jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE, concert. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2025. Temple de CHÂTEAU D’OEX, le 13 août 2025. String Academy : Svendsen, Tchaikovsky…

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La TRANSMISSION n’est pas un vain mot à Gstaad pendant le festival d’été. Fidèle au projet fondateur de Yehudi Menuhin, les académies formatrices rayonnent ; elles assurent dans le milieu champêtre de l’Oberland bernois, ce devoir pédagogique grâce auquel les instrumentistes les plus aguerris transmettent leur savoir et leur expérience des œuvres, aux plus jeunes.

 

 

Chaque été ce sont pas moins de 5 académies, chacune dédiée à un instrument, un répertoire et la fameuse «  Conducting Academy », académie de direction d’orchestre dont les maîtres sont Mirga Gražinytė-Tyla, Jaap van Zweeden, et l’inestimable Johannes Schlaefli, en sa qualité très recherchée de « Head of Teaching » (responsable de l’enseignement). De leur côté, au sein du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL, les cordes ont certainement un statut à part : le fondateur Yehudy Menuhin était violoniste… Et le prochain directeur artistique à la succession de Christoph Müller, Daniel Hope, est lui aussi violoniste.

 

 

La rayonnante String Academy
du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL

La 12e GSTAAD STRING ACADEMY est l’une des plus convoitées à l’échelle européenne. Le niveau artistique est plutôt élevé voire très impressionnant; ainsi expérience musicale majeure à Gstaad, au-delà de la technique, chacun, spectateur comme musicien, recherche et trouve souvent, une vision capable de porter et inspirer l’interprétation.

Pour preuve le concert de ce soir qui conclut 3 soirées publiques où face aux festivaliers, les jeunes élèves de la String Academy [et leurs professeurs] jouent les œuvres qu’ils ont préparées. Le nombre des participants permet de réaliser des formations consistantes : sextet, octuor ; du pain béni pour les amateurs de musique de chambre.

Le programme est ambitieux affichant ainsi  » Souvenir de Florence » de Tchaïkovski, partition célèbre, qui voisine avec l’octuor méconnu du compositeur norvégien, plutôt rare au concert, Johan Svendsen (mort en 1911) lequel fut un intime de Wagner.

Auparavant les jeunes musiciens ouvrent la soirée avec l’Art de la fugue de Bach à 8 (extraits), travaillant le son collectif sous la férule de leur mentor (et violon I), RAINER SCHMIDT ; en soignant la clarté et la précision en particulier dans le contrepoint final, les interprètes expriment remarquablement l’intensité à l’œuvre, entre noblesse, ampleur mais aussi gravité tragique, que l’activité ciselée de la fugue conclusive élève vers la lumière.

Attendu, le Tchaïkovski opus 70 captive par son intensité expressive, une radicalité tout à fait assumée qui sous le pilotage du violoniste polonais [BARTOSZ SIBINSKI, violon I], exprime une passion exacerbée, continue, volontiers définitive qui souligne essentiellement accords et tutti, en marqueurs impétueux et saillants, d’une constante détermination, aussi impérieuse que douloureuse.
La synchronicité rythmique des musiciens est totale. La solide expressivité s’appuie aussi sur la sûreté qui émane du violoncelle d’IVAN MONIGHETTI, également professeur, sur lequel les jeunes musiciens peuvent trouver appui.
On aurait apprécié cependant des phrasés plus ciselés, des nuances plus riches et diverses pour un chant intérieur mieux audible, et plus détaillé (en particulier dans l’Allegro moderato ou 3ème mouvement qui associe nostalgie authentiquement slave et exaltation propre aux ballets, Piotr Illytch étant encore dans le sillage de sa triomphale Belle aubois dormant de 1890) mais la conception cible la fusion surexpressive du sextuor, une sonorité d’emblée chauffée à blanc, parti parfaitement réalisé, et qui doit son assise comme sa justesse, à la grande cohésion entre les instrumentistes.

La surprise et la révélation [fort heureusement il y en a toujours dans les grands concerts] se révèlent avec le compositeur norvégien Johan Svendsen qui a surtout composé pour les grandes formations [on écoutera avec bénéfice ses 2 Symphonies, ses romances, ses rhapsodies pour orchestre].

 

A la fin de l’Octour de Svendsen, l’altiste Ettore Causa (à droite) invite l’ensemble des participants de la 12è String Academy à venir saluer le public © PA PHAM

 

 

Son Octuor opus 3 confirme une sonorité très séduisante ; une polyphonie active et chantante qui sonne ce soir plus fine et fouillée encore que le Tchaïkovski précédent ; une approche plus détaillée qui réussit en particulier dans la continuité de l’œuvre, le dernier mouvement,- comme les précédents particulièrement contrasté et dramatique [Finale. Moderato. Allegro assai con Fuoco] ; la sonorité y est subtile, caractérisée, grâce à l’écoute collective, une tension créative qui passe entre chaque instrumentistes et particulièrement portée par les deux piliers du collectif : le violon I [Josephine Chung] et l’alto I [ETTORE CAUSA, professeur] qui lui fait face et referme le cercle instrumental.
L’intensité du jeu collectif ne sacrifiant jamais la riche et subtile vivacité du discours entre les parties, renforce d’un bout à l’autre l’idée concrète d’une conversation vive et souple, jusque dans les nombreuses oppositions et dialogues animés. Svendsen ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs ; les effets d’une transmission réussie se manifestent ainsi concrètement ; jeunes instrumentistes et musiciens chevronnés jouent côte à côte ; ils partagent le même plaisir et la même exigence. Un régal d’autant plus apprécié s’agissant de la découverte d’un compositeur captivant, trop rare au concert.

 

 

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CRITIQUE, concert. Gstaad Menuhin Festival & Academy 2025. Temple de Château d’Oex, le 13 août 2025. Strings Academy : Bach, Tchaïkovski, Swendsen… Élèves & professeurs de la 12è Académie de cordes / String Academy. Photo © PA PHAM

 

 

 

L’ensemble des élèves et de leurs professeurs aux saluts à l’issue du concert au Temple de Château d’Oex © PA PHAM

 

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