samedi 3 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. MOZART : Symphonie n°39, Cosi fan tutte (ouverture), Symphonique concertante… Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (1 cd Alpha classics)

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Le cd entend clôturer le cycle « Simply Mozart », dédié à la trilogie des 3 dernières symphonies de Mozart (n°39, 40, 41 « Jupiter ») ; cette 39è souligne le fort attachement des instrumentistes, lien organique après la réalisation de la série, avec la vitalité mozartienne. Une activité électrique est au cœur de l’ouverture de Cosi fan tutte dont le chef fait un résumé palpitant, le concentré de tout l’opéra, entre légèreté et gravité, subtilité et nostalgie …

 

Tendresse et gravité aussi sont les sentiments qui inscrivent justement le double concerto (pour violon et alto, ou Symphonie concertante) dont les musiciens révèlent la profondeur inédite alors, grâce à laquelle Mozart renouvelle le principe même d’un concerto pour plusieurs solistes avec orchestre, forme purement parisienne, que Wolfgang aborde et réussit après son second séjour à Paris (1779). La fusion violon / alto est totale, atteignant une sincérité immédiate, fruit de la complicité entre Julien Chauvin et l’altiste Amihai Grosz : les deux complices montrent à quel point Wolfgang aimait jouer de l’alto lui-même au sein du quatuor. Et dès le début de cette œuvre bouillonnante, les deux interprètes l’inscrivent dans la joie et la lumière, celles de l’ouverture de Cosi qui précède. Le dessin net des bois, l’activité bondissante, nerveuse et bondissante des cordes historiques déroulent un tapis superlatif, constellé de perles sonores. L’Andante laisse s’épanouir la virtuosité tout en finesse, nuancée, nostalgique des deux solistes, vivifiée par un écrin orchestral qui répond à chaque accent de leur dialogue dramatique et tendre.

Le morceau de bravoure est évidemment cette 39ème Symphonie qui ouvre la trilogie de 1788, et dans le cas du Concert de la loge, clôt ainsi sa série discographique. Depuis la fin des années 1770, Mozart affirme un tempérament symphonique de premier plan ; il est bien le chaînon manquant, d’une puissance créative géniale, entre Haydn et… Beethoven. Abordant le classicisme qu’il régénère en le fusionnant avec le Sturm und Drang ambiant. De surcroît la virtuosité s’invite aussi grâce à ses 2 séjours parisiens dont le dernier en 1778, contribue à enrichir encore sa science compositionnelle. En témoigne ainsi une série précédente inestimable qui annonce comme son prolongement naturel, l’unicité spectaculaire des 3 dernières composées à partir de l’été 1788 : les Symphonies n°35 « Haffner » (été 1776), n°36 « Linz » (écrite en 3 jours à l’été 1783), n°38 « Prague », en ré majeur (déc 1786), marquée par une vitalité et une lucidité inédites.
En 2 mois, Mozart écrit l’une des trilogies instrumentales les plus raffinées et spectaculaires du répertoire. La 39ème achevée en juin 1788, est liée à une période noire et sombre à Vienne, où endetté, aux abois, Mozart subit l’échec de Don Giovanni clairement boudé voire rejeté par l’audience viennoise (d’autant plus que l’ouvrage a été précédemment applaudi et porté en triomphe à Prague)…

La pudeur et la joie, la vitalité encore, et plus développée encore que dans les 2 symphonies qui suivent, éclairent et la construction de la Symphonie, et sa dramaturgie émotionnelle, ici au diapason de la vie, qui respire et s’anime avec constance et contrastes, tant les instrumentistes du Concert de la Loge sont familiers de la partition.

Exprimant dès l’Adagio introductif, la noblesse et la tentation de la grandeur, Julien Chauvin aborde cette 39ème symphonie avec une attention aux nuances souterraines ; puis l’Allegro initial après un lever de rideau solennel et électrique, rappelle justement l’ouverture de Don Giovanni (violons suractifs, souples et d’une impérieuse détermination), sans omettre la lumière éblouissante de la flûte royale…

 

fin du cycle « Simply Mozart »
par le Concert de la Loge…

Les musiciens soulignent le relief des contrastes de l’Andante con moto : la marche qui se développe (où brille l’élasticité des cordes là encore superlatives) se nimbe d’un voile introspectif avant que les bois n’affirment de façon dramatique une modulation soudaine en fa mineur… claire libération d’un tumulte soudain et passionnel, en réalité très Sturm und Drang… dont la pulsion annonce directement l’intranquillité suractive du premier mouvement de la 40è à venir ensuite.

Chefs et musiciens expriment toute la grâce apaisée, sereine du Menuetto, à l’activité et au chant chorégraphique, où jaillit la tendresse du laendler énoncé comme une caresse par la clarinette ; ils éclairent ainsi la couleur préromantique et déjà schubertienne, de l’écriture mozartienne.
Le Finale (Allegro) affirme une énergie fougueuse, une détermination  impérieuse qui emporte tous les pupitres, passant d’un à l’autre avec une volonté, une impétuosité opératique, conquérante d’autant plus impressionnante quand on connaît la situation de Mozart à Vienne. Une page complémentaire sera réalisée avec la 40è composée et achevée quelques semaines après, en juin 1788. Pour l’heure cet esprit conquérant (préfiguration de l’énergie beethovénienne) qui affirme la forge mozartienne, rappelle le tourbillon des Noces de Figaro. La fin est ouverte et laisse un fil direct vers le début de la 40è, et ses soupirs semés d’inquiétude voire de vertiges paniques…
Avec elle, s’affirme la trilogie des dernières symphonies, toutes dressées vers la lumière, dont elle serait comme un lever prometteur, son « Aurore » comme souhaitent l’appeler désormais les musiciens fédérés par Julien Chauvin. Au moment où son Don Giovanni est boudé à Vienne, Mozart entend démontrer la mesure de son génie orchestral à travers les 3 symphonies ou les 12 mouvements d’un « oratorio instrumental » ; tous les grands chefs les ont enregistrés, à commencer par le modèle entre tous, Nikolaus Harnoncourt, qui en fait même une manière de testament artistique et spirituel. Cette lecture s’inscrit dans le sillon des meilleures réussites connues.

 

 

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CRITIQUE, CD. MOZART : L’AURORE. Symphonie n°39, Symphonie concertante, Cosi fan tutte (ouverture). Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd Alpha classics)
Enregistré en avril, oct 2023. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025

 

 

 

approfondir

LIRE aussi notre présentation et critique des symphonies n°39, 40, 41 « Jupiter » de Mozart par Nikolaus Harnoncourt / CLIC de CLASSIQUENEWS déc 2012 :
CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical) | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste…

 

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