Dans la magique Salle Garnier de Monte-Carlo, sanctuaire où Diaghilev révolutionna la danse avec les Ballets Russes, Jean-Christophe Maillot clôt sa saison 2024-2025 par un double pari artistique (et une double Création Mondiale !). Du 17 au 20 juillet, deux univers chorégraphiques radicalement opposés : la poésie organique de Lukáš Timulak (avec les Ballets de Monte-Carlo) et l’énergie électrique de la compagnie madrilène Kor’sia ont fusionné dans un programme inédit, célébrant l’audace et le renouveau.
Soirée magique à l’Opéra de Monte-Carlo : Timulak et Kor’sia subliment la clôture de saison des Ballets de Monte-Carlo
Ancien danseur des Ballets de Monte-Carlo et formé à l’Académie Princesse Grace, Lukas Timulak signe une œuvre hypnotique inspirée des rythmes secrets de la nature, qu’il a intitulée « Twilight« . En collaboration avec le designer Peter Bilak (son complice de vingt ans), il transforme la Salle Garnier en un laboratoire vivant où chaque représentation devient unique. Des structures mobiles, éclairées par Samuel Thery, se recomposent en temps réel, évoquant un écosystème en perpétuelle mutation. Les danseurs, vêtus de costumes épurés (sifgnés par Annemarije Van Harten), glissent entre ombre et lumière tels des particules dans un flux cosmique.
La partition de Volker Bertelmann (Hauschka), spécialement écrite pour « Twilight », mêle pianos préparés et vibrations électroniques. Les corps des interprètes répondent par une gestuelle fluide, tantôt germination lente, tantôt tempête soudaine – une métaphore des cycles naturels. L’œuvre, brève (30mn) mais intense, captive par son minimalisme poétique. C’est un hommage vibrant et subtil à la formation monégasque de Timulak, où rigueur classique et liberté contemporaine s’épousent.
En contraste radical, la compagnie madrilène Kor’sia – dirigée par Antonio de Rosa et Mattia Russo – déploie une esthétique baroque et sensorielle. Leur nouvelle création – « Bronia » (pièce de 45 minutes) – est un opus viscéral où la danse devient langage universel de résilience. La scénographie d’Amber Vandenhoeck envahit l’espace avec des installations métalliques et des projections vidéo. Les lumières stroboscopiques créent un rythme haletant, renforcé par la bande-son électro-acoustique d’Alejandro Da Rocha. Les danseurs de la Compagnie Kor’sia, transcendés par la direction de De Rosa et Russo, s’affrontent, se soutiennent, et se reconstruisent en groupes sculpturaux. La dramaturge Agnès López-Río tisse un récit abstrait de conflits et de rédemption, évoquant les luttes sociales ou intimes. De son côté, Luca Guarini habille les interprètes de tenues déchirées et recomposées, miroirs d’identités fragmentées – un choix qui dialogue avec l’héritage théâtral de Maillot.
En invitant Timulak (un “enfant de la maison”) et Kor’sia (déjà acclamés au Monaco Dance Forum), Jean-Christophe Maillot réaffirme sa mission : faire de Monaco un creuset de la création internationale. Ce programme illustre parfaitement l’ADN des Ballets – métissage des héritages et audace expérimentale !
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CRITIQUE, danse. MONACO, Salle Garnier, le 19 juillet 2025. Les Ballets de Monte-Carlo : Twilight » (Lukas Timulak, chorégraphe) / Compagnie Kor’sia : « Bronia » (Antonio De Rosa & Mattia Russo, chorégraphes). Crédit photographique (c) Alice Blangero






