Dans leur ballet : « Giselle(s) », Pietragalla et Derouault transforment le ballet romantique en un face-à-face intense qui dénonce les violences faites aux femmes, porté par une troupe de guerrières soudées, nommées : les « Willis ». Au cœur du récit, la vengeance des femmes plane en permanence sur les hommes, sans que l’on sache vraiment jusqu’où elle ira, ce qui crée une tension constante et donne envie de découvrir comment ce rapport de force va basculer.
[évoluer].
Compte-rendu critique par Amalia Procopio-Valentin – Photo : Pascal Elliott
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Quand les femmes n’entendent plus subir
Giselle(s), mis en scène par Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, présenté au Théâtre Jacques-Prévert d’Aulnay-sous-Bois ce 29 novembre 2025 est une création contemporaine du Théâtre du Corps ; les deux chorégraphes proposent une relecture moderne du ballet romantique par excellence : Giselle. L’interprétation met en lumière la condition des femmes, les violences qu’elles subissent, ainsi que la question de la vengeance.
En deux actes
Le spectacle se divise en deux actes. Dans le premier, on découvre la vie de quatre couples dont la relation se détériore progressivement, sous le regard impuissant du personnage incarné par Pietragalla. Le deuxième acte, lui, se déroule dans un univers plus macabre où des créatures appelées « Willis » se moquent des hommes et jouent avec eux. Pietragalla y incarne alors leur cheffe, Giselle. La création du Théâtre du Corps revisite l’œuvre originale pour en offrir une lecture plus actuelle, centrée sur la condition féminine et les violences psychologiques et physiques.
ATMOSPHERE OPPRESSANTE
La mise en scène repose sur une scénographie sobre où le corps devient le principal moyen d’expression. Le rythme alterne moments très physiques et passages plus introspectifs. L’espace est utilisé de manière fluide, avec des déplacements qui structurent la narration. Les lumières, souvent contrastées, créent une atmosphère parfois intime, parfois oppressante, tandis que le travail sonore accentue la tension dramatique : il souligne les états intérieurs des personnages.
WILLIS ET COUPLES EN SOUFFRANCE
Le jeu des comédiens est d’abord marqué par l’interprétation très expressive des couples, dont la complicité laisse peu à peu place aux tensions et à la rupture. Chaque duo fait sentir l’usure des relations, avec une présence scénique qui intensifie et met en lumière les différentes émotions. Dans le second acte, l’union des femmes Willis crée une dynamique totalement différente : leur mouvement collectif, presque hypnotique, donne une force saisissante au groupe. Ensemble, elles imposent une véritable puissance dramatique presque militaire qui contraste avec l’intimité des couples du premier acte.
Le spectacle utilise très peu de texte : les quelques paroles présentes servent surtout à compléter la pantomime et à accompagner les gestes. En revanche, les cris et les onomatopées occupent une place importante ; ils traduisent des émotions fortes et renforcent la violence des scènes.
CELLES QUI EFFRAIENT…
Le spectacle surprend et touche par plusieurs aspects. C’est d’abord la grande présence de violence dans le premier acte. Une force croissante qui crée un vrai malaise. On est aussi marqué par l’unité guerrière des Willis dans le second acte : ici, ce ne sont plus des femmes victimes, mais des figures puissantes et menaçantes. Cette inversion des rôles – où les femmes ne subissent plus mais deviennent celles qui effraient – produit un spectacle qui déconcerte et qui marque profondément.
PIETRAGALLA EN GISELLE
CHEFFE DES GUERRIÈRES
L’interprétation de Pietragalla au deuxième acte est saisissante. Elle interprète Giselle, la cheffe des femmes guerrières. Sa présence impose immédiatement une autorité, renforcée par l’énergie de son « armée ». Le début de l’acte est également très réussi : l’apparition des Willis autour d’une grande la table à manger crée un impact visuel fort, donnant à cette entrée une puissance quasi rituelle qui marque durablement le spectateur. Les interactions avec le décor sont fortes : elles dansent autour de la table et montent dessus, ce qui intensifie la scène.
La présence de certains excès d’agressivité comme des cris et des sons très forts peut troubler le spectateur. Bien que volontaire, un choix qui s’avère parfois trop appuyé. La présence d’une grande croix au centre de la scénographie peut également interroger : ce symbole très fort n’est pas vraiment expliqué, ce qui laisse le spectateur dans l’incertitude sur son sens. Elle pourrait indiquer la tombe de la Willis morte : c’est dans la tradition romantique le lieu où son spectre apparaît pour tourmenter le fiancé qui l’a trahie…
Ce spectacle suscite un vrai sentiment de solidarité et d’empathie entre les femmes, surtout à travers l’unité des Willis. Il amène aussi à réfléchir sur la place de la femme et de l’homme dans la société actuelle, et sur la façon dont la vengeance peut habiter l’imaginaire du spectateur : on se demande jusqu’où la souffrance justifie ou non cette soif de représailles.
Cette adaptation contemporaine réussie de Giselle, qui, grâce à une chorégraphie très maîtrisée, à une mise en scène forte et unie, met en lumière la place des femmes dans la société, dénonce les violences et interroge sur la vengeance. Le spectacle est recommandé à partir de 12 ans en raison de certaines scènes de violence. Il atteint clairement ses objectifs. Il met en lumière la place des femmes dans la société et sensibilise le public aux violences qu’elles subissent. A découvrir indiscutablement.
A ne pas manquer lors des reprises. Plus d’infos sur le site du Théâtre du corps (reprise
annoncée entre autres à Clichy sous bois, dim 1er fév 2026) / Pietragalla et Derouault : https://www.theatre-du-corps.com/
Consultez la page dédiée au spectacle GISELLE(S) : https://www.theatre-du-corps.com/25-26-giselles/
Photo : Pascal Elliott
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