jeudi 17 septembre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Eglise Saint-Etienne-du-Mont, le 4 décembre 2025. « Hymne à la Vierge ». VICTORIA / GRIEG / PARK… Ensemble La Sportelle, Owain Park (direction)

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Il est des soirées où la musique sacrée dépasse sa fonction première pour devenir une expérience intérieure. Le concert « Hymne à la Vierge », donné le 4 décembre 2025 à l’Eglise Saint-Étienne-du-Mont à Paris, appartient à cette catégorie rare, où l’écoute se fait recueillement et où la beauté semble se déployer sans effort. Sous les voûtes élancées de l’église, devant le jubé renaissance, l’Ensemble La Sportelle, sous la direction attentive d’Owain Park, a offert un moment d’une intensité spirituelle peu commune.

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photo : Ensemble La Sportelle © F. Le Guen

 

Dès les premières mesures, on perçoit une cohésion exceptionnelle : les voix respirent ensemble, unies non par une fusion indistincte mais par une écoute intérieure constante. Chaque timbre demeure vivant, individualisé, et pourtant rien ne déborde, rien ne cherche à s’imposer. Cette maturité collective crée un tissu polyphonique d’une élégance rare, où la lumière circule librement. Les sopranos, d’une pureté radieuse, ont immédiatement captivé par leur capacité à filer des sons presque immatériels. Jamais incisives, jamais trop présentes, elles suspendent le temps dans un pianissimo d’une justesse exemplaire, sculptant l’acoustique généreuse de l’église avec une maîtrise admirable. Leur ligne, tenue avec un naturel désarmant, donne à l’ensemble cet éclat délicat qui magnifie la dévotion du programme.

Les altos, elles, apportent une chaleur mate, un velours discret mais essentiel. Leur homogénéité est remarquable : aucun grain ne dépasse, aucun vibrato ne trouble la cohérence de la ligne. Ils composent ce noyau intime où la polyphonie trouve sa profondeur émotionnelle, insufflant au concert une couleur presque monastique. Grâce à elles, le son respire, prend de l’ampleur, s’arrondit sans jamais s’alourdir.

La ligne des ténors se distingue par une grande élégance, une émission franche et une diction claire qui porte admirablement dans l’espace. Mais la surprise – et la révélation – de la soirée fut le ténor Gaël Lefèvre, dont le timbre lumineux et juvénile a immédiatement captivé. Sa projection, souple et parfaitement maîtrisée, s’intègre idéalement dans la texture chorale tout en apportant une verticalité singulière. On est frappé par la sincérité de son phrasé, par l’authenticité de son expression : une émotion offerte sans emphase, toujours guidée par le style et par le texte. C’est une voix qu’on remarque pour sa qualité intérieure plutôt que pour son désir de briller.

Les basses, enfin, ont assuré une fondation d’une belle souplesse. Leur profondeur ne se transforme jamais en lourdeur : elle respire, elle soutient, elle porte. Dans les cadences finales, leur présence quasi organique confère au chœur une stabilité apaisante, une assise qui permet aux voix supérieures de s’élever sans contrainte. Cette manière d’habiter la basse avec humilité mais fermeté est l’une des grandes réussites de l’ensemble.

Au centre de tout cela se trouve la direction d’Owain Park, qui ne cherche jamais à imposer, mais à révéler. Son geste semble naître du souffle même des chanteurs, façonnant les phrases sans les surcharger, guidant les couleurs sans les figer. Il obtient un équilibre délicat, à la fois vertical et respirant, qui magnifie la diversité du programme – de la Renaissance aux écritures plus contemporaines, dont la sienne – tout en préservant une unité profondément spirituelle.

Le résultat est un concert qui touche par sa sincérité, par son absence totale de narcissisme musical. Ici, rien n’est démonstratif : tout est vécu. La musique ne sert pas à briller, mais à éclairer. On en sort avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de plus vaste que soi, une sorte de paix offerte, un moment suspendu qui continue de vibrer longtemps après les dernières mesures…

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Eglise Saint-Etienne-du-Mont, le 4 décembre 2025. « Hymne à la Vierge ». VICTORIA / GRIEG / PARK… Ensemble La Sportelle, Owain Park (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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