dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, concert. PARIS, salle Gaveau, le 12 juin 2023. Kimball Gallagher, piano. Concert Nouveaux mondes, nouvelles perceptions.

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Le principe du programme en croisant les cultures, Europe [Mozart et Chopin] et le continent africain (compositions tunisienne et sénégalaise, jouées en première française) était déjà prometteur, séduisant. De fait, le pianiste américain en maître de cérémonie présente son travail-à la fois pédagogique et formateur, surtout humain à destination des jeunes lycéens et étudiants pour lesquels la musique peut être un formidable vecteur de transformation. Le pianiste entrepreneur qui a été révélé lors d’une récital fameux à Carnegie Hall en 2008, s’est depuis engagé pour la pratique de la musique auprès des jeunes grâce à l’ONG qu’il a créé « 88 International ».

Tout d’abord, le joueur de Cora, Magou Samb, éblouit dans une  chanson qui célèbre la quête de liberté d’abord introduite par un préambule quasi rhapsodique au piano seul dont l’écriture imite jusqu’au timbre et au jeu de la cora. Le passage d’un instrument à l’autre est particulièrement réussi et le compositeur concerné (le péruvien Hwaen Ch’uqi) a compris idéalement les enjeux fertiles du métissage, tout en évitant parfaitement ses écueils.

Puis le cycle des 7 morceaux composé par le tunisien Souhayl Guesmi (« Appel de l’inconnu), présent dans la salle et qui viendra saluer à la fin, font se succéder piano / saxophone (Ulrich H. Brunnhuber) et airs chantés pour soprano (la jeune chanteuse Nejia Abidi) accompagnés des mêmes, avec l’ajout de la flûte tunisienne, le Nay (Ahmed Litaiem). Souvent nay et saxo s’accordent ou se répondent et parfois s’opposent dans un jeu de timbres délectable. A défaut de comprendre le texte chanté, on adhère aux thèmes dont il est question et qui ont été allusivement évoqués par la jeune chanteuse, elle-même jeune apprentie du programme musical orchestré par Kimball Gallagher à travers son ONG 88 International.

La fraternité est à la source et au cœur de sa démarche ; mais pour convaincre il faut outre des qualités humaines immédiatement charismatiques, des dons de musicien exceptionnel. L’exemplarité vaut son pesant d’or et pour être crédible auprès des jeunes, Kimball Gallagher se devait d’être un pianiste de premier plan.

 

 

 

Somptueux premier concert à Gaveau

KIMBALL GALLAGHER
poète d’autres mondes sonores…

 

 

Défi révélé ce soir car c’est bien à un formidable récital de piano auquel nous avons assisté. Et dont la très haute tenue fonde toute la légitimité de l’entreprise.

La Sonate de Mozart alla turca sert évidement le thème des croisements entre occident et orient. Facétieuse, et toute en élégance badine, la partition délivre son classicisme mâtiné de subtilité toute viennoise, avant la truculence frénétique voire hallucinée de son allegretto final (la fameuse marcia turca / marche turque). Le jeu de Kimball Gallagher déploie une fermeté, une assise droite qui ne s’encombre d’aucun effet inutile. Le jeu est franc, sobre, flexible, naturel. Sans aucune sensiblerie ni affectation que l’on écoute trop souvent au prétexte que les Sonate de Mozart étaient des bambochades parfois sucrées. La probité du jeu, la clarté des intentions, l’extrême lisibilité polyphonique indiquent un très grand tempérament interprétatif.

Mais le récital gagne un autre registre tout aussi superlatif avec la Sonate n°3 de Chopin. Un Chopin aussi dense que profond dont le propos grave prépare au surgissement de chaque motif, fait surgir les mélodies envoûtantes -belliniennes-, dont le Polonais a le secret, … avec la grâce de la délivrance.

Kimball Gallagher en exprime le fourmillement souterrain ; un océan d’eaux profondes qui mêlent Wagner et Liszt et qui dévoilent dans ce chant chopinien, des accents bouleversants qui touchent par leur justesse et leur sincérité. Là encore la clarté du jeu, son esprit analytique qui mesure et prend la distance nécessaire, affirment une hauteur de vue qui désigne chez le pianiste, le regard captivant d’un architecte. Pédagogue, généreux, le pianiste présente lui-même le cheminement d’une œuvre particulièrement étonnante : il en souligne l’éloquence souterraine des quatre mouvements, chacun conçu dans une succession claire : ballade, étude, nocturne, et pour finir, l’impérieuse danse où la digitalité foudroyante, heureuse, libère toutes les tensions comme dans une course éperdue…

Le pianiste fascine par la clairvoyance du jeu, son éloquence, sa solidité, sa maîtrise parfaite des équilibres et des contrastes. Sa formidable maîtrise délivre un remarquable travail centré sur la cohérence et le sens. Kimball Gallagher a plus d’une corde à son arc : ses propres compositions (6 Préludes donnés en première française là aussi) affirment un imaginaire hors normes, qui s’inspire directement des rencontres humaines, vécues au hasard de ses déplacements dans le monde ; les 6 portraits sonnent comme des esquisses sonores très investies, porteuses de mondes à la fois intimes et poétiques, autant d’hommage aux personnes remarquables que le pianiste a croisées lors de ses périples aux quatre coins de la planète. Le raffinement de l’écriture, le sens des couleurs et de l’harmonie expriment pour chacun une relation forte : l’indice des « Nouvelles perceptions » comme le rappelle le titre du programme d’une soirée mémorable.

 

Photo : portrait de Kimball Gallagher, bras croisés © Abdel Belhadi

 

 

VOIR aussi l’entretien de Kimball Galagher sur TV5 Monde (5’35) à l’occasion du concert à Gaveau le 12 juin 2023 : https://twitter.com/TV5MONDEINFO/status/1666853910558982144

 

 

VISITER le site 88 INTERNATIONAL : https://88international.org/

VISITER le site de Kimball Gallagherhttps://www.kimballgallagher.com/

 

VIDÉO : VOIR Kimball Gallagher / Sonate en si mineur de Franz Liszt :

https://www.youtube.com/watch?v=1jFNer_Rclw&list=PLq-Hpjh2HC-C7Pgn89Nm3ZWkvJGgs6Pmw&index=1

 

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, salle Gaveau, le 12 juin 2023. Kimball Gallagher, piano. Concert « Nouveaux mondes, nouvelles perceptions » : WA Mozart, Chopin, Gallagher (6 Préludes)…

 

 

 

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