samedi 3 octobre 2026

CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Opéra Municipal, le 23 novembre 2025. MAHLER : Symphonie N°2 dite « Résurrection ». Aude Extremo (mezzo), Irina Stopina (soprano), Choeur et Orchestre de l’Opéra de Marseille, Michele Spotti (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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C’est dans une atmosphère chargée d’émotion et d’histoire que le XXème Festival Musiques Interdites a tiré sa révérence, hier après-midi à l‘Opéra de Marseille. Pour son concert de clôture, le public a été témoin d’un moment musical d’une intensité rare : l’exécution de la monumentale Symphonie n°2 « Résurrection » de Gustav Mahler. Sous la direction magistrale de leur directeur musical, le jeune et brillant chef italien Michele Spotti, les Forces vives de l’Opéra de Marseille ont offert une performance qui restera dans les annales de l’institution phocéenne !

 

Fondé il y a vingt ans, le Festival Musiques Interdites mène un combat essentiel : faire revivre les œuvres censurées et persécutées par les régimes totalitaires du XXᵉ siècle. Cette édition anniversaire était placée sous le signe de la mémoire et de la résistance par l’art, avec une programmation mettant à l’honneur des compositeurs comme Viktor Ullmann, assassiné à Auschwitz, ou Franz Schreker, tombé dans l’oubli après son condamnation par les nazis. La Symphonie « Résurrection » de Mahler, elle aussi bannie par le Reich, incarnait parfaitement l’esprit du festival : une œuvre qui, par sa puissance, affirme la victoire de la création sur l’obscurantisme.

Dès les premières mesures de l’Allegro maestoso, Michele Spotti a imposé sa vision. Avec une gestuelle à la fois élégante et d’une précision millimétrée, il a sculpté la monumentale architecture de la partition, tenant l’auditoire en haleine pendant les 90 minutes que dure cette symphonie colossale. Sa direction, alliant une nervosité électrisante dans les moments dramatiques et une délicatesse de musique chambriste dans les pianissimi, a révélé toute la modernité et la complexité émotionnelle de Mahler. La maîtrise des dynamiques et la clarté qu’il a su obtenir de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille étaient tout simplement magistrales.

Le plateau vocal était à la hauteur de l’événement. La mezzo-soprano Aude Extremo a livré une interprétation profonde et touchante de l’« Urlicht » (Lumière Primitive). Sa voix, d’une chaleur et d’une rondeur remarquables, a porté avec une sérénité poignante ce mouvement central, véritable appel à la rédemption. Dans le finale apocalyptique, elle a été rejointe par la soprano Irina Stopina. Ensemble, elles ont formé un duo vocal d’une fusion parfaite. La voix claire, puissante et expressive de Stopina a transcendé le thème de la Résurrection, se mêlant avec grâce à la texture orchestrale et chorale pour un effet céleste.

Enfin, comment ne pas saluer la performance du Chœur de l’Opéra de Marseille ? Son entrée, dans le fameux « Aufersteh’n », a été murmuré dans une aura mystérieuse avant de se déployer en une vague sonore d’une puissance et d’une beauté à couper le souffle. Préparé avec soin par Florent Mayet, le chœur a été un acteur à part entière de ce drame musical, contribuant à ces nombreux moments qui nous ont donné des frissons dans le dos.

À l’issue du concert, des salves d’applaudissements nourris et des « bravo » ont salué un triomphe incontestable, en même temps qu’une expérience humaine et spirituelle partagée. Sous la baguette ferventissime de Michele Spotti, avec le dévouement de tout l’orchestre, la beauté des voix solistes et la force du chœur, cette « Résurrection » a tenu toutes ses promesses – tout en offrant au Festival Musiques Interdites une clôture plus que parfaite, rappelant avec éclat que les chefs-d’œuvre, une fois libérés de leurs chaînes, possèdent une vitalité éternelle !…

 

 

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Opéra Municipal, le 23 novembre 2025. MAHLER : Symphonie N°2 dite « Résurrection« . Aude Extremo (mezzo), Irina Stopina (soprano), Choeur et Orchestre de l’Opéra de Marseille, Michele Spotti (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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