C’est par un souffle d’une radicalité hypnotique que s’est ouverte, le 9 septembre 2023, la 20e Biennale de la Danse de Lyon. À la Maison de la Danse, le Ballet de l’Opéra de Lyon, dirigé par le chorégraphe grec Christos Papadopoulos, a offert – avec son nouvel opus « Mycellium » – une expérience immersive que le public lyonnais a accueilli par des ovations interrminables.
D’emblée, le plateau se métamorphose en un magma fascinant. Surgi de la pénombre, un unique interprète semble flotter, traversant l’espace dans un lent balancement. Il est bientôt rejoint par d’autres, puis par une vingtaine de danseurs, apparaissant comme les cellules d’un même organisme se réveillant à la vie. On pense alors aux algues dans les courants marins, aux gazouillis d’oiseaux ou à la dérive lente d’un iceberg – des images qui ont jalonné le parcours du chorégraphe. Ici, Papadopoulos creuse son sillon avec une cohérence saisissante, puisant son inspiration dans les structures invisibles du vivant.
Le titre de la pièce, « Mycellium », désigne ce réseau de filaments souterrains qui relie les champignons entre eux. Cette toile invisible est magistralement transposée en un langage chorégraphique inédit : une danse minimaliste faite de micro-mouvements, de déhanchés incessants et de décalages rythmiques infimes Les vingt danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon, vêtus de costumes noirs et soyeux qui captent la lumière avec une superbe élégance, forment une entité mouvante – et leur cohésion est bluffante. Liés par ce que l’on devine être une « colle invisible », ils n’ont de cesse de se frôler, de se séparer, de se reformer, dans une géométrie sans cesse réinventée.
Les tableaux qui se succèdent sont d’une richesse incroyable. On voit le groupe se compacter en une masse menaçante et hypnotique, répétant un geste unique avec une précision d’horloger, porté par la pulsation électrique de la musique de Coti-K. Puis, l’ensemble se fluidifie, s’organise en vagues, rappelant les tentacules d’anémones de mer ou les ondulations de la soie. L’écriture de Papadopoulos, qui ne se contente pas de copier la nature mais en épouse les mécanismes, impose une perception du temps et de l’espace totalement renouvelée. Rien n’est abrupt, tout se développe organiquement à partir d’une impulsion infime, d’un simple ralentissement, créant une transe collective qui happe le spectateur. Les lumières, également somptueuses, sculptent les corps, faisant surgir des ombres et des reflets qui accentuent l’illusion de profondeur.
Au-delà de la prouesse technique, Mycellium est une œuvre d’une poésie et d’une beauté qui parlent à tous. En célébrant la puissance du geste simple et de l’interconnexion, Christos Papadopoulos signe une œuvre majeure, une merveille organique et minimaliste qui prouve une fois encore l’excellence du Ballet de l’Opéra de Lyon. Ce spectacle a été moment de grâce pure !…




