des hélices motorisées nourrissent pour tout préalable, une rumeur mécanique constante que le crissement modulé des cordes survoltées, crépitantes du Quatuor Arditi [enregistrement de 1995] ne cessent de réactiver. Leurs glissandi permanents rend audible le cœur battant des turbines volantes.

Commandée en 2001, la chorégraphie de Preljocaj n’a rien perdu de sa fascinante motricité. D’autant que les 6 danseurs en formations changeantes continues expriment au plus près l’écriture polyrythmique de Stockhausen ; ils puisent du chant de l’hélico ainsi détaillé [précisément les pales de 6 hélicoptères en rotation constante] leur élan vital. Chaque corps incarne une pulsion quand le groupe manifeste la vitalité de la texture sonore unifiée comme un organisme en développement.

Stockhausen décédé en 2007 façonne ainsi le bruit de la machine ; à travers le moteur de l’hélicoptère, son bruissement continu, le compositeur capte chaque cellule sonore dont il déduit une multitude d’accents, l’élan primitif qui électrise et met en mouvement. En découlent musicalement, cette succession de couches et de plans sonores, retraités par synthétiseurs, multipliant rythmes superposés, fourmillantes cellules sonores distinctes et simultanées, ccents éparses puis réunifiés comme autant de vibrations actives.
Ce travail dans le micro détail recrée une parure scintillante de micro notes, mosaïque de particules, chacune exprimant le flux, la transmission continue de la pulsion originelle … Stockhausen réinvente ainsi l’écriture musicale et la texture sonore révèle jusqu’à l’échelle de l’atome ; chaque particule crée une constellation et des galaxies simultanées, dans un vertige spatiale et temporel… tout ce qui se manifeste dans l’oscillation continue du moteur d’un hélicoptère, la vibration de ses palles en étant le cœur axial et le ronronnement matriciel.

Face à ce sommet musical, le chorégraphe répond point par point : la danse permettant à la musique d’engender son propre espace. A la radicalité de la musique, le chorégraphe va « jusqu’à l’os du mouvement » [dixit Preljocaj lui même] … voilà en quoi le ballet revêt une immersion essentielle. En interrogeant ce qui produit le mouvement et l’aimantation des cellules, le ballet questionne la danse, sa forme comme son sens. Rare les ballets contemporains suscitant un tel choc sensoriel et spirituel.

Flux permanent de décélérations et d’accélérations, de mises en marche puis de pleine puissance, les cris de l’hélico produisent une tension motorisée qui électrise le mouvement des corps. Ce jeu collectif permanent exprime idéalement le souffle explorateur, ce sens du défrichement sans limite qui inspire le compositeur de 80 ans, éternel visionnaire [et même selon Preljocaj, « grand père de l’électro« ].

Dans l’entretien filmé qui est diffusé à la fin de ce tableau motorique, les deux créateurs, Preljocaj et Stockhausen parlent ensemble, échangent leur admiration pour l’écriture de l’autre, évoquent conjointement l’idée d’une activité certes éclatée, plurielle, qui pourtant, malgré ses syncopes et fonctions mécaniques démultipliées, relève d’une unité structurelle, celle d’un organisme unique qui rétablit l’idée d’un cycle et d’un développement organique.

 

 

LICHT, une certaine corporalité du paradis

On pensait avoir atteint un climax dans cette première partie. C’était compter sans la 2ème partie : « LICHT / lumière « , variation plus voluptueuse à la sensualité animale et même reptilienne, et qui est donc une réponse conçue en 2025, tout en élégance et raffinement, au volet qui a précédé. La séquence accentue plus encore l’unité et la cohésion organique des corps ; les couples s’aimantent alors  ; à 3, à 4, à 2, les groupes se forment, se croisent dans une synchronisation millimétrée et dans un esthétisme gestuel enivré et libre… La danse ainsi s’organise, se synchronise portée par la bande sonore élaborée par le DJ Laurent Garnier. Surpuissante et féerique, la musique sait se déployer dans l’espace avec citation d’un sommet de la pop new wave des années 1980 signé du groupe britannique Korgis [« Everybody’s got to learn sometime »,  et sa phrase amorce désormais mythique :  … « Change your heart »]. Photo : Licht / Angelin Preljocaj © JC Carbonne

 

Produisant alors cette vision du paradis dont parle clairement Stockhausen dans sa conversation filmée avec Preljocaj, où les 12 danseurs sous une lumière de plus en plus dorée, émergeant de 3 cadres circulaires [les cellules originelles? ], sont comme des corps renaissants, revivifiés ; occupant peu à peu la scène, ils évoquent l’âge d’or, recomposent une manière d’Olympe, dieux et déesses humanisés, aux corps sculpturaux avant que, électrisés par la musique de Laurent Garnier, les corps en mouvement synchronisés expriment visuellement le bouillonnement nucléaire, la vitalité même de la vie, dans une simultanéité pulsionnelle dont la suractivié fragmentée, réalise aussi des jalons synchronisés superlatifs ; ces corps exultent dans le même rythme, sur le même souffle, riches en effets collectifs saisissants.

En partant du bruit mécanique décortiqué jusqu’au dernier tableau, vision paradisiaque où l’humain apporte sa propre organisation organique, le parcours HELIKOPTER / LICHT est un voyage riche en vertiges éblouissants et l’effervescence esthétique du spectacle découle de la mise en dialogue des deux parties de ce diptyque fascinant. Magistral et jubilatoire. Encore une date à l’Auditorium Opéra de Dijon, ce soir 5 mai 2026, 20h : http://opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-25-26/helikopter-licht/

 

 

 

 

agenda

Prochains événements à l’Opéra de Dijon [sélection / temps forts de classiquenews] :
Présentation de la nouvelle saison 26 27, mer 20 mai 2026, 19h, Auditorium – entrée libre sous réserve des places disponibles
Jeudi 28 mai 2026
Il nous faut de l’amour / Idylle
Lea Desandre / Thomas Dunford
300 ans de lyrique amoureuse française [musique baroque]

 

 

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