Ce vendredi 19 juin, l’Opéra Grand Avignon, archi-comble, a vibré d’une émotion palpable, mêlant l’exaltation de la 9ème Symphonie de Ludwig van Beethoven à l’hommage vibrant adressé à Débora Waldmann, qui concluait ce soir-là six années de direction musicale à de l’Orchestre national Avignon-Provence. Première femme nommée directrice musicale d’un orchestre national en France, elle quittait son poste sur un véritable feu d’artifice musical.
Dès les premières mesures, on a senti que cette Neuvième ne serait pas ordinaire, tant les enjeux étaient grands, et l’interprétation de Débora Waldmann furent d’une clarté et d’une intensité rares, révélant toute l’architecture de ce monument symphonique. Le premier mouvement, Allegro ma non troppo, un poco maestoso, jaillissait des ténèbres avec une puissance tellurique, l’orchestre déployant une énergie dramatique saisissante. Le Molto vivace suivant, avec son scherzo frénétique, a électrisé la salle, porté par des timbales fulgurantes et un orchestre d’une virtuosité étourdissante. Mais c’est dans l’Adagio molto e cantabile que l’Orchestre national Avignon-Provence a atteint des sommets de poésie. Un chant d’une beauté infinie, porté par des cordes magnifiques, a enveloppé l’Opéra d’une atmosphère de recueillement absolu. On a véritablement touché à l’essence même de la fraternité que cette saison voulait célébrer.
Puis vint l’apothéose : le final, avec l’entrée en scène des forces chorales réunies. Les Chœurs de l’Opéra Grand Avignon et de l’Opéra Orchestre National de Montpellier, préparés respectivement par Alan Woodbridge et Noëlle Gény, ont fait irruption avec une puissance et une clarté renversantes. L' »Ode à la joie » de Schiller a résonné comme un cri d’espoir universel, porté par les superbes voix des solistes réunis ici. La soprano franco-roumaine Andreea Soare avait des aigus étincelants, la mezzo Julie Robard-Gendre déployait des couleurs chaudes et profondes, tandis que le ténor François Rougier et le baryton Thomas Dolié apportaient une force lyrique qui ont donné tout son poids à ce finale jouissif entre tous. L’osmose entre les deux chœurs et la phalange provençale était totale, créant un mur sonore d’une ampleur inouïe.
Mais la soirée, déjà exceptionnelle par son programme, était chargée d’une symbolique particulière. Outre les adieux de Débora Waldmann, on célébrait aussi l’anniversaire de la cheffe, mais aussi le départ à la retraite de deux musiciens historiques de l’orchestre, un hautboïste et un percussionniste, pour leur dernier concert après… plus de 40 ans de service ! L’émotion était à son comble dans cette salle comble. La communion était si forte qu’à la fin de l’œuvre, l’ovation fut interminable. Les rappels se sont enchaînés, la salle debout, scandant son admiration pour la cheffe, les solistes, les chœurs et tous ces musiciens qui venaient de faire vibrer au plus haut point une salle entière, après une soirée qui était tout à la fois un testament musical, une fête vocale, bref… un souvenir impérissable à marquer d’une pierre blanche !
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CRITIQUE, concert. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 19 juin 2026. BEETHOVEN : 9ème Symphonie. Orchestre National Avignon-Provence, Débora Waldmann (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





