jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE Coffret CD événement. SIBELIUS : intégrale des 7 symphonies. Helsinki Philharmonie Orchestra, Jukka-Pekka Saraste (3 cd ONDINE, 2024-2026)

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Jukka-Pekka Saraste revient ici en terres familières ; son berceau musical qui aura décidé de sa carrière : l’écoute de la 4è de Sibelius aurait décidé de la vocation du jeune
étudiant alors violoniste… Le chef dirige une formation plus que familiarisée avec l’écriture sibélienne: l’Helsinki Philharmonie Orchestra. L’intégrale s’est déroulée sur plusieurs années de 2024 (pour les dernières symphonies 5, 6 et 7), 2025 (les n°2, 3 et 4), enfin janvier 2026 pour la symphonie n°1, la seule qui ne soit pas une prise sur le vif, prise en concert.

La très grande cohésion globale, le fini qui sert surtout l’impérieuse architecture de chacune, le goût des timbres individualisés (notez la présence de la harpe dans le finale de la n°1, entre autres), accréditent ce magnifique coffret, miroir d’une compréhension indiscutable des massifs et paysages de Sibelius.

 

CD1 — Symphonie 1 (studio, 2026) : Très lyrique et encore tchaikovskienne, la Symphonie n°1 est d’une rare élégance sous la battue très vive et contrastée de Saraste ; appel impérieux de son premier mouvement : andante – allegro energico ; puis rêve nocturne et déferlement passionnel du mouvement lent : Andante, ma non troppo. Le Final est d’une clarté structurelle remarquable, le relief et le détail ne diluant jamais ni la lisibilité des plans ni le mouvement général.

 

Symphonie 4 (1911) – C’est le sommet interprétatif du coffret, de loin, par ses idées et son fini. Saraste souligne l’impérieuse couleur tragique dès le début du premier mouvement, son bouillonnement intérieur irrépressible (contrastes mordants des cordes graves, porteurs d’un mystère enfoui, qui serpentent en terres noires et inquiétantes…) où rugissent des gouffres sans fond ; le chef inspiré y élargit les champs sonores, exprime les tréfonds d’une âme comme maudite, en paysages d’une infinie désespérance… L’imagination du chef brosse un monde spectral et ténébreux où règne une amertume âpre, puis d’où émerge une possible rémission (cuivres annonciateurs). L’intranquillité habite les deux mouvements centraux: II et III (tension suspendue et inquiète du « tempo largo » où dialoguent, fantomatiques elles aussi, flûte et clarinette), avant une vague aux cordes d’une puissance tragique qui semble prolonger la Pathétique de Tchaikovski). Saraste emporte le finale dans un geste plus nerveux et léger encore, dansant, aérien, dont la pure vivacité (violon solo auquel répondent les bois délirants) s’affranchit peu à peu de toute entrave, comme une libération rageuse. Dans sa volubilité capricieuse, ses ruptures de rythmes, son foisonnement dansant, on comprend quel impact la 4ème Symphonie a pu avoir sur le jeune Saraste violoniste… Le chef accompli en délivre ici toute l’urgence, la nervosité jubilatoire, les élans paniques, la construction en ellipse, l’enchevêtrement cordes et cuivres, comme une arche monumentale vers l’infini. Jusqu’aux dernières mesures aux violoncelles, d’une couleur totalement énigmatique.

 

CD 2 — Symphonie n°2 (1903) : la plus allègre, la plus pastorale dans son esprit, affirme un formidable dernier mouvement : irrépressible et impérieuse exultation finale et ses superbe motifs de fanfares ; Le geste du chef est tout aussi sûr et juste. Son pastoralisme, caractère idéal des bois, le lyrisme éperdu des cordes, et l’appel des cuivres expriment cette passion, ce lien fusionnel qui lie le compositeur et la sainte nature… Symphonie n°5 (1919) : Dans l’Allegro final, inquiet, intranquille, le chef veille à la clarté du déroulé structurel ; il en fait un développement aux nuances fantomatiques, étranges, jusqu’au thème majestueux qui perce les brumes à 8’, tel un jaillissement conquis de haute lutte.

 

CD3 — Symphonie 3 (1907) : on retrouve ce pastoralisme rayonnant mais plus nerveux, instable que précédemment. Intranquillité et chant erratique structurent toute la symphonie, lui conférant cette pulsion primitive première, agent de construction et de reconstruction constant. Avec dès le premier allegro (moderato), cette rondeur allante aux couleurs tragiques et allègre mêlées, réalisées dans un flux organiquement unique et cohérent, et d’une irrépressible agitation (Andantino quasi allegretto) — Symphonie n°6 (1923). Son flux printanier, primitif (premier allegro), affirme davantage cette écriture pulsionnelle dont Saraste fait une danse pastorale de plus en plus heureuse, solaire, jubilatoire : les instruments réalisant une vibration croissante (clarinettes et harpe), motricité presque convulsive du III (Poco vivace) ; vers une lévitation générale finale (vent des cordes), ce que résumera la dernière 7è en un seul mouvement…
Justement la Symphonie 7 (1924) rayonne par son unicité et sa densité. D’un seul tenant, le flux de la dernière symphonie de Sibelius éblouit par sa souveraine maturité, un équilibre solaire qui d’emblée, dès le début du cycle, s’avère inédit ; Sibelius plongeant au cœur du massif naturel, en en extrayant immédiatement tous les effluves les plus saisissants ; tout respire soulignant de façon croissante le sentiment d’un apaisement irrépressible, ce qui n’était pas gagné dans les opus précédents, d’un développement parfois incertain, et finalement résolu de longue lutte… C’est l’affirmation d’une plénitude qui enfle et s’affirme entre autres, grâce aux cuivres d’une claire majesté, auxquels répondent les bois de plus en plus bondissants et nerveux, exaltés et entraînant jusqu’aux cordes, d’une vivacité animale. L’Orchestre déploie ses grandes ailes fabuleuses jusqu’au climax à 17’40, aux seules cordes dans l’aigu, ultime chant de jubilation (et de victoire). Engagée, créative, bénéficiant de la prise live qui intensifie la franchise et l’intensité du geste, cette intégrale est une réussite indiscutable.

 

 

LIRE aussi notre présentation du coffret SIBELIUS par JP Saraste (3 cd Ondine) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-sibelius-symphonies-1-7-hpo-helsinki-philharmonic-orchestra-jukka-pekka-saraste-direction-3-cd-ondine/
Sibelius fait partie du répertoire central de l’Orchestre Philharmonique d’Helsinki ; c’est même un élément de son ADN, l’orchestre sous la direction du compositeur ayant créé toutes ses symphonies, la 7è exceptée.

 

CD événement. SIBELIUS : Symphonies 1-7. HPO Helsinki Philharmonic Orchestra / Jukka-Pekka Saraste, direction (3 cd Ondine)

 

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